Théophile BADER
fondateur des Galeries Lafayettes
de Dambach-la-Ville au Boulevard Haussmann
24 avril 1864 - 16 mars 1942
Par Charles REICH


Max HymansLe 13 décembre 1893 deux cousins, Alphonse Kahn, originaire de Kolbsheim et Théophile Bader, originaire de Dambach-la-Ville ouvrent ensemble un magasin de nouveautés dans une petite mercerie à l'angle de la rue Lafayette et de la rue de la chaussée d'Antin. Le nom "Galeries Lafayette" naît de la configuration du magasin et de la circulation des clientes qui s'effectue dans les allées, entre les rayons. La vente de mercerie, tissus, dentelles et rubans singularise le magasin dans la mode et la nouveauté. Le succès est vite au rendez-vous grâce aux méthodes appliquées : assortiment large et varié, prix fixes et affichés, faculté pour la clientèle de toucher, essayer et comparer librement. En 1896, ils achètent la totalité de l'immeuble du 1 rue Lafayette et en 1905 les immeubles voisins des 38-40-42, boulevard Haussmann et 15, Chaussée d'Antin, actuel emplacement du magasin (1).

Théophile Bader naît en 1864 à Dambach-la-Ville d'une famille de petits commerçants juifs, où l'on trouve des propriétaires de vignes et des marchands de bestiaux (2). Son père s'appelle Cerf Bader et sa mère Adèle Hirstel, commerçants dans la Untere Linkgasse. Profondément attachés à la France après 1870, ils inscrivent leur fils à l'âge de 10 ans comme interne au Lycée de Belfort (3).
Selon son condisciple Eugène Dreyfuss (futur premier président de la Cour d'appel de Paris), c'est un élève brillant, obtenant tous les prix de sa classe, particulièrement doué en mathématiques.
Après des études universitaires à Paris, il se lance dans les affaires et le commerce, la mode et les nouveautés.

Le 1er septembre 1899 la Société anonyme des Galeries Lafayette est créée. Dès cette époque les Galeries possèdent leurs propres ateliers de fabrication et de confection qui existeront jusque dans les années soixante, période de l'arrivée des créations des grandes sociétés spécialisées dans la mode "grand-public".

En 1909 Ernest Wertheimer et Emile Orosdi, les fondateurs de la future Maison "Chanel" accordent un prêt de 800000 francs aux Galeries Lafayette pour l'achat d'un immeuble voisin. Les familles Bader, Kahn et Wertheimer se connaissent bien vu la proximité géographique entre Dambach, Kolbsheim et Obernai.
Quand ils parlent entre eux, ils alternent entre le français et le judéo-alsacien : "comme au village tout repose sur la parole et chaque transaction se solde par un 'ingepatch' ('tope-là')" (4).
En 1912 Alphonse Kahn cède ses parts à son cousin Théophile Bader dont les deux filles épousent l'une Raoul Meyer et l'autre Max Heilbronn.

Les Galeries Lafayettes sur une carte postale ancienne
Théophile Bader est un patron "soucieux du sort de ses employés" et met en place une caisse de secours, une pouponnière et une caisse de retraite avant l'institution des caisses obligatoires (5).
De 1916 à 1926, les Galeries Lafayette s'implantent en province (Nice, Lyon, Nantes et Montpellier notamment).
A la fin des années 1990, elles intègrent d'autres enseignes comme Inno, Dames de France, Parunis, Nouvelles Galeries, BHV, Uniprix, Prisunic et Monoprix, détenu à parité avec le groupe Casino.

Selon S-R Marzel, Théophile Bader est "un juif assimilé qui n'a pas tourné le dos à ses origines": il épouse en effet à la synagogue Jeanne Bloch et respecte les "fêtes traditionnelles".

Pendant l'entre-deux-guerres, il maintient des relations avec sa ville natale, notamment avec le maire Joseph Muller. Lorsque la société de musique de Dambach renouvelle ses uniformes, il leur offre les étoffes et invite l'association à Paris.

En 1940, les Galeries Lafayette sont spoliées, victimes de la politique de Vichy, ses deux gendres s'engagent dans la Résistance.
Théophile Bader meurt à Paris en 1942 à l'âge de 78 ans.
Une rue de Dambach porte actuellement son nom.

Théophile Bader
Par Moïse GINSBURGER

Théophile Bader et son épouse en 1919
Les Journaux ont annoncé récemment que plusieurs hautes personnalités ont été élevées à la dignité de grands officiers de la Légion d'Honneur.
Parmi ces personnalités nous relevons, avec plaisir, le nom de notre compatriote Monsieur Théophile Bader.
Monsieur Th. Bader est une des plus brillantes personnalités commerciales de la capitale. Fondateur et directeur des Galeries Lafayette, grand animateur, il n'a pas seulement fait bénéficier ses propres entreprises de son activité, de son intelligence éclairée. Le commerce de luxe parisien lui doit, pour la plus grande part, des idées et des innovations qui ont accru son prestige et lui ont donné une place prépondérante sur le marché mondial. en outre, philanthrope et ami des lettres, M. Th. Bader a favorisé de nombreuses oeuvres. Pendant la guerre, il organisa un hôpital modèle au Grand-Palais. La Société des gens de Lettres lui doit la reconstruction de l'Hôtel de Massa. Alsacien d'origine, M. Bader a toujours témoigné d'un attachement très profond à sa petite patrie où il eut maintes fois l'occasion d'indervenir utilement.
La haute distinction qui est conférée à M. Th. Bader récompense également un homme de coeur et d'action.
C'est encore la petite ville de Dambach, située aux pieds des Vosges, entre Sélestat et Molsheim, qui a vu naître M. Théophile Bader.
Ses ancêtres étaient venus s'y établir, sans doute, déjà au 17ème siècle. Mais ils adoptèrent le nom de famille Bader seulement en 1808, lorsque les Juifs d'Alsace furent forcés de choisir des noms fixes.
Il y avait alors, à Dambach, trois familles Bader : Koschel, Jacob et Hirtzel. Leur ancien nom de famille avait été celui de Lévy.
Or, si nous conultons le Dénombrement des Juifs tolérés en la province d'Alsace de 1784, nous ne trouvons aucune famille juive à Dambach ayant porté le nom de Lévy, évidemment parce que le fonctionnaire en question ne considérait pas ce nom comme un nom de famille.
Mais nous y trouvons, au numéro 18 les indications suivantes :
Chef : Mauschen Hirtzel ; Femme : Sara Jengoff ; Fils : Coschel, Jengoff, Hirtzel, Samuel ; Fille : Mariam ; Belle-mère : Elle Meyer.
Or, je suppose que ce sont précisément les trois frères nommés ici, Coschel, Jengoff et Hirtzel, qui ont adopté, en 1808, le nom de Bader et qui sont devenus ainsi les ancêtres de toutes les familles juives qui portent le nom de Bader.

Notes :
  1. Voir le site du magasin : http://www.galerieslafayette.com
  2. Voir Shoshana-Rose Marzel : Archives juives 2004/2 no 37 pages 135 à 138.    Retour au texte
  3. Voir Pierre Siegel : Théophile Bader, fondateur des Galeries Lafayette ; in La Gazette Dambachoise n°1 octobre 2001.    Retour au texte
  4. Bruno Abescat et Yves Staridés : Derrière l'Empire Chanel : La fabuleuse histoire des Wertheimer ; L'Express 2005.    Retour au texte
  5. Pierre Siegel, op. cit.    Retour au texte

 
Personnalités  judaisme alsacien Accueil

© A . S . I . J . A .