Lise HANAU


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Lise Hanau (Schlanger)
La merveilleuse infirmière de Rivesaltes
par Marianne Picard
extrait de Mémoire vive, revue de l'Association Aloumim (Association israélienne des Enfants cachés en France pendant la Shoa), No 22-23 juin 2001 avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Le texte a été annoté par Lise Hanau

HanauElle est si discrète, si modeste, que nous avons eu peine à la dénicher. Ensuite, nous avons dû la supplier pour obtenir la permission de parler du rôle admirable qu'elle a joué pendant la Shoah en France.
Lise Hanau, originaire de Strasbourg dont elle a gardé la charmante intonation, vit depuis de longues années en Israël où, bien intégrée, elle est connue pour sa disponibilité, sa générosité, son amour d'autrui.

Nous sommes en 1942. Lise Hanau vient de terminer ses études d'infirmière et travaille depuis trois mois dans une maison non juive de l'Isère qui accueille des mères célibataires et des enfants malades, lorsqu'elle reçoit un coup de téléphone impératif d'Andrée Salomon qu'elle connaissait de Strasbourg et qui lui demande sans détour : "Prends le train ce soir et rejoins-moi au camp de Rivesaltes, tu seras l'infirmière des enfants du camp."
Lise hésite : "Il m'est difficile de partir si vite", répond-elle.
A l'autre bout du fil, la voix bien timbrée d'André Salomon rétorque: "Il te faut longtemps pour prendre quelques slips et une brosse à dents ?"

Quand Andrée Salomon donne un ordre, on ne peut qu'obtempérer. Et Lise part sans que ses parents y fassent objection, ce qui est remarquable. Elle reçoit un laissez-passer d'Andrée Salomon qui l'attend à Perpignan et pénètre dans le camp de Rivesaltes, dans son uniforme d'infirmière, avec sa grande cape et son voile bleu.
Situé dans les Pyrénées Orientales, un département du sud-ouest de la France, Rivesaltes était un camp de concentration entouré de barbelés et gardé par des militaires français. Il allait bientôt qui allait bientôt devenir un camp de transit vers les sites d'extermination.

Dans ce camp, pas un brin d'herbe, se rappelle Lise, rien que des pierres, des baraques où sont logés des Juifs de nationalité étrangère arrêtés lors d'une rafle, d'un contrôle, du passage de la ligne de démarcation ou d'une tentative de franchissement clandestin de la frontière espagnole ou suisse.
Des familles entières vivent dans un manque d'hygiène total, les latrines sont de simples planches sans porte ; on dort sur de la paille avec, pour toute literie, une mauvaise couverture. Dans les baraques, ni table, ni chaises, ni objets de toilette. Séparés des femmes, les hommes, totalement désoeuvrés, vivent dans une angoisse perpétuelle.

REPERES BIOGRAPHIQUES
  • Lise Schlanger est née à Strasbourg le 21 janvier 1925. Elevée dans cette ville elle a été éclaireuse jusqu'à la guerre.
  • Réfugiée d'Alsace, a fait ses études d'infirmière à Limoges avec dispense d'âge du fait de son état de réfugiée. Puis elle travaillé au camp de Rivesaltes (voir article ci-contre).
  • Elle travaille ensuite dans une maison d'enfants non-juifs sous de faux papiers.
  • Aussitôt après la guerre, en 1945, elle part en Israël, et travaille comme infirmière à l'Hôpital Assuta de Tel Aviv puis comme indépendante.
  • Lise revient en France en 1947 pour le mariage de sa sœur, et elle fait connaissance de celui qui sera son mari quelques mois plus tard. Un an après la naissance de leur fils, tous trois retournent en Israël, mais ils doivent revenir en France pour remplacer le père de Lise, malade dans son affaire.
  • Elle s'investit alors à Strasbourg dans la vie communautaire, en particulier au KKL, et assiste le mohel (circonciseur) Isi Wertheimer.
  • En 1962, elle dirige l'équipe féminine qui s'occupe des soins à donner aux enfants et aux mamans rapatriés d'Afrique du Nord, passant des journées entières au centre communautaire.
  • Elle est toujours à la disposition de ses amis et ainsi jusqu'en 1977, année où elle retourne en Israël, au moment de la retraite de son mari. Lise reste active aujourd'hui encore.
  • Lise Hanau est décédée à Jérusalem le vendredi 28 décembre 2013. Elle a été enterrée le dimanche suivant au cimetière de Petah Tiqwah.

Andrée Salomon a élu domicile au camp de Rivesaltes et Lise devient l'infirmière de la baraque des enfants. C'est un bâtiment situé à l'extrémité du camp où Andrée Salomon et son équipe veulent faire entrer le plus d'enfants possible.
Lise, qui n'a pas encore dix-huit ans, travaille sans relâche. Elle est presque seule pour s'occuper d'une quarantaine de pensionnaires. Avec l'aide de trois ou quatre jeunes belges, elle doit leur distribuer la soupe du déjeuner, les laver, les épouiller, les faire chanter ; les conduire en rang à 16 heures dans la baraque du secours suisse qui leur offre du riz au lait sucré.

De plus, elle parcourt le camp et propose aux parents de lui confier leurs enfants qui seront mieux dans sa baraque (1). Certaines mères acceptent, dans l'intérêt de leur progéniture mais d'autres, trop angoissées, refusent de se séparer de leurs petits.
Lorsqu'elle peut sortir du camp, elle en profite, selon les directives d'Andrée Salomon, pour se procurer de faux papiers d'identité destinés aux enfants (2). L'objectif de cette action est simple : éviter à tout prix la déportation de ces jeunes.

Puis vient septembre 1942 : c'est au moment des fêtes de Tishri, que sont organisés les premiers départs, les premières déportations. Lise assiste à l'appel des Juifs qui partent pour Drancy puis Auschwitz. Elle aperçoit dans le groupe un petit garçon que ses parents n'avaient pas voulu confier à la baraque des enfants. En quelques secondes, elle s'approche de lui, l'engouffre dans sa grande cape et le conduit le plus rapidement et le plus discrètement possible vers sa baraque (3).

Lise entreprend très souvent de telles opérations de sauvetage, sous le nez de la police, parfois juste avant l'embarquement dans le train. Sauvés de justesse, terrorisés, sous le choc de la séparation, les enfants qui viennent de quitter leurs parents arrivent en pleurs dans la baraque. Lise organise immédiatement une ronde ou un jeu, elle donne un petit quelque chose à chacun d'eux et les entoure de son affection. Elle leur parle en français, mais aussi en allemand, en yiddish, en anglais, elle trouve les mots pour chacun.


Lise Schlanger (Hanau) en uniforme d'infirmière à Rivesaltes en 1942

Les enfants de Rivesaltes avec Lise Schlanger (à g.)

Comprenant que la situation va en empirant, que les déportations se déroulent à un rythme accéléré, Lise Hanau va de baraque en baraque proposer aux parents encore réticents de prendre en charge leurs enfants jusqu'à leur retour... Beaucoup acceptent cette séparation que tous espèrent provisoire. Officiellement limité à 35, le nombre des pensionnaires de la baraque est maintenant beaucoup plus élevé.

Andrée Salomon et son équipe font sortir les enfants, soit par une filière officielle (4), dotés de faux papiers ou de familles fictives de nationalité française, soit par des filières clandestines. Lise fait par exemple passer deux enfants cachés sous la banquette d'une voiture.

Tous les jeunes qui sont passés par la baraque des enfants ont été sauvés : en quittant Rivesaltes, ils ont rejoint des maisons d'enfants, des familles d'accueil.
Lise Hanau quitte Rivesaltes début décembre 1942, les derniers Juifs de ce camp ayant été conduits à Gurs. Elle rejoint la région de Grenoble.

Admirable Lise Hanau ! Mais elle ne tire aucune gloire de ce qu'elle a fait.
"J'étais jeune, dit-elle, j'aimais l'aventure. En tant que juive, j'étais contente de faire quelque chose de concret pour aider mon peuple, et si j'ai pu contribuer à sauver des enfants, c'est parce que j'avais sous les yeux l'exemple contagieux d'Andrée Salomon dont la force nous galvanisait. Elle m'a appris à mépriser le danger et à garder toujours espoir dans l'amour des enfants."

Les deux faces d'une carte postale adressée Lise Schlanger (Hanau)

Notes ajoutées par Lise Hanau au texte de Marianne Picard
  1. Nous voulions regrouper les enfants dans la baraque d'enfants pour plusieurs raisons :
    - les éloigner de la proximité des adultes
    - les réunir et les occuper entre eux
    - et surtout tâcher de les faire libérer au plus vite du camp
    La préfecture de Perpignan nous était favorable. Andrée Salomon, qui dirigeait nos équipes a usé de toute son influence, de toute sa ténacité pour faire libérer les enfants en groupe. Chacun d'eux recevait un certificat de libération de la Préfecture. Ceux des enfants qui n'ont pu être libérés officiellement, ont été évacués illégalement par nous. Il était impératif que tous les enfants quittent rapidement le camp - à tout moment les ordres de Vichy pouvaient annuler un statut.    Retour au texte

  2. Le laboratoire de faux papiers se trouvait à Marseille. Les papiers étaient pour les jeunes de plus de 16 ans et les adultes. Les jeunes étaient déportables à partir de 16 ans, nous les avons rajeunis de quelques mois. Les adultes avaient d'autres problèmes qui ont été résolus.    Retour au texte

  3. Roch Hashana 13-9-1942 :
    Dès le matin tous les internés sont dehors devant chaque baraque. Un bloc de personnes, hommes, femmes et quelques enfants.... Sur la place devant eux une estrade pour les autorités du camp.
    L'appel des partants se fait par haut-parleurs. Les noms de ces malheureux s'égrènent, lentement. Tous sont à l'écoute le coeur battant. Les personnes appelées commencent à bouger. Elles doivent traverser la place et se rendent de l'autre côté, là où se rassemblent les déportés de demain. Ils sont déjà dans un monde à part. L'appel continue. Lorsque que je vois que des enfants se trouvent avec un couple appelé, je suis rapidement a leurs côtés. Je ne dis rien. Ils me connaissent, nous avons souvent parlé. J'ouvre mes bras et les parents poussent les enfants vers moi. Une courte étreinte entre eux et j'emmène ces enfants à la baraque 67, la baraque d'enfants. Là, ma petite équipe belge les reçoit. Je retourne à l'appel et continue jusqu'à la fin de la journée à recevoir au dernier moment les enfants qui étaient restés avec leurs parents. Minutes tragiques, mais l'action donne des forces. Le but est présent pour eux, pour moi : sauver les enfants. Bien entendu la baraque était pleine d'enfants qui s'étaient ajoutés dans la journée, 30-40 et plus, mais l'espoir était en nous. Il fallait seulement agir rapidement.
    Dès le lendemain, Andrée Salomon travaillera à leur libération. L'OSE se chargera d'eux, ils seront gardés et si D. le veut, c'est par l'OSE qu'ils se retrouveront un jour.    Retour au texte

  4. Grâce aux interventions d'Andrée Salomon, la préfecture des Pyrénées orientales autorise un nombre important d'enfants à sortir du camp.    Retour au texte


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