Alfred ELIAS
(1865 - 1940)


Alfred Elias naît en 1865 à Haguenau, ville française, fait ses études de médecine à Strasbourg, et il exerce à Cernay avant de s'établir à Mulhouse en 1897. C'est là qu'il se marie, et de cette union naîtront trois filles et un garçon.

Il est le protagoniste du sionisme, et c'est l'un des seuls juifs d'Alsace présent au premier Congrès sioniste qui se tient à Bâle en 1899.
Il se lie d'amitié avec Théodore Herzl et Max Nordau, et échangera avec eux une vaste correspondance qu'il lèguera plus tard à l'Université Hébraïque de Jérusalem. Historien averti, il luttera toute sa vie pour son idéal sioniste.

En 1904, il publie une étude sur l'école d'Arts et Métiers de Mulhouse, où il siègera longtemps comme membre du Comité de cette institution qui forme les enfants juifs déshérités à un métier manuel . Fondée en 1841, elle avait pris son essor sous la présidence de Lazare Lantz qui avait contribué à la construction de l'école rue des Orphelins.

Au début de la grande guerre, le 7 août 1914, les Français pénétrent à Mulhouse, mais doivent battre en retraite quelques jours plus tard. Des ambulances sont installées à l'école d'Arts et Métiers et à l'Hôpital Israélite, ce qui permet de sauver plusieurs soldats français. Le Dr Elias se distingue particulièrement dans cette action, au péril de sa vie. Ceci lui vaudra, après la guerre, une citation à l'Ordre de la Nation.

Le Schweidissi

Par la suite il s'investit beaucoup investi dans la gestion de Mulhouse : il siége au conseil municipal sous la houlette d'Auguste Wicky ,  maire socialiste de 1925 à 1940, auquel il est très lié. Démocrate fervent, il lui arrive un jour de prôner devant une grande réunion publique, du temps allemand, l'autonomie de l'Alsace-Lorraine.

Lors d'un concours de la ville pour un monument en l'honneur des travailleurs, il fait adopter la maquette du sculpteur florentin Baehr qu'il connaissait en tant que sioniste. Le Schweidissi ("l'homme qui transpire") orna d'abord la place de la Réunion, puis fut transféré au Tivoli, où il continue à éponger son front en sueur.

Ses convictions socialistes et humanistaires l'incitent à pratiquer une médecine sociale avant la lettre. Il crée une section de "Samaritains" auxquels il enseigne les premiers secours à donner aux malades et aux accidentés, et fonde la "Croix blanche", un service d'ambulances qui intervient dans les accidents. Il  s'intéresse beaucoup aux problèmes d'hygiène et anime la lutte anti-alcoolique.

En juin 1940, le Dr Elias, à la demande de Monsieur Wicky, maire de Mulhouse, s'attarda à soigner les malades, jusqu'à l'entrée des Allemands dans la ville. Un de ses gendres était réfugié à Belfort et il chercha à le rejoindre lors de l'effondrement de la garnison de Mulhouse mais il était déjà parti. Le reste de la famille, que lui même avait poussé à aller habiter  à Dinard en Bretagne, avait quitté cette ville  en raison de l'avance allemande et était replié transitoirement à Pau avant de partir pour New-York. Il leur adressa la lettre suivante :

Mulhouse le 16 juin 1940    
Voir la lettre manuscrite en entier
Mes bien chers,
    La poste ne fonctionne pas mais je suppose qu'il y a pourtant 10% de chance pour que cette lettre arrive à destination et je tiens à vous écrire , même si cette lettre n'arrive pas à bon port , mais cela me calme.
    Hier matin un vrai vent de panique a soufflé. On n'en savait pas exactement la cause : la radio nous  l'a donnée, la panique était provoquée par la nouvelle que les Allemands avaient pris pied sur la rive alsacienne du Rhin ,  dans les environs de Neuf Brisach. Tous ceux qui avaient des autos se sont mis en route vers Belfort. L'un  des rares qui sont restés a été Wicky , qui m'a dit qu'il est forcé de rester en sa qualité de maire, mais que les autres font bien en s'en allant. Et j'ai fait un essai j'ai tâché de trouver une voiture - impossible. Et je suis parti dans ces conditions sur mon vélo. Parti à  13 heures 30, j'arrivais vers 19 heures à Chavannes où j'ai passé la nuit. Je suis reparti de ce village à 7 heures et étais vers 9 heures à Belfort. J'espérais voir René avec lequel je me serais concerté , mais il était parti déjà. Et je me suis rendu à la gare où j'ai appris que les trains ne marchent plus, des autos se dirigeant vers l'intérieur n'existaient non plus. J'ai vu un certain nombre de Mulhousiens les Simonet (rue Mittelbach) les Blum (Blum et Abet) le ministre-officiant et sa famille tous ces gens là se fiaient au hasard en attendant un miracle pour pouvoir continuer leur route. En attendant ils ne trouvaient rien à manger et ne savaient où loger. Dans ces circonstances je me suis vu dans l'obligation de rebrousser chemin et de marcher vers mon destin. J'ai fait le possible, presque l'impossible pour vous rejoindre, tout me poussait vers vous, et je sais ce qui m'attend ici. Ce n'est donc ni la mauvaise volonté, ni la forfanterie, ni mon amour propre mal placé qui m'ont fait rater mon voyage.
    Je sais que vous m'aimez, je sais le chagrin que vous éprouverez quand vous lirez cette lettre. J'ai fait ce que j'ai pu pour vous éviter ce chagrin , les circonstances en ont décidé autrement. S'il m'arrive le pire , vous pouvez être convaincus que ma dernière pensée sera pour vous.
    Je vous embrasse tous
Alfred    

Après avoir envoyé cette lettre, le Dr Elias mit fin à ses jours.

Sources :


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