Le mime Marcel MARCEAU
Strasbourg 1923 - Paris 2007

Marceau à l'affiche en Russie
Le mime Marceau ou le pouvoir du geste
Dix ans après la disparition de l’artiste strasbourgeois, exposition exceptionnelle :
du 1er au 26 mars, salle de l’Aubette, Strasbourg


Le 26 mars, la salle de l’Aubette ouvrira grand ses portes pour accueillir une exposition gratuite unique, soutenue par la Ville et la Fondation pour Strasbourg. On y verra "le mime, l’artiste et son personnage, BIP, qui sont peu connus de la nouvelle génération".
La commissaire de l’exposition, Valérie Bochenek, spécialiste de gestuelle et de pantomime, et dernière assistante à la mise en scène du Mime Marceau, précise que "l’exposition va aussi mettre l’accent sur le rôle capital de la communication non verbale."
Au fil de l’exposition, une fresque en huit tableaux se déploiera, retraçant l'évolution de l’artiste. les photos et spectacles audiovisuels d'Etienne Bertrand Weill seront très présents dans cette évocation.
Au beau milieu de la salle, un hologramme en 3D reconstituera sur scène une séquence gestuelle.
Pour finir, le spectateur pourra expérimenter la technique du mime : apprendre du geste pour mieux communiquer.

Né le 22 mars 1923 à Strasbourg, Marcel Mangel qui deviendra le mime Marceau, est le fils du boucher de la communauté polonaise Adath Israël. Il reconnaît "avoir beaucoup souffert lorsque Hitler a lancé l'anathème sur la juiverie mondiale" et se souvient aussi de la guerre d'Espagne : "à treize ans, j'ai écrit, de ma main d'écolier, sur la guerre civile espagnole. Je la connaissais par coeur." Bien entendu, du côté des républicains.

Les années de guerre

Lorsqu'il a quinze ans, Strasbourg est évacuée. La famille part se réfugier en Dordogne. Ses dons artistiques, pour la peinture notamment, le conduisent à s'inscrire à l'école des arts décoratifs de Limoges. En 1943, Marcel "entre dans la Résistance française. Faussaire de génie, il copiera et imitera des papiers d'identité pour que ses camarades entrés en résistance puissent circuler. Après la déportation de son père (qui mourra à Auschwitz), Marcel décide de rejoindre son frère "quelqu'un d'important pour la Résistance, qui a formé plus tard les FTP (Francs-tireurs partisans)".

Sa tante tient une colonie de vacance ; il y réalise des spectacles de théâtre avec des enfants : "J'imitais Chaplin, qui était mon dieu". Il y monte aussi des contes taoïstes et chinois.

Lorsque des rumeurs se propagent sur les prochaines opérations de débarquement, le lieu n'est plus jugé assez sûr, et on envoie Marcel se cacher dans une maison à Sèvres près de Paris. C'est ainsi qu'il peut suivre les cours de Charles Dullin, au Théâtre de la Cité ou Sarah-Bernhardt. Il étudie aussi avec Étienne Decroux, le maître de Jean-Louis Barrault et le père fondateur de la "grammaire" de l'art du mime qu'il appelait la "statuaire mobile".

"Quand la France a été libérée, je me suis engagé, en novembre 1944, dans la 1ère Armée, celle de Delattre de Tassigny. Nous étions en Alsace. Je suis rentré en Allemagne par Karlsruhe. "

Naissance de Bip

La guerre s'achève en avril 1945. Mobilisé encore un an, Marcel Marceau va ensuite intégrer la compagnie de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renault. Il y interprète Arlequin, le pantomime Baptiste, "que Barrault avait popularisé dans les Enfants du paradis", le long métrage de Marcel Carné.

Le 22 mars 1947, jour du 24e anniversaire de l'artiste, sortira de l'ombre des coulisses un drôle de personnage, Pierrot lunaire, "hurluberlu blafard" à l'œil charbonneux et à la bouche déchirée d'un trait rouge, un drôle de haut-de-forme sur la tête, avec une fleur rouge tremblotante en guise de panache : BIP était né.

"J'ai mis le maquillage blanc, en souvenir du Pierrot, le mime blanc du 19e siècle." C'est ainsi qu'il a recréé un art nouveau d'un art ancien, à l'aide de la grammaire de Decroux.
"Le secret, dit-il, c'est le poids de l'âme. Dans la salle, il se crée une sorte d'hypnose: je m'identifie au public et le public s'identifie à moi."

Rien ne lui échappe : de Charlie Chaplin à la guerre en Irak, de sa carrière à sa vie, il exprime tout à travers "BIP".
Ce pantomime au langage universel, qui peut communiquer aussi bien avec un Papou qu'un Japonais par un geste, un regard, parle rarement mais quand il le fait, il ne dit pas n'importe quoi, comme au cours d'une récente tournée américaine où il s'est exprimé sur la paix et la nécessité pour les nouvelles générations de trouver d'autres solutions que la guerre.
Son génie et son talent révèlent un sens aigu de l'observation. Il sait brosser le tableau de l'humanité dans ses moindres détails, il donne à son art une dimension poétique intemporelle, et garde toujours, même quand il aborde des sujets graves, cet espoir et cette foi en la vie qui imprègent ses sketches.

Consécration aux États-Unis

A son arrivée aux États-Unis, en 1955, le public, habitué aux comédies musicales, à la danse moderne et classique, et aux industries de spectacle bien rodées, découvre, ébahi, qu'"un homme qui ne parle pas, pendant deux heures sur scène, arrive à susciter l'émotion avec les pantomimes de style". Dès lors, il invente la marche contre le vent, l'escalier, le tireur de cordes, le jardin public...

"D'emblée, se souvient-il, j'ai eu d'excellents articles dans la presse new-yorkaise, ce qui m'a beaucoup aidé à l'époque. Au départ, j'étais venu pour deux semaines à Broadway (à New York) et puis tout s'est enchaîné. J'ai fait de nombreuses tournées aux États-Unis, certaines longues de six mois, et depuis 1955 je suis venu aux États-Unis en moyenne tous les deux ans".

"D'une façon générale, remarque-t-il, le public américain est beaucoup plus mystique qu'on ne le croit. Je le constate dans mes numéros qui traitent des thèmes profonds. Pour les Mains avec la lutte du Bien et du Mal, la Création du Monde ou Adolescence, Maturité, Vieillesse et Mort, le public est non seulement attentif mais touché".

Il a joué devant quatre présidents de la République américains (Johnson, Ford, Carter, Clinton), et c'est d'ailleurs à New York que se trouve la "Fondation Marceau", temple du mime où sont conservées toutes ses archives.

Marceau se souvient de sa première représentation à Los Angeles devant un parterre de stars : Charles Laughton, Paul Muni, Gary Cooper, Cary Grant, Jack Lemmon, les Marx Brothers, Ginger Rogers, Fred Astaire et Danny Kaye. "J'étais ébloui". Et il se remémore aussi ses rencontres avec Max Senett, quelques mois avant sa disparition et aussi avec Stan Laurel, chez qui il allait parfois prendre le thé quand il passait par Los Angeles. Marceau reconnaît d'ailleurs qu'il ne lui aurait pas déplu de naître trente ou quarante ans plus tôt pour connaître Hollywood au temps du cinéma muet. "Dans ce cas, confie-t-il, peut-être serais-je passé directement au cinéma".

C'est à Rome lors du tournage de "Barbarella" de Roger Vadim en 1967, que Marceau rencontrera pour la seule et unique fois son idole : Charlie Chaplin. "Il s'apprêtait à partir pour Vevey (son lieu de villégiature en Suisse) et était accompagné de trois des ses enfants. Il leur a demandé de venir me saluer et je suis venu le saluer à mon tour. Vous pensez si j'étais ému !".
"S'il n'avait pas créé le personnage de Charlot au cinéma, je n'aurai peut-être pas créé Bip au théâtre. Pour moi, il est resté le maître".

L'école de mimodrame

Tournées après tournées, Marceau est toujours malmené par la critique et le public français, trop snob et viscéralement attaché presque exclusivement à la culture classique. Jusqu'au jour où Jacques Chirac, alors maire de Paris, lui procure des subventions pour créer sa compagnie de mimes dans la capitale. Depuis, revient régulièrement dans la capitale français pour produire des spectacles.

Comme il n'est pas d'édifice sans fondations, Marcel Marceau a, sa vie durant, voulu voir naître une école internationale de mimodrame afin que la "grammaire" réinventée par Etienne Decroux et cinquante années d'expérience ne se perdent plus.

Cette Ecole, subventionnée par la Ville de Paris, voit enfin le jour en 1978, et toutes les disciplines voisines du mimodrame y sont enseignées, selon le vœu de son créateur : "Il ne suffit pas d'utiliser une technique, de sortir d'une école pour devenir artiste. Il faut créer un esprit et une méthode dramatique qui fassent évoluer l'élève. […] Ils s'apercevront que l'édifice de leur technique, que la mécanique du tragi-comique, que les codifications d'un style et d'un esprit s'instruisent à l'école et se complètent par l'expérience de la vie et de leurs rapports avec le public".

Marcel Marceau est le grand inspirateur des artistes de la pantomime dans le monde entier, et notamment en Israël, avec des disciples comme Hanokh Rosen.

Un éternel baladin

En 2002 Marcel Marceau a été nommé ambassadeur de bonne volonté pour le troisième âge par l'ONU. Parce que "la vieillesse arrive quand on s'arrête", le mime parcourt le monde pour repousser l'échéance et par souci de faire connaître la pantomime. Il a avoué dans une interview : "parfois les spectateurs pensent que je suis mon propre fils, car il ne peuvent croire quue je me produit encore sur scène".
Bip, le personnage mythique qu'il a façonné, lui ressemble au fond. Un être qui pousse les situations aux limites de l'absurde. C'est un Don Quichotte qui se bat contre les moulins à vent de la vie actuelle.


Marcel Marceau est :
Officier de la Légion d'Honneur
Commandeur de l'Ordre National du Mérite
Commandeur des Arts et Lettres


Marcel Marceau est décédé à Paris le 22 septembre 2007 (jour de Yom Kipour) âgé de 84 ans, entouré de l'affection de ses enfants.

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