Jean-Pierre LEVY
Compagnon de la Libération du Général de Gaulle
1911 - 1996
par Bernard ROTH

Portrait exposé lors de la cérémonie d'inauguration de l'allée Jean-Pierre Lévy
à Strasbourg en octobre 2007
Un héros modeste

Né à Strasbourg, décédé à Paris, il fut l’un des tout premiers et sans aucun doute le plus important résistant alsacien. Assurément, il fut l’un des tout premiers de France.

Il était Compagnon de la Libération, Grand-Croix de la Légion d’Honneur, Grand Croix de l’Ordre National du Mérite, membre du Conseil de l’Ordre de la Libération, Membre Fondateur de la Fondation de la Résistance.

Il fut aussi Président du Comité des Oeuvres Sociales de la Résistance, Membre du bureau de la Ligue contre le Racisme et l’Antisémitisme, Membre du conseil de la Ligue des Droits de l’Homme, Vice-Président des Combattants Volontaires de la Résistance, Membre du Conseil d’Administration du Mémorial du Martyr Juif Inconnu, Membre du Conseil d’Administration des Villages d’Enfants SOS.

La jeunesse

Sa jeunesse et ses études – au Lycée Fustel de Coulanges, et à l' Institut d'Etudes Commerciales de Strasbourg - se déroulèrent à Strasbourg. Son Père, Joseph Lévy de Quatzenheim, ainsi que sa Mère, Marguerite Bloch de Colmar, reposent au cimetière Israélite de Cronenbourg. Les noms de sa soeur, de son beau-frère et de leur bébé (2 mois) figurent sur la stèle des déportés du même cimetière.

Dans sa biographie posthume (Mémoires d'un Franc-Tireur, aux Editions Complexe, 1998), il évoque abondamment son enfance dans ce milieu judéo-alsacien qui était le sien.

La Résistance

Chef national du mouvement Franc-Tireur, l’un des trois grands mouvements de Résistance que Jean Moulin unifia dans les “Mouvements Unis de la Résistance“  (MUR), il fut l’un des membres fondateurs du Conseil National de la Résistance.

Arrêté à trois reprises, "Gilles" (son nom de code) retrouva trois fois la liberté, dont une fois en s’évadant de la prison de la Santé à Paris.

Il fut l’un des trois premiers Compagnons de la Libération nommés au titre de la Résistance Intérieure. Le 26 août 1944, il descendit les Champs-Elysées, à sa place, juste derrière le Général de Gaulle, et à sa droite. Les livres d'histoire contiennent aujourd'hui souvent cette célèbre photo (ci-contre).

L'après-guerre

Jean-Pierre LEVY, préféra rentrer dans le rang, plutôt que de s’engager dans la brillante carrière politique qui lui était grande ouverte.

En 1946, il épousa Lise RAUZIER, fille du pasteur du Temple Neuf de Strasbourg avec laquelle il eut deux enfants. Après le décès de celle-ci (1954), il se remaria avec Janine CARLOTTI, elle-même grande résistante, déportée revenue par miracle des camps nazis.

Le service de l'Etat

Refusant le siège qui lui était offert à l’Assemblée Consultative, il est nommé Commissaire Provisoire auprès de l’Office Professionnel d’Organisation des Industries du Cuir fin 1944. C’est le début d’une longue carrière, tout au service de l’Etat.

En 1947, il devient Directeur des Industries Textiles et des Cuirs à l’Administration Centrale du Ministère de l’Industrie . Il joint cette fonction à celle de la Direction des Bois, Pâtes, Papiers à partir de 1949. A ce titre, pendant plus de vingt ans, il sera du côté de l’Etat l’un des grands commis qui travailleront à la reconstruction économique de notre Pays.

En 1970, il est nommé Conseiller d’Etat en service extraordinaire et Président du Conseil d’Administration du Centre National pour l’Exploitation des Océans (CNEXO).

Le militant

Parallèlement à son activité professionnelle, Jean-Pierre LEVY demeure fidèle aux idées pour lesquelles il s’est battu et participe, jusqu’à la fin de ses jours, à de nombreuses activités d’intérêt public.

Il est l’un des fondateurs et le principal animateur de Revivre, association qui prend en charge des enfants orphelins de la Résistance. Il est Membre du Conseil d’Administration puis Président, de 1972 à sa mort, du Comité des Oeuvres sociales de la Résistance, créé pendant la guerre par un jésuite, le Père Chaillet, dont le nom figure parmi les Justes pour son rôle en faveur des enfants juifs sous l'Occupation.

Et il demeurera également fidèle à ses études strasbourgeoises : il présidera, pendant de nombreuses années, le jury d'admission à l'IECS.

Il restera toute sa vie à la fois le militant actif de ses idées et un combattant de la mémoire. A ce dernier titre, c’est chez lui que fut lancée l’idée de la Fondation de la Résistance, dont il fut l’un des plus actifs créateurs.

Co-auteur d’un ouvrage collectif de politique économique, Les moyens de la Grandeur   (1959) il avait écrit ses mémoires sous le titre Mémoires d’un franc-tireur – Itinéraire d’un résistant (1940-1944)    (Editions Complex), avec la collaboration d’une historienne, Dominique Veillon. Cet ouvrage paraîtra après son décès.

Le souvenir

Son nom est l’un des seuls que cita André Malraux dans son discours prononcé à l’occasion de l’entrée des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Et dans le spectacle de Robert Hossein et Alain Decaux Celui qui a dit non, le rôle de Jean-Pierre LEVY, Fondateur du Réseau "Franc-Tireur'', est abondamment mentionné. Une page lui est consacrée dans l'Encyclopedia Universalis.

A son décès, les honneurs militaires lui furent rendus, comme à tout Compagnon de la Libération.

La presse nationale lui consacra de longs articles élogieux :

Monsieur Raymond BARRE, ancien premier ministre, a inauguré à Lyon le 12 Octobre 2000 une artère portant son nom , près de la prison de Montluc où furent emprisonnés et torturés tant de résistants.
Et la Ville de Strasbourg, suite au dossier que j'ai constitué, a donné le nom de Jean-Pierre Lévy à une allée de la ville, qui a été inaugurée en octobre 2007.

Bernard ROTH      


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