Jubilé de la Synagogue de la Paix
TEMOIGNAGES

[Jean Kahn - Claude Hoenel - Lucien Lazare - Georges Weill - Raymond Heymann]

MA SYNAGOGUE DE LA PAIX
Propos de Raymond Heymann, recueillis par Michel Rothé, édités par Georges Weill

Michel ROTHE :
Pouvez vous  évoquer vos souvenirs sur la construction de la synagogue ,et de façon plus générale vos impressions sur la reconstruction de la Communauté après la guerre ?

Raymond  HEYMANN :
Je ne suis revenu à Strasbourg qu'en novembre 1945, soit un an après la libération, après avoir été  à Metz, puis à Montpellier, puis  en Isère; j'ai également vécu à Nice où j'étais membre du Comité d'aide sociale, entrant dans la clandestinité et assistant les personnes cachée, notamment en leur apportant des vivres.
A Strasbourg tout était encore très perturbé. Je me souviens que la seule shoule qui n'avait pas été détruite était la "Synagogue de la stricte observance" de la rue Kageneck. Puis les lieux de culte se sont succédé. D'abord à la "Salle de la Marseillaise" du "Palais des Fêtes". Après quoi la Communauté obtint l'usage de l'ancienne Aumônerie protestante, installée  place Broglie (à côté du Cercle des officiers). C'était  enfin une " vraie" synagogue avec tout les éléments du culte.  Les Juifs de Strasbourg y prièrent et y célébrèrent leurs fêtes et leurs mariages jusqu'en 1958.
Entretemps la Communauté recommençait peu à peu à fonctionner.Le président de fait  était  Me Bing. Dès 1946 il avait réuni un certain nombre de membres et leur a demandé de s'investir : une première commission administrative fut ainsi constituée. Elle comprenait une douzaine de volontaires, dont j'étais le plus jeune. Je me souviens notamment de Robert Jacob, de Charles Ehrlich, de M. Picard, de M. Levy , de M.Kaufmann, et de quelques autres dont j'ai oublié les noms.
Cette  commission  engagea  un secrétaire appointé, en la personne de Bertrand Joseph.
Dès que fut connu le montant des dommages de guerre qui allaient être alloués à la Communauté, on engagea la discussion sur le projet de la nouvelle synagogue.
Tout était évidemment sujet à discussion pour un tel chantier; on avait choisi un architecte parisien Meyer Lévy et un architecte local lui avait été adjoint, Georges Muller
Mais la question essentielle qui agitait tous les esprits concernait le sort de l'orgue. Il faut savoir que l'orgue du quai Kléber avait été sauvé : démonté et caché avant l'incendie par l'organiste,  il avait été remonté après la guerre !
Vous pouvez vous imaginer  les courants différents sur ce sujet !!
En fait on est arrivé à un compromis : il serait joué aux mariages et aux cérémonies officielles mais pas aux offices…
Beaucoup de réunions ont évidemment porté sur les plans .Il fallait un édifice harmonieux , pas trop administratif mais en même temps très fonctionnel (le quai Kléber n'avait pas beaucoup de salles de réunions ).
Tous les coreligionnaires  souhaitaient une localisation près des Contades. En effet, depuis la fin de la guerre de 1914  il y avait une "émigration" vers cette partie de la ville. Il y a eu cependant quelques petites manifestations des résidents pour s'opposer au projet.
Mais surtout  - et j'ai "bagarré " sur ce point : il fallait penser à installer de véritables locaux destinés à l'éducation . Georges Weill  (élu en 1951) m'a soutenu ainsi que, bien entendu, le grand rabbin Deutsch.
A la réflexion, on aurait pu faire mieux, et d'ailleurs il y a eu plus tard une extension.

Michel ROTHE :
Pouvez vous parler des origines du Merkaz?

Raymond  HEYMANN :
Il avait été créé par Léo Cohn en 1938  (et il y fonctionnait un minyan de jeunes) dans un local de la rue Oberlin et il s'est progressivement déplacé vers la grande
schoule à partir de 1958.

Michel ROTHE :
Vous souvenez-vous de l'inauguration ?

Raymond  HEYMANN :
Ce furent  " les grandes manœuvres" !!
On avait beaucoup investi dans une organisation rigoureuse de façon à éviter un "joyeux désordre juif"  aux yeux des les autorités locales et nationales.
Cela s'est bien passé car il y avait eu un gros effort d'organisation. Oui, cela a été une grande fête ! avec beaucoup de monde, grâce à la ténacité et à l'efficacité de Charles Ehrlich et de Me Bing.
On avait effacé le sentiment d'une Communauté de Strasbourg détruite ; on percevait le signe donné par la jeunesse.
A l'époque, il y avait  quelques activités sionistes et  il n'y avait pas d'antisémitisme ouvert.

Michel ROTHE :
Quel est, selon vous, le bilan de cette construction ?

Raymond  HEYMANN :
C'est difficile à dire mais je crois qu'on pouvait prévoir l'évolution : éclatement des lieux de culte et, par contrecoup, le " vide" de la synagogue, tel qu'on le constate
malheureusement aujourd'hui.


Page précédente Début du dossier
© A . S . I . J . A .