COMMENT J'AI DECOUVERT
LE PERE DE MON TRISAIEUL

(Cercle de Généalogie juive - Bulletin trimestriel 1987/2, n10)

Mon père m'avait toujours raconté que notre nom de famille KLEIN nous venait de son bisaïeul, inscrit sur le registre (1) de Bischheim en 1808, comme ayant changé son identité de Moyse HIRZ (c'est-à-dire Mochè ben Naftali) (2) en Moyse KLEIN (3) parce qu'il était de petite taille.

Mais en compulsant, il y a une vingtaine d'années le registre de Strasbourg, j'y ai découvert, sous le n793, la déclaration suivante :

"Par devant nous, adjoint au maire, officier de l'état civil de la ville de Strasbourg, département du Bas-Rhin, s'est présenté Hirtz ANSEL (4), coupeur de cors (5), domicilié en cette ville, rue du jeu des Enfans n30 (6) lequel nous a déclaré prendre le nom de KLEIN pour nom de famille et celui de Naftali pour prénom et déclaré ne savoir signer (7).
Ce dix neuf octobre mil huit cent huit.
LEVRAULT l'Aîné."

Alphonse Lévy - Le Colporteur
Le colporteur
Bien que rien ne l'affirme explicitement, il est clair qu'il s'agit du père de Moyse. En effet, Moyse était fils de Hirtz. Mais ce n'est là qu'un mince indice, pare que des Hirtz il y en avait beaucoup, et que deux d'entre eux auraient pu choisir le nom de Klein, assez fréquent chez les juifs alsaciens.

Un deuxième point est déjà plus convaincant. Dans tout le Bas-Rhin, il y avait trois juifs qui exerçaient la profession de "coupeurs de cors" ou, comme on a dit plus tard, d'une manière moins péjorative, de pédicure.

Le métier était, il est vrai, essentiel dans la société juive de l'époque : la plupart des chefs de famille étaient colporteurs ou marchands ambulants ; ils se trouvaient donc chaque jour de la semaine du matin au soir sur les routes, et un cor au pied douloureux, les empêchant de marcher, les réduisait au chômage.

Mais peut-être beaucoup d'entre eux allaient-ils se faire soigner chez des non-juifs.

Dans un document consistorial de 1809, qui donne la liste de tous les juifs du Bas-Rhin ayant des occupations non-commerciales, figurent sous la rubrique "opérateurs ":

Alexandre Blum, de Bouxwiller ; Nephtali Klein de Strasbourg et Moïse Klein, de Bischheim.

Il ne serait donc pas étonnant que le fils ait appris de son père l'art de couper les cors au pied.

Un troisième élément de probabilité concerne l'âge des intéressés : leur date de naissance n'est pas notée dans les documents dont nous disposons, mais on peut néanmoins le déduire :

Moyse Klein, de Bischheim est en 1808 père de deux fillettes, Marie et Julie, nées respectivement en 1805 et en 1806. Nous savons d'autre part que son fils Salomon Wolf (8) est né en 1814. C'était donc vraisemblablement un jeune marié.

Par contre, Nephtali Klein -de Strasbourg- a comme épouse (en troisième noce) Jeannette Michel ; celle-ci avait de ses premières noces deux filles qui, encore que célibataires, étaient déjà majeures, puisqu'elles font leur propre déclaration, alors que les enfants mineurs étaient déclarés par leurs parents.

Nous avons du reste trouvé l'acte de décès de Nephtali, qui est mort à l'hospice juif de vieillards d'Illkirch, dans la banlieue de Strasbourg, le 6 février 1828 à l'âge de 93 ou 96 ans (le mot est difficile à lire).

Il en résulte donc que Nephtali est vraisemblablement le père de Moyse.

Tout concorde si bien qu'il faudrait un hasard assez extraordinaire pour que ce rapport de filiation -qui n'est certes pas prouvé à 100 %, ne soit pas la réalité historique.

C'est ainsi que j'ai découvert le père de mon trisaïeul.

Moché CATANE (adhérent n60)

Notes :

  1. Il s'agit des registres ouverts dans chaque commune pour enregistrer les noms officiels adoptés par les juifs de France, conformément au décret napoléonien du 20 juillet 1808 (Décret de Bayonne). Jusque là, les juifs de France n'avaient pour la plupart pas de patronymes, et étaient désignés par leur prénom suivi de celui de leur père. Retour au texte

  2. Nephtali, fils de Jacob, est décrit par son père (Genèse 50:4) comme une "biche qui s'élance". D'où le surnom Hirsch (en allemand "cerf"), appliqué couramment aux garçons portant le nom de Nephtali, souvent déformé en Hirtz ou Hertz. Retour au texte

  3. "Klein" : en allemand, "petit". Retour au texte

  4. "Ansel" : déformation patoisante de "Acher" (Aser, fils de Jacob). Le nom d'Acher s'est maintenu dans la famille Klein. Le plus jeune fils du grand rabbin S.W. Klein, Jules, s'appelait en hébreu "Acher". Retour au texte

  5. De cors aux pieds (voir plus loin). Retour au texte

  6. J'ai essayé en vain d'identifier la maison. Mais il est possible que la numérotation ait changé depuis 1808. Retour au texte

  7. Bien entendu il savait signer, mais seulement en caractères hébraïques. Alors que les signatures hébraïques étaient admises partout, elles furent interdits à Strasbourg et à Bischheim. Retour au texte

  8. Salomon Wolf Klein fut le chef de file de l' "orthodoxie" au sein du rabbinat français. Il exerça successivement à Biesheim, Rixheim et Durmenach (haut-Rhin) et fut élu grand rabbin du Haut-Rhin en 1850. Il est l'auteur de nombreux ouvrages d'érudition et de polémique. Retour au texte


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