Les tribulations d'un juif de Mulhouse en Israël
Michel Rothé
Conférence prononcée devant la Communauté israélite de Mulhouse - mai 2018

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Dentiste à Metz
Vous m'avez convié depuis Jérusalem à l'occasion des 70 ans de l'Etat d'Israël, afin de vous entretenir de mon expérience en tant qu'ole 'hadash plus tellement 'hadash, et de mon parcours en Israël. Il est vrai qu'aujourd'hui j'ai vécu en Israël depuis plus longtemps que je n'ai vécu en France..
Je suis arrivé en octobre 1983 avec la compagnie Maof qui décollait depuis Bâle, pour ce que j'appellerai la deuxième partie de ma vie. J'avais terminé mes études dentaires à la faculté de Strasbourg, j'avais passé mon doctorat en juin 1983, et travaillé pendant un an et demi dans un cabinet dentaire à Metz, où le dernier jour de mes consultations s'est terminé à minuit le jeudi soir. Je suis parti le dimanche suivant.

Arrivé en Israël, c'est le départ d'un parcours du combattant. Première chose à réaliser : s'inscrire au ministère de l'Intégration, ouvrir un compte bancaire, s'inscrire à un dispensaire de soins, et surtout, faire valider mon diplôme (heureusement, à l'époque, on ne nous soumettait pas à un nouvel examen). On m'avait annoncé que la validation prendrait trois mois, mais je leur téléphonais tous les deux jours pour voir où en était l'évolution de mon dossier. Je suis allé voir la responsable du service qui m'a dit : "tu n'as qu'à aller apprendre l'hébreu en attendant". Je lui ai répondu : "je suis venu pour commencer à travailler, pas pour prendre des vacances". Elle m'a demandé si j'avais de la famille en Israël, et comme j'ai répondu par la négative, elle m'a aussitôt proposé de m'inviter pour le Shabath. Elle m'a annoncé également qu'elle allait faire le maximum pour accélérer mon dossier.

Des dispensaires au cabinet privé

Finalement, deux semaines jour pour jour après mon arrivée, la secrétaire du Service de délivrance des diplômes israéliens m'a téléphoné pour me signaler que mon diplôme était prêt. Entretemps, un dispensaire d'une des Caisses de Maladie était prêt à m'embaucher.

C'est ainsi que dès début novembre 83 j'ai commencé à travailler dans deux dispensaires : l'un à Beth Shemesh, à une quarantaine de kilomètres de Jérusalem), l'autre à Maaleh Ephraïm, à 80 km de là. Il était entendu que je devais faire ce parcours en voiture et prendre avec moi tous les matins mon assistante qui devait m'accompagner à Beth Shemesh. Je me souviens du jour où je l'attendais près de la station d'essence à la sortie de Jérusalem ; soudain la sirène se met en marche, les voitures s'arrêtent en plein milieu de la route, certains en sortent et se tiennent droit comme un piquet. Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas de quoi il s'agissait : c'était le jour du Yom Hazikaron (le Souvenir des soldats tombés au champ d'honneur).

Ce qui m'a beaucoup frappé dans les mois qui ont suivi, c'est le nombre de pannes de courant ou de coupures d'eaux, aussi bien à Beth Shemesh qu'à Maaleh Ephraïm. C'était exaspérant d'être au chômage sur son lieu de travail. Par la suite, je pris l'habitude d'amener un bon roman, pour parer à toutes les éventualités.

De mon passage à Beth Shemesh, deux souvenirs marquants : le premier fut la disparition d'une infirmière du dispensaire dans lequel je travaillais, retrouvée assassinée avec son ami dans sa voiture dans la forêt avoisinante : ils avaient été tués par un terroriste palestinien. C'était pour moi une première approche de la réalité de la région.
Une autre réalité à laquelle j'ai été confronté : un jour, le poste de police de Beth Shemesh m'a téléphoné pour me demander de venir soigner un homme incarcéré chez eux. Je leur ai répondu : "pas de problème, à condition que vous veniez chercher le fauteuil dentaire". C'est finalement enchaîné et menotté que le prisonnier, un Palestinien, est arrivé dans mon cabinet. Lors de mes études, quand on nous amenait des prisonniers de la rue du Fil à Strasbourg pour les soigner, on leur retirait les menottes, et c'est ce que j'ai demandé au policier qui l'accompagnait. C'est ainsi, sous la surveillance d'un policier bien armé, que j'ai soigné ce patient en urgence. Mais il fallait aussi le mettre sous antibiotiques et pour cela il me fallait l'autorisation du directeur ; aussi, très rapidement, tout le dispensaire fut au courant de l'affaire. J'ai reçu alors toutes sortes de critiques de la part des patients qui attendaient leur tour dans le Centre, m'enjoignant de lui enlever la dent sans lui donner d'antibiotiques. Réaction primitive qui me surprit, mais à laquelle je ne cédai pas, bien évidemment.

A propos de Maaleh Ephraïm, situé à 80 km de Jérusalem dans les "territoires" : je m'y rendais souvent avec notre petite Autobianchi, mais il m'arrivait parfois d'y aller en taxi avec le pédiatre. A côté du dispensaire, il y avait un kiosque qui vendait des sandwiches avec des olives, qui souvent n'étaient pas dénoyautées. C'est ainsi que je découvris une pathologie typique de la région : la dent cassée par le noyau d'olive.
Quand je venais en taxi le matin, très souvent je devais faire du stop pour rentrer le soir. Je me souviens d'un soir où l'un des habitants de Maaleh Ephraïm, m'a vu faire du stop ; il se rendait en urgence à Jérusalem car sa femme était sur le point d'accoucher. Il n'hésita pas à me prendre en me disant : "moi je m'occupe de conduire, toi tu t'occupes de ma femme si elle commence l'accouchement".
A d'autres occasions je descendais jusqu'à la route qui longeait le Jourdain, et de là, à défaut de bus, je faisais du stop. Il fallait être vigilant au sujet des voitures dans lesquelles on pouvait monter, les plaques jaunes, étaient celles des Israéliens, les plaques bleues étaient celles des Palestiniens.
Au contrôle de sécurité, certains soldats me permettaient de monter dans les voitures de certains Palestiniens. Je me rappelle de l'un d'eux avec qui j'ai longuement discuté : une des choses dont il se plaignait beaucoup, était le fait qu'on laisse poireauter très longtemps en plein soleil les voitures à plaques bleues, alors que les plaques jaunes pouvaient circuler librement. Il est de fait que ceux qui ont commencé l'intifada parmi les Palestiniens, ce sont des jeunes de vingt ans, ceux qui étaient déjà nés sous le régime israélien…

A cette époque-là, nous pouvions encore, Annie et moi, nous promener à Jéricho le vendredi et d'y acheter des plantes à la serre, où d'aller faire quelques courses à Bethlehem. Le temps où l'on pouvait déambuler librement dans les cités palestieniennes est bien révolu !
En février 1984, Annie et moi sommes revenus à Strasbourg, où nous avons été mariés par son père, le grand rabbin Warschawski.

Durant ces premiers mois d'intégration, je prospectais déjà en vue d'ouvrir mon propre cabinet.
C'est finalement dans la rue de Gaza, sur les conseils du Docteur Bamberger, ancien professeur de la Faculté de Paris, qui était installé dans la même rue, que j'ai ouvert mon cabinet. Il me semble que j'étais le dix-septième confrère de la rue !
C'est le 1er avril 1984 que j'ai commencé à exercer en privé, en plus de mon travail à temps complet dans les dispensaires.
En décembre 1987, la Caisse de Maladie m'a demandé de lui présenter mon diplôme israélien définitif, que je n'avais pas encore reçu, mais dont la demande avait été faite. En attendant, je devais cesser toute activité dans les dispensaires. Vers la mi-décembre, j'ai reçu une lettre de la Caisse de Maladie, m'enjoignant de cesser définitivement mon travail dans son cadre, si je n'avais pas remis ce diplôme avant le 3 janvier. C'était pour moi l'occasion de me consacrer entièrement à mon cabinet privé. Le jour dit, le trois janvier, on m'a "remercié" pour mes services, et le lendemain, j'ai reçu la convocation du ministère de la Santé pour venir chercher ce diplôme. La période intermédiaire m'avait permis de constituer ma propre clientèle, et de dire adieu aux dispensaires. C'étaient quelques milliers de kilomètres par mois que je n'avais plus à parcourir. J'en étais d'autant plus heureux que la première intifada venait de commencer (le 9 décembre 1987) et que les routes devenaient dangereuses.

Durant les premières années de ma consultation privée, j'ai été confronté au problème de l'inflation galopante qui sévissait à cette époque. J'avais à peine le temps de recevoir un chèque qu'il ne valait déjà plus le montant de la somme qui y était indiquée. Il me fallait souvent courir à la banque pour le mettre dès que possible à l'encaissement. Et bien sûr, je devais réajuster les barèmes presque tous les jours.
Plus tard, j'ai rejoint un autre cabinet médical : celui d'un ami que j'avais rencontré en France, le Docteur Elie Pell, médecin généraliste. Je connaissais depuis longtemps son épouse, Claudine née Lazare, qui passait toutes les fêtes à Mulhouse en famille. Je rejoignais aussi un ancien ami de Strasbourg qui avait fait son service militaire français avec moi à Kehl, Marc Rappoport, qui était établi comme podologue.

Au service militaire

En 1989, étant devenu citoyen israélien à part entière, j'ai reçu ma convocation pour faire mes classes dans l'armée israélienne. 1989, c'était également l'année du bicentenaire de la Révolution française, et depuis longtemps nous avions envisagé, Annie et moi, d'être à Paris pour cette occasion. C'est l'un de mes patients, général dans la police, qui me proposa de faire reporter ma convocation pour ma première période militaire.
La période militaire fut donc reportée à l'année suivante, et devait commencer le 9 juin, alors que ma femme était enceinte de notre troisième enfant, et ne souhaitait pas accoucher sans ma présence. Les téléphones portables n'existaient pas encore, et je n'ai trouvé comme seule solution que la location d'un énorme talkie-walkie afin de pouvoir garder le contact avec la maison.

Le lendemain de mon incorporation, alors que je me trouve sur une base au nord de Jérusalem, mon appareil de transmissions se met à couiner : c'est ma femme qui m'appelle pour me dire qu'elle part à l'hôpital, et me demande de la rejoindre le plus vite possible. Je vais aussitôt voir mon officier pour lui dire que je dois partir tout de suite, et je lui en donne la raison. Surpris, il me demande : "mais comment le sais-tu ?". Je lui montre l'appareil en lui demandant : "veux-tu parler à ma femme ?" Ma requête remonte la chaîne de la hiérarchie, et la réponse me revient au bout d'une demi-heure : je peux la rejoindre. On me demande quand même quand j'ai l'intention de revenir. Je réponds que tout dépend du moment de l'accouchement. On me dit alors de téléphoner à l'officier de garde qui me donnera les consignes.
Je me rends à l'hôpital avec notre vieille voiture, traversant Ramallah de part en part (à l'époque c'était encore permis). Afin de s'assurer que je serai présent, Annie demande au personnel d'accélérer la procédure, et c'est finalement vers 11h du soir que Yona, notre troisième fils, voit le jour. Vers une heure du matin, comme promis, j'appelle l'officier de garde ; visiblement je le réveille, et il me dit : "rappelle demain".

La situation à gérer était complexe : il fallait s'occuper des deux premiers enfants (heureusement j'étais aidé par mes beaux-parents, d'autant plus qu'il y avait une grève au jardin d'enfants), retourner à la base, et en même temps préparer la brith-mila. A l'armée on m'a proposé de reporter mes classes à une session ultérieure, ou bien de rattraper le cursus suivi par mes compagnons. Un médecin avec lequel je faisais mes classes m'a apprit en cinq minutes comment monter et démonter un M16, et quand mon supérieur est venu me voir pour me l'expliquer, je lui ai montré que je savais déjà m'y prendre. A ma grande surprise, j'ai été montré en exemple. On m'a également autorisé à rentrer tous les soirs à la maison.
Le surlendemain de la naissance, vers 11 heures, alors que nous étions en plein cours de secourisme, un officier m'appelle et me dit : "ta femme vient d'appeler, tu dois venir la chercher pour sa sortie de l'hôpital". Ce que je fis.
Puis arriva la brith-mila, et la fin de mes quatre semaines de classes, qui devaient se poursuivre par deux semaines de service de réserve dans les Territoires, deux semaines dont on me fit cadeau.

A partir de cette première période militaire, j'ai fait tous les ans trois à cinq semaines de périodes de réserve. La première d'entre elles s'est déroulée à Hébron, dans des conditions très insalubres : je faisais des gardes sur un toit, entre autres, en surveillant les alentours de Beith Hadassa, Tel Romeida, toujours en compagnie d'une flopée de rats. Un soir, j'ai dû surveiller un quartier particulier à l'intérieur d'une guérite ; une autre patrouille circulait plus bas. Je me suis tout simplement endormi contre la vitre de la guérite, et ceux de la patrouille ont en vain essayé de me réveiller en me lançant des pierres. Cette garde avait été réparatrice !
Les gardes à Hébron duraient chaque fois six heures : minuit à 6h du matin, six heures de pause, midi à 18h. J'étais le seul autorisé à rentrer à Jérusalem le matin de 6h à midi. Dès que j'avais terminé ma garde, je montais dans le bus ; arrivé à Jérusalem j'avais tout juste le temps d'une bonne douche, de faire ma prière, de prendre mon petit-déjeuner, et de filer pour reprendre le bus afin de revenir à midi moins le quart à Hébron pour reprendre mon service. C'est à ce rythme-là que j'ai terminé le mois, et alors un officier est venu me demander si je me sentais vraiment à l'aise dans cette unité. En effet j'e n'avais pas fait un service de trois ans comme les autres, et je semblais déconcerté par la situation. Je me rappelle avoir entendu un soir un échange de tir avec des bruits bizarres : il s'agissait de colons juifs qui "s'amusaient" à tirer dans les convecteurs solaires des habitants arabes, sous prétexte qu'il y avait eu des blessés parmi eux.
Un matin, en patrouillant dans les rues, nous avons découvert un des premiers tracts de l'intifada.

Quelques temps après cette période de réserve (milouïm), j'ai été muté dans une nouvelle unité, celle de Sar El : le volontariat civil. J'étais en quelque sorte moniteur de colo pour des jeunes âgés de 15 à 81 ans venus de France pour servir dans Tsahal pendant leurs vacances. C'est ainsi que tous les ans j'ai passé de trois à cinq semaines à l'armée, au détriment de mon travail au cabinet.
Durant un hiver des années 1990, je me suis retrouvé ainsi avec un groupe du côté de Tibériade. Nous étions le 31 décembre au soir et nous nous trempions voluptueusement dans les bains d'eau chaude naturels (Hamei Tiberia) malgré la pluie battante. Pendant ce temps, à Jérusalem, ma femme et nos enfants se sont retrouvés dans notre appartement privés d'électricité, à cause d'une tempête de neige qui s'était abattue sur la ville, et qui avait entraîné la chute des arbres sur les câbles électriques. Nos enfants allaient prendre leur bain chez mes beaux-parents. A mon retour des milouïm, j'ai retrouvé un appartement où la température était de 4° !

La famille Stolar vivant dans le dénuement le plus complet à  Moscou après que leur visa d'émigration leur ait été refusé ; en compagnie de ma soeur Liliane (à  dr.)

L'accueil des Juifs d'URSS

Des événements majeurs ont marqué cette période de la fin des années 80. Anatoly Chtaransky, dont l'emprisonnement avait provoqué un vaste mouvement de protestation et de solidarité à travers le monde, était enfin arrivé en Israël (février 1986). Une foule de gens s'était rendus au Mur des Lamentations, et je me souviens d'Avital son épouse, que j'avais accompagnée à de nombreuses reprises avant mon alyah, notamment au Parlement européen, qui était bousculée dans la marée humaine, et que j'avais aidée à sortir de la foule en attendant l'arrivée de son époux qui la retrouva devant le Mur.

Un autre événement de taille a été celui de l'arrivée (enfin !) de la famille Stolar pour laquelle je m'étais beaucoup engagé, et à qui j'avais rendu visite à Moscou en 1981. Je tenais absolument à les accueillir à l'aéroport. Toute la presse internationale, et surtout la presse américaine les attendait. Abe Stolar, était né à Chicago, mais son père, communiste pur et dur, avait fait son "alyah" au pays des Soviets. Ils avaient fait une première demande de visa en 1975 ; ils étaient montés dans l'avion qui devait les conduire en Israël et leurs bagages se trouvaient dans la soute, mais juste avant le décollage, le KGB leur avait demandé de descendre pour vérification de visa… c'est pendant plus de dix ans qu'ils ont alors vécu à Moscou dans le dénuement le plus complet, avant de pouvoir rejoindre leurs bagages qui les attendaient depuis lors en Israël.

Mais comment pénétrer dans l'aéroport Ben Gourion pour les accueillir ? C'est encore une fois mon patient qui était général dans la Police qui fit le nécessaire. Au poste de police de l'aéroport, un laissez-passer m'attendait ; il me permettait d'aller jusqu'à la zone précédant le contrôle des passeports avec la Presse, afin de les recevoir. A cette occasion j'ai eu droit à une photo en première page dans le New York Times avec la famille Stolar à leur arrivée.

Cependant la bureaucratie israélienne fit qu'il n'y avait pas d'appartement pour les accueillir, et les quatre premiers jours, les Stolar furent nos hôtes dans notre petit appartement qui vit ainsi défiler presse et télévision, notamment celle de Chicago dont le père était originaire. Le quatrième jour, le problème du logement ayant été résolu, je suis allé à l'épicerie du quartier avec Monsieur et Madame Stolar pour leur acheter les denrées de base. Arrivés dans le magasin, devant l'abondance des produits, ils m'ont demandé si c'était un musée…

Yona dans sa "cage" pendant la guerre du Golfe

La guerre du Golfe

Pendant la guerre du Golfe en janvier 1991, nous avons vécu au rythme des alertes. Nous devions sortir avec nos masques à gaz, et bien entendu, le travail au cabinet se ressentait de la situation. La journée de travail se terminait très tôt dans l'après-midi, car la plupart du temps les alertes commençaient en début de soirée.

Obéissant aux directives officielles, nous avions calfeutrés une chambre étanche, dans laquelle nous devions nous enfermer dès que la radio annonçait le message codé : "Vipère". Nous dormions tous dans cette chambre, dans laquelle j'avais placé un ordinateur pour être connecté avec le monde, et bien sûr une radio, ainsi que quelques réserves alimentaires et de l'eau. Le plus difficile était, quand l'alerte se produisait au milieu de la nuit, de mettre leur masque à gaz aux enfants, et surtout au deuxième de mes fils, qui s'y refusait systématiquement, en pleurant. Quant au troisième, tout petit, nous devions le mettre dans une sorte cage en plastique équipée de filtres.

Mais il y a eu un côté positif durant cette période : toute la famille se retrouvait ensemble, alors qu'habituellement je rentrais du cabinet tard dans la soirée.

1995

Le 7 octobre 1995 est né notre quatrième fils, Eliel. Mes parents étaient chez moi à Jérusalem. L'ambiance de l'époque était survoltée : la droite et la gauche s'affrontaient. Il faut savoir que la plupart de ceux qui portent une "kipa crochetée" affichent des tendances politiques de droite voire d'extrême-droite. J'en porte une moi aussi, bien que mes convictions soient plutôt pacifistes. Aussi certains de mes patients, ne connaissant pas mes idées, ne se gênaient pas pour émettre devant moi des propos haineux vis-à-vis des gens de gauche, ainsi qu'à l'encontre de notre premier ministre Itzak Rabin, qui avait signé les accords d'Oslo deux ans auparavant.

Le retour de Yasser Arafat dans la région avait provoqué une scission au sein des Israéliens. Je me souviens de ce samedi soir, alors que mes parents venaient de se coucher, d'avoir allumé la télévision dans notre chambre pour y suivre les informations concernant la manifestation de soutien au Gouvernement Rabin, qui se déroulait à ce moment à Tel Aviv. Quelle n'a pas été ma surprise en entendant parler de Rabin au passé ! J'ai pensé qu'il avait fait une crise cardiaque. La réalité est vite apparue à l'écran, avec l'arrestation d'Igal Amir. J'ai bondi aussitôt dans la chambre de mes parents, en leur criant : "ces salopards de Juifs ont tué Rabin !"
Cela a été une véritable période d'ébranlement, qui perdure encore aujourd'hui. Chacun, malgré sa tendance, pense détenir la vérité, sans avoir un minimum tolérance vis-à-vis de l'autre.

Cette fin d'année 1995 a été pour moi, d'un côté une grande joie d'avoir un quatrième fils, et de l'autre côté une grande déception en constatant qu'en Israël un juif puisse tuer un autre juif pour ses idées.

In memoriam

A la fin de l'année 1996, mon père est décédé. Pendant cette année de deuil, je n'ai manqué aucun des trois offices journaliers, sauf un seul matin : la veille au soir, un jeudi soir, nous avions été invités au mariage du fils de nos amis Claudine et Elie Pell le médecin avec qui je partageais la clinique. Elie avait insisté pour que je participe au mariage et m'avait demandé d'y venir comme reporter photographique (mon deuil ne me permettait pas d'y assister comme invité). A l'époque, je possédais déjà un téléphone portable, et Elie, sur le coup de midi est parti vers le petit village au nord de la vallée du Jourdain, où devait se dérouler le mariage. Je me rappelle encore lui avoir proposé mon téléphone, ce qu'il refusa en me disant que c'est lui qui allait m'appeler pour voir si les cars qui devaient nous emmener (nous les invités) étaient partis à temps. Claudine, Elie, Ouri le futur marié et les deux témoins devaient donc se rendre ensemble sur les lieux en voiture. Je n'ai reçu aucun appel.

A l'arrivée, à peine descendu du car, un ami vient me trouver pour me dire : "c'est bizarre, personne ne sait où se trouvent Elie et Claudine". En tant que "photographe" j'ai fait un rapide tour de repérage : j'ai photographié la mariée, avec ses grands-parents, et devant l'angoisse grandissante, je suis allé rejoindre Avrum (Avraham) Burg, qui avait été président de la Knesseth, et dont l'épouse était une cousine de Claudine Pell (née Lazare). J'ai dit à Avrum qu'il fallait téléphoner à la Police : "Elie et Claudine ont disparu" ; il m'a répondu : "eh bien, téléphone !" J'ai rétorqué : "tu es Avrum Burg, je ne suis que Michel".

Ouri, Claudine et Elie Pell dans le journal Maariv du lendemain.
Le titre du journal : "Nous attendions le marié, et le marié n'est pas venu".

Pendant la soirée toutes sortes de bruits ont couru : ils auraient été pris en otages par des Palestiniens. Le ministre de la Défense a tout de suite été averti par Avrum Burg, nous avons fait repartir quatre des cinq cars avec les invités. Vers 11heures du soir, j'ai appelé un de mes patients, un médecin arabe pour lui demander de vérifier auprès des Autorités palestiniennes s'il y avait effectivement eu une prise d'otages. Vers 1h du matin il m'a rappelé en me disant : "j'ai vérifié de Ramallah à Hébron et de Bethlehem à Djenine on m'a assuré qu'il n'y avait aucune indication à ce sujet". Vers 4h du matin, avec le cinquième bus, nous sommes repartis avec les grands-parents, les frères, les sœurs et les proches, en maintenant un contact permanent avec la police. Evidemment la radio diffusait des informations sur cette disparition. A 5h du matin, je me suis rendu directement au poste de police pour faire une déposition ; dans la pièce à côté se trouvait Rajoub, un membre de l'Autorité palestinienne. Un de mes amis m'a emmené ensuite au cabinet pour voir s'il n'y avait pas de message, puis nous avons rejoint la maison des Pell.

En France un nouveau Gouvernement venait d'être mis en place, où l'ancienne maire de Strasbourg, Catherine Trautmann, venait d'être nommée ministre de la Culture. Son proche conseiller, Norbert Engel était membre de la Communauté israélite de Strasbourg. A 5 heures du matin j'ai demandé à mon beau-père de lui téléphoner, afin qu'il demande à Catherine Trautmann d'intervenir auprès des Autorités palestiniennes. Je lui ai aussi demandé d'aller à la snagogue et de dire le Kadish à ma place pour mon père.

Durant toute la matinée nous nous sommes organisés pour nous occuper de la famille en attendant les nouvelles des recherches en cours. Peu de temps avant l'arrivée d'un officier de police, en fin de matinée pour annoncer la mauvaise nouvelle, la télévision venait de le faire. On avait retrouvé la voiture qui était tombée sous un pont, et dont les cinq passagers avaient été retrouvés morts.
J'ai été amené à faire la reconnaissance des corps à Jérusalem et les enterrements ont eu lieu aussitôt.
Il n'a pas été facile par la suite de gérer cette nouvelle situation : trois orphelins, et des grands-parents vivant en France. Cette situation s'est encore aggravée après le décès accidentel du plus âgé d'entre eux, Haïm, cinq mois plus tard…

La deuxième intifada (2000)

Nos enfants qui aimaient se retrouver avec leurs copains au local des Scouts, ou pour se promener le long de la rue Emek Refaïm où ils allaient manger une pizza, ont vu leur liberté réduite du fait des attentats trop nombreux qui ont rythmé notre vie pendant cette année. Nous leur avions interdit de sortir et nous les poussions à se recevoir chez les uns ou chez les autres, quitte à commander la pizza à domicile. Parfois, quand le rentrais le soir, je trouvais le salon envahi par une ribambelle de jeunes…

La femme d'un ami, se trouvait en voyage dans les camps de concentration en Pologne le jour de l'attentat du bus qu'elle prenait tous les jours pour se rendre à la bibliothèque de l'université. Elle m'a dit : "j'ai été sauvée grâce à Auschwitz".
Un jour, en fin de matinée, alors que je revenais du centre-ville, je suis entré dans la rue de Gaza peu de temps après avoir entendu une énorme explosion : un autobus venait de sauter avec son lot de morts et de blessés. A deux minutes près, j'aurais pu être la cible des billes qui avaient sauté des bombes.
A une autre occasion, lors de l'explosion de l'autobus qui descendait du quartier de Gilo, ce sont deux de mes patients qui ont perdu la vie : Giselle Nakache, qui travaillait dans une agence de voyage, et Léa Baroukh, qui était employée dans la résidence du Président de l'Etat. Je me souviens encore avoir préparé leurs radios dentaires car il était question de devoir les transmettre pour identification.

Cette période des attentats a été particulièrement traumatisante : cette succession d'explosions, à Jérusalem ou ailleurs, nous avait entraînés dans une sorte de psychose. A tel point que lorsque je devais me rendre en ville pour faire une course, j'empruntais toujours des rues peu fréquentées afin d'éviter les grands axes, plus dangereux.

La seconde guerre du Liban (2006)

Avec Eytan, mon fils aîné, lors d'une visite à sa base militaire

Avoir quatre garçons, c'est subir douze ans de service militaire. Je me rappelle encore le jour où Gadiel a été libéré : je suis venu le récupérer sur la base, en même temps que j'amenai Yona au Centre d'incorporation. A chacune des naissances, un certain espoir de les voir un jour dispensés du service militaire, car la paix serait enfin conclue, a été déçu.

Ils ont tous été infirmiers. Lors de la seconde guerre du Liban nous savions qu'Eytan, mon fils aîné, pouvait rentrer à tout moment dans ce pays. C'est finalement quand son téléphone portable a cessé de répondre, que nous nous sommes doutés qu'il avait traversé la frontière. Période d'angoisse et d'incertitude. A la veille de la guerre, nous avions reçu une lettre de son unité nous informant de la gravité de la situation, et nous informant que nous pourrions, si nous le désirions, obtenir des renseignements sur nos enfants auprès d'un numéro de téléphone indiqué. Des amis de mon fils, également infirmiers, mais qui se trouvaient dans une autre zone d'intervention, faisaient la navette entre Israël et le Liban pour ramener des blessés, et nous donnaient des nouvelles de leur côté.

Nous avons eu un "silence radio" pendant une semaine. J'ai essayé à plusieurs reprises d'appeler le fameux numéro, mais il ne répondait pas. Finalement, un samedi soir, ô surprise, une soldate décroche : elle dit qu'elle allait essayer de faire le nécessaire pour joindre l'unité et me tiendrait informée de la situation. Plus d'une heure après, effectivement, nous avons reçu la nouvelle qui rassurait.
Trois mois après, Eytan est enfin rentré à la maison. Crasseux, fatigué mais en bonne santé.

Durant cette guerre du Liban, et compte tenu du nombre grandissant de familles résidant dans le Nord, qui devaient quitter leurs maisons pour chercher un havre plus tranquille, je m'étais transformé en agent immobilier bénévole : je demandais à des personnes qui possédaient un local disponible à Jérusalem ou dans la région de les mettre à la disposition des réfugiés du Nord. J'avais entre autres été en contact avec une assistante sociale du côté de Haïfa, et le Consulat de France de la même ville pour coordonner cette action.

Quant à Yona, lors de l'opération "Plombs durci" à Gaza (en 2009), il a dû intervenir entre autres avec le médecin militaire, alors qu'un obus venait de tomber à une cinquantaine de mètres, touchant cinq soldats : quatre morts et un blessé grave (qui heureusement a survécu). Par la suite il est rentré dans Gaza-même, et vous pouvez imaginez quel soulagement nous avons ressenti à la fin de cette "opération" !

Mes synagogues

La synagogue Ohel Nehama de la rue Chopin, s'était beaucoup investie dans le drame de la famille Pell. Elie Pell, Marc Rappoport et moi étions les fidèles de cette communauté dite "des Alsaciens", qui en fait ne constituaient qu'une minorité parmi les fidèles. De même que je m'étais investi dans la communauté de Strasbourg, j'ai poursuivi mon engagement dans cette synagogue de Jérusalem. Mon beau-père aussi, après son alya en 1987, avait rejoint cette communauté, et très rapidement il y a célébré des offices, dont régulièrement l'office de Neila à la fin de Yom Kipour, comme il le faisait à Strasbourg. Une année, une lettre anonyme a protesté contre le fait que Max Warschawski fasse l'office parce qu'il était accusé de "gauchisme", mais la Commission administrative a fait bloc pour lui demander de maintenir sa participation.

Procession de Hoshana Raba à la synagogue Ohel Nehama, rue Chopin

Nous (la famille Rothé) avons introduit des traditions spécifiquement alsaciennes dans cette synagogue de Jérusalem : nos quatre fils ont apporté leur mappa à l'âge de trois ans. Trois de mes fils y ont fait leur bar mitzwa. Des sœurs du couvent d'Abu Gosh, qui étaient mes patientes, souhaitaient y assister. C'était l'époque de la deuxième intifada et les synagogues étaient protégées par un garde qui surveillait les entrants ; je l'avais prévenu de l'arrivée de trois sœurs en tenue religieuse, lui précisant qu'il ne s'agissait pas de terroristes déguisé÷s.

D'autres événements conflictuels ont parfois marqué la communauté, alors que la synagogue en tant que telle n'aurait dû avoir aucune coloration politique de quelque bord qu'il soit.
La quatrième de nos bar mitzwa ne s'est plus déroulée rue Chopin. Un Shabath, parmi les feuilles de chou qui étaient déposées à l'entrée, l'une d'elle, de la plume d'un rabbin, parlait de l'interdiction de donner du travail à des Arabes et de leur louer des appartements. Mon fils Yona, lisant cela, est venu me dire : "Papa, mais c'est du racisme !" Je suis allé voir l'un des responsables de la communauté en lui signalant le fait, et lui de me répondre : "et si ton beau-frère [Michel Warschawski] venait ici on le chasserait lui aussi !" J'ai demandé des excuses pour ces propos déplacés, mais je ne les ai reçues que beaucoup trop tard, et nous avons changé de synagogue.

C'est alors que nous avons rejoint la synagogue Ramban, dirigée par le rabbin Benny Lau. Quelques mois après notre adhésion, notre quatrième fils qui hésitait encore sur le lieu où il voulait faire sa bar-mitzva est allé voir ce rabbin pour lui demander s'il l'autorisait à la faire le premier jour de Soukoth. Le rav lui a répondu en souriant : "il faut réfléchir si on peut mélanger deux sma'hoth". C'est devant une assemblée plus que débordante, en ce premier jour de Soukoth, dans la synagogue bondée de touristes et de nos invités, que s'est déroulée la cérémonie.

Je me suis très rapidement intégré à la synagogue Ramban, et l'année suivante j'ai été élu administrateur, tout comme je l'avais été rue Chopin et auparavant à Strasbourg. Mon engagement communautaire dans ces trois synagogues m'a valu à chaque fois d'être nommé 'hatan Torah ou 'hatan Bereshith .

Dans le cadre la communauté de Ramban, j'ai découvert un rabbin d'une nouvelle trempe : quelqu'un qui sait évoquer des sujets tabous à travers ses cours, et des questions que se posent beaucoup de jeunes. Pendant le temps où il a exercé comme rabbin de notre schule, j'ai filmé ses leçons en vidéo presque toutes les semaines, et elles sont accessibles sur Youtube.
Par exemple, un homme âgé en fauteuil roulant, s'est plaint un jour devant le rav Lau qu'on ne l'autorisait plus à faire le Birkath Cohanim dans sa communauté. Le rav lui a répondu : "si tu viens chez moi tu pourras le faire". Quand la nouvelle s'est répandue, de nombreux handicapés se sont mis à fréquenter la synagogue, et le rabbin a autorisé les aveugles à assister à l'office en compagnie de leur chien.

Lors du décès de ma sœur Danou, alors que je faisais la shiva à Mulhouse, ma femme, qui m'avait rejoint, me dit : "il y a quelqu'un qui est venu te voir". C'est avec une grande émotion que j'ai vu en face de moi le président de la communauté de Ramban, envoyé spécialement à la demande du Rav Lau et des fidèles ; il avait fait exprès le voyage aller-retour en 24 heures pour me présenter leurs condoléances.

Mais je n'oublie pas l'Alsace...

A travers tous les événements que je viens d'évoquer, je ne peux manquer de parler de la création de mon site internet, créé dès 1998. Depuis que je réside en Israël, j'ai toujours gardé un attachement à mon Alsace natale. Cela s'est manifesté au départ avec la composition d'un ouvrage dans lequel que je présentais les photos de synagogues que j'avais prises dans toute la région : les synagogues d'Alsace et leur histoire. Mon beau-père, le grand rabbin Warschawski a collaboré à ce projet : il en a rédigé l'introduction.
Le succès rencontré par cet ouvrage, et la naissance d'internet m'ont alors donné l'idée de construire un site web consacré au judaïsme alsacien. Dès qu'il est monté sur le réseau, j'ai commencé à recevoir des messages d'internautes venus de tous les horizons : ils croyaient qu'il s'agissait un site officiel, alors que ce n'était qu'une entreprise d'amateurs !

La famille Rothé en 2008
C'est le temps qui a officialisé cette entreprise, aujourd'hui incontournable : des milliers de page, des milliers de correspondants occupent le temps qui me reste après les heures de consultation dentaire.
Certes, je suis tout seul à Jérusalem pour réaliser la mise en page des nombreux articles qui composent ce site web. Mais cela m'a permis de tisser un réseau de relations avec des correspondants du Grand Est, du monde entier et même... d'Israël. Ils soutiennent ce projet et l'enrichissent par l'envoi d'un nombre infini de documents que j'ai le plaisir de publier. Ce résau s'est intensifié à travers ma page Facebook.

Même si je peux considérer que je suis bien intégré en Israël, j'ai en quelque sorte amené l'Alsace avec moi, et je vis dans les deux mondes. L'Alsace a été elle aussi une zone de conflits entre deux pays ; j'espère qu'en amenant l'Alsace au Moyen Prient cela permettra d'y amener l'espérance d'une paix future.

Bien sûr, j'ai rencontré à Jérusalem de nombreux Juifs alsaciens. Cela m'a permis d'organiser à l'arrivée de mon beau-père un office du deuxième jour de Rosh Hashana avec les nigounim traditionnels d'Alsace. Au fil des années, cet office s'est transformé en événement de grande convivialité, réunissant plus d'une centaine de personnes, suivi d'un kidoush agrémenté de kugelhoff, de butterkuch et d'un bon verre de schnaps.

Conclusion

En m'écoutant jusqu'à présent vous devez penser que tout n'a pas été très facile pour moi. Certes le parcours d'un nouvel immigrant est semé d'embûches. Mais il a été également parsemé de nombreux événements heureux. Principalement le fait d'avoir réussi à monter mon cabinet dentaire et à créer une famille.

Moi qui à mon arrivée ne faisais que balbutier l'hébreu, et qui n'avais pas pu étudier à l'oulpan, je suis parvenu à surmonter ce handicap et à profiter de d'un enseignement du judaïsme dans sa langue originelle. J'ai pu ainsi accéder à la profondeur d'une pensée que je n'aurai pas rencontrée en France.

La pratique de mon métier m'a permis de faire toutes sortes de connaissances, dont certains sont devenus de vrais amis. Et elle m'a aussi donné la satisfaction de pouvoir aider un grand nombre de jeunes en difficultés auxquels j'ai procuré gracieusement des soins dentaires.
Quant à la famille, la naissance de mon premier fils puis des trois autres nous ont procuré une source de joie et d'espoir. Ils nous ont donné à ce jour trois petits-enfants, et nous attendons la suite avec impatience…
Si de mon côté je n'avais aucun parent en Israël à cette époque, du côté de ma belle-famille j'étais plutôt gâté. L'arrivée de mes beaux-parents en 1987, a été également un élément de facilité. Cela a donné lieu à des repas familiaux, les sedarim qui se déroulaient avec la famille au grand complet (trente personnes et plus)…

J'évoquerai encore notre table du vendredi soir où nous avons eu l'occasion de recevoir une multitude de personnalités et de personnages , que ce soit le consul de France à Jérusalem, une juge de Munich , des groupes de pèlerins chrétiens, la famille d'un de mes patients musulmans, un médecin qui voulait découvrir la table du Shabath, ou une famille française qui avait fait le trajet depuis Nantes à Jérusalem à vélo, ou encore une autre famille qui faisait le tour du monde avec passage obligé en Terre sainte. Sans parler de toutes les personnes isolées, étudiants ou plus âgés qui font nous font l'honneur de partager notre table. L'un d'entre eux, depuis plus de dix ans, vient chaque année depuis New York pour célébrer Pessah avec nous.

Septembre 2022 : nous avons déjà cinq petits-enfants, et ce n'est qu'un début....


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