André Neher
 

A l’auberge (A. Lévy)
La sociabilité du juif d’Alsace


André NEHER (1914 – 1988) a évoqué la sociabilité du juif d’Alsace, voici comment
il la décrivait :

"Pour être resté longtemps en dehors de la bourgeoisie, le judaïsme
d'Alsace n'en a pas adopté les graves travers, l'égoïsme issu de la
libre concurrence, le besoin de sauver la face en affirmant
extérieurement une aisance qui n'a pas de correspondance intérieure.

"Le Juif d'Alsace est resté fidèle à la vieille formule de la morale
talmudique : il ne paraît pas plus qu'il n'est et il est tout entier dans
ce qu'il paraît être. De là, une solidarité profonde et naturelle avec le
non-juif. Le fameux "antisémitisme" alsacien est un produit des villes
et de la bourgeoisie.

"A la campagne, la maison juive, largement ouverte, ne cachait aucun
mystère et accueillait le brave goy avec une sympathie fraternelle. La
synagogue ne se fermait pas davantage à l'étranger, et l'on tenait à
l'office de Kol Nidré, à Yom Kippour, à un auditoire non juif, groupé
respectueusement dans les derniers bancs de la petite Shoule.

"Inversement, le colporteur juif, ou le marchand de bestiaux avait, le
long de ses itinéraires, des relais. C'étaient les fermes ou les auberges,
où le propriétairenon-juif lui servait uniquement du pain et des œufs et
lui demandait s'il avait déjà mis ses tephilîn (les philactères). La place
du Juif dans la vie économique rurale, sa situation d'intermédiaire pour
les bestiaux, les grains, les terrains ne reposaient pas sur le besoin,
mais sur la confiance."

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