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Consécration de la synagogue de la Paix (suite)

La synagogue de la Paix consacrée

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Longtemps avant le début des cérémonies, le Contades fourmillait de la foule des fidèles venus assister à l’inauguration. Cette affluence était prévue et une impeccable ordonnance des cérémonies permit de canaliser et d’installer le plus grand nombre. D’inévitables amertumes ne pouvant être évitées, il convient cependant de féliciter chaleureusement ceux qui eurent l’écrasante charge d’une organisation grevée de lourdes servitudes protocolaires.

"l'immense assemblée des fidèles"
Venus de tous les horizons, depuis les communautés méridionales d’Israël, d’Italie ou du Portugal, jusqu’aux délégués du lointain judaïsme américain en passant par les proches Judaïcités d’Autriche, de Belgique, de Suisse, du Luxembourg ou d’Allemagne, nos frères avaient tenu à s’associer à notre joie ; mais dans la foule anonyme qui se pressait dans l’espoir d’entrer dans le temple, d’autres raisons de réconfort et d’espoir pouvaient encore être trouvées. Des amis de toutes les confessions voulaient par leur présence nous témoigner leur sympathie ; l’auteur de ces lignes n’a pas été peu ému de rencontrer un camarade maronite libanais venu dans ce dessein.

Quand les portes s’ouvrirent, à dix heures précises, pour l’entrée des rabbins, la synagogue avait fière allure. Parée de verdure, emplie d’une foule recueillie, une paix sereine planait sous la voûte. Le cortège des guides spirituels des communautés du Bas-Rhin, des rabbins venus des départements voisins, on reconnaissait Monsieur Dreyfuss, grand rabbin de la Moselle et Monsieur Fuks, grand rabbin du Haut-Rhin, avançait alors solennellement vers l’armoire sainte. En tête marchait le grand rabbin de France, entouré du grand rabbin du Bas-Rhin et du rabbin de Strasbourg. On reconnaissait le si aimé et respecté directeur du séminaire rabbinique (le Grand Rabbin Schilli), l’aumônier général des armées de terre, l’Aumônier Schuhl, doyen des aumôniers militaires, le rabbin Messinger de Berne ; les vénérables maîtres, le Rabbin Bloch de Haguenau et le Rabbin Guggenheim de Saverne étaient mêlés a leurs plus jeunes collègues frais émoulus de l’École Rabbinique. Les guides spirituels s’assirent au terme de leur lente progression sur l’Almémor des deux côtés de l’Arone encore vide. Le cantique s’éleva à nouveau, et les portes s’ouvrirent pour le cortège des personnalités officielles, des délégués des corps constitués, du département, de la ville, de l’armée, des cultes, de l’enseignement, de la magistrature. Chacun allait, sans heurt, trouver sa place marquée sur l’estrade avancée.

Les discours

Il appartenait à Monsieur Charles Ehrlich, président de la communauté, de souhaiter la bienvenue aux personnalités officielles, aux hôtes de marque et à tous les fidèles. Remerciant, en une pieuse invocation, le Ciel d’avoir permis l’œuvre des hommes, il se fit ensuite l’interprète de la gratitude de la communauté envers tous ceux qui ont, par leurs interventions ou leurs appuis, leurs efforts ou leurs dons, leur génie créateur ou leur labeur obscur, permis l’érection d’une si belle maison du Seigneur. Ces remerciements s’adressaient en particulier à Monsieur le Président Pfimlin, aux Ministres de la Reconstruction, à la Préfecture, à la Mairie, aux représentants des autres confessions, à ses amis de la Commission Administrative, aux architectes, aux entrepreneurs, artistes et ouvriers.

Le Dr. Joseph Weill, président du Consistoire qui lui succédait allait souligner que la consécration d’un lieu de culte entraînait de lourdes responsabilités humaines. Engageant un dialogue universel auquel M. Pfimlin allait répondre, il témoigna de la misère et de l’isolement de l’homme moderne assoiffé d’attaches et de certitudes. Le culte ne peut plus se contenter de s’exprimer en de pieuses exhortations, il doit répondre à cet appel désespéré. La foi doit intégrer en un clair agencement toutes les connaissances humaines. La religion, celle du coeur et des actes, doit apaiser les conflits, panser les blessures, nourrir les affamés qui sont plus du tiers de l’humanité. Émaillée de savantes citations bibliques, exprimées de mémoire dans le plus pur hébreu, l’allocution du Dr. Joseph Weill avait fait profonde impression.

 

Le Grand Rabbin du Bas-Rhin lui succéda pour invoquer la bénédiction divine sur la sainte Maison. Après avoir, devant une assemblée debout en une pieuse ferveur, allumé la lampe éternelle, il définit les caractéristiques de la synagogue de la paix. S’inspirant des exemples du passé, des vertus des martyrs, elle est toute fidélité envers les traditions léguées par nos pères. Elle trouvera, affirma le Grand Rabbin Deutsch, avec une certitude convaincante, dans ses annexes, maisons d’étude et de réflexion, d’entraide et de coopération, sa véritable expression. Il conclut par le voeu du prophète :
Cette maison sera plus belle que celle qui l’a précédée".

Ce souhait fut repris par le Grand Rabbin de France qui souligna la place considérable qu’occupe le judaïsme de Strasbourg dans le judaïsme français. Le Grand Rabbin Jacob Kaplan rappela les heureuses conditions que le judaïsme a trouvées pour s’épanouir dans le pays des droits de l’homme. Il cita le serment d’allégeance du Grand Sanhédrîn à la Nation française.

 

Face aux grands rabbins (de g.à dr.) : Pierre Pfimlin, Maurice Cuttoli, préfet du Bas-Rhin, le général de Coulange, Charles Altorffer et le Dr. Joseph Weill

Le Maire de Strasbourg, Charles Altorffer, se fit alors l’interprète des voeux des habitants de toute la cité pour leurs concitoyens israélites. Il rappela avec érudition les inaugurations des synagogues du 19e siècle de la ville de Strasbourg, précisant, en historien consommé, les conditions d’érection du temple du quai Kléber détruit par des mains sacrilèges. Les sanglots étouffèrent sa voix lorsqu’il évoqua l’ami que fut pour lui le Grand Rabbin Hirschler.

(de g.à dr.) le Ministre Pierre Pfimlin et le Dr. Joseph Weill
M. le Ministre Pierre Pflimlin allait succéder au Maire Altorffer pour conclure la série des discours en une allocution d’une haute envolée. En tant que Président du Conseil Général du Bas-Rhin. Il apporta les voeux et félicitations de cette assemblée à la Communauté Israélite. Au nom du Gouvernement de la République, il témoigna de la solidarité de toute la nation envers la communauté si éprouvée par les épreuves. Plaçant la cérémonie sous le signe de la "réparation, de l’union et de l’espérance", il convia toutes les confessions à s’unir en un élan généreux pour un avenir meilleur. Répondant aux préoccupations exprimées par le Dr. Joseph Weill, M. Pfimlin, d’une voix assurée, fit la profession de foi suivante :
"La paix véritable n’est pas seulement, nous le savons bien, le silence des armes. Elle demeure bien fragile tant qu’elle repose seulement sur des pactes ou sur un équilibre de forces que le progrès foudroyant des techniques de destruction peut remettre en cause à tout instant. Nous vivons au temps de la guerre psychologique. Il devient de plus en plus clair que la partie décisive ne se livre plus sur les champs de bataille, mais dans les esprits et dans les cœurs des hommes. C’est le déchaînement des passions collectives qui enfièvrent actuellement des centaines de millions d’êtres humains, qui fait peser sur les peuples libres la plus terrible des menaces.
"Il devient de plus en plus évident que le péril ne pourra être conjuré que si nous sommes capables de démontrer que les valeurs dont nous nous réclamons - la liberté, la démocratie, le respect de la personne humaine - ne sont pas de simples formules, mais des forces capables de répondre à la soif de justice et de bonheur qui soulève les multitudes déshéritées. Il est grand temps que l’Occident mobilise ses forces spirituelles sans lesquelles il sera impossible de vaincre les forces qui menacent la paix, je veux dire le racisme, le nationalisme et la lutte des classes.
"Dieu veuille entendre les prières qui, dans ce temple et dans tous les temples du monde, s’élèveront pour la sauvegarde de la paix, la paix véritable, récompense de la justice, fruit d’une fraternité unissant par les sommets les hommes arrachés à leur médiocrité et à leur égoïsme par les plus hautes exigences de l’esprit. "
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