Le Grand Rabbinat de Strasbourg et du Bas-Rhin
(suite et fin)

Deutsch
Abraham Deutsch

Pages de
Abraham
Deutsch

Lors de la libération de la France, en 1944, on ignorait encore le sort des déportés. En attendant le retour du grand rabbin Hirschler, le Consistoire nomma à titre intérimaire le rabbin Abraham Deutsch, rabbin de Bischheim. Pendant la guerre le rabbin Deutsch avait dirigé la partie de la communauté de Strasbourg réfugiée à Limoges et avait fait de la région un centre de judaïsme vivant. Enseignement religieux, offices, casherouth, services sociaux, vie culturelle avaient rendu à la communauté de Limoges un lustre qu’elle n’avait plus connu depuis les 10e-11e siècles.

D’un courage intrépide, le jeune rabbin intervenait auprès des autorités pour des familles réfugiées ou pour faciliter la vie religieuse. Lorsque beaucoup de Juifs quittèrent la région cherchant un asile souvent précaire pour échapper aux rafles, Abraham Deutsch resta présent et son bureau était toujours ouvert pour ceux qui cherchaient une aide matérielle, un conseil ou un encouragement. Il avait même, dans ce bureau, ouvert en 1942, le Petit Séminaire Israélite de Limoges (le P.S.I.L.) destiné à préparer pour plus tard les jeunes candidats au rabbinat ou à l’enseignement juif. Il fut arrêté par la milice en revenant d’un enterrement et n’échappa que par miracle à la déportation. En rentrant à Strasbourg, Abraham Deutsch réorganisa une communauté détruite et fut nommé grand rabbin en titre en 1947. Il le restera pendant 25 ans.

Né à Mulhouse en 1902, Abraham Deutsch avait préparé à Burg-Brebach une carrière d’enseignant. Après la première guerre mondiale lorsque le judaïsme français cherchait des candidats alsaciens au rabbin at, Abraham Deutsch et Simon Langer, tous deux haut-rhinois, furent remarqués par le Rabbin Liber et convaincus d’entrer à l’école rabbinique de Paris.

Après un court séjour à Sarre-Union, Abraham Deutsch fut nommé rabbin à Bischheim et devint directeur du Talmud Torah de Strasbourg et professeur d’instruction religieuse dans deux lycées de la ville. Ses qualités pédagogiques exceptionnelles attirèrent autour de lui beaucoup de ses élèves, pour qui il devint un conseiller et un exemple.

La guerre lui permit de donner sa pleine mesure. Et le travail entrepris à Limoges, il le poursuivit comme grand rabbin de Strasbourg. Il y fonda la première école à la fois primaire et secondaire, réussit à regrouper les institutions sociales et organisa une casherouth reconnue par tous. Il publia pendant des années, le Bulletin de nos Communautés, devenu la Tribune Juive et dirigea, de main de maître, la communauté qu’il avait aidé à reconstruire.

Il quitta Strasbourg en 1970 pour s’installer à Jérusalem. Il avait été à la fois le rabbin, l’administrateur et le shtadlan (porte-parole) de sa communauté. Il est regrettable que le Grand rabbin Deutsch n’ait pas édité le journal qu’il a rédigé au jour le jour et surtout pendant les années de guerre.

Les adjoints des grands rabbins

Il serait injuste, en parlant des grands rabbins de Strasbourg, de passer sous silence ceux qui oeuvrèrent à leur côté et les déchargèrent d’une partie de leur travail rabbinique.

Vers 1825, le Consistoire, pour soulager Jacob Meyer, plus qu’octogénaire, désigna comme second rabbin Léopold Sarasin d’Ingwiller. Il resta plusieurs années à ce poste, avant de retourner à Ingwiller. De là il accepta d’être le rabbin du Beth Hamidrasch (qui devint la communauté de stricte observance de la rue Cadet à Paris) et il y resta jusqu’en 1858.

Des années plus tard le Consistoire désigna comme adjoint au grand rabbin Arnaud Aron le rabbin de Saverne, Michel Sopher. Né à Saverne en 1818, celui-ci avait été rabbin à Surbourg et, en 1845 était devenu rabbin de sa ville natale. En l’appelant à Strasbourg, le Consistoire le chargeait spécialement de l’enseignement et de la partie culturelle de la vie juive à Strasbourg. Mais Saverne protesta contre l’absence de son rabbin et réclama sa démission. Michel Sopher accepta le rabbinat de Dijon et mourut en 1871 comme grand rabbin du Luxembourg.

Ce n’est qu’en 1910 qu’un poste de rabbin adjoint fut officiellement créé à Strasbourg. Il est vrai que le gouvernement avait supprimé une quantité de postes rabbiniques dans la région. Victor Marx, rabbin de Westhoffen en fut le premier titulaire. Sa modestie n’avait d’égale que son érudition. Il sera l’adjoint de quatre grands rabbins successifs et mourra, en 1944, à Périgueux où il avait, pendant les années de guerre, dirigé la partie la plus importante de la communauté de Strasbourg évacuée.

M. Warschawski
Max Warschawski

Pages de
Max
Warschawski
Le poste de rabbin de Strasbourg fut offert en 1954 à Max Warschawski, rabbin de Bischheim. Né à Strasbourg en 1925 il avait été le disciple du rabbin Deutsch avant la guerre et le premier élève du P.S.I.L. à Limoges. Il suivit pas à pas la carrière de son maître : nommé rabbin de Bischheim après ses études au séminaire de Paris, puis au Jews’ College à Londres, il sera pendant 20 ans directeur de l’enseignement religieux de Strasbourg. Rabbin de Strasbourg en 1954, il fut nommé grand rabbin adjoint en 1961, pour accéder au Grand Rabbinat du Bas-Rhin en 1970. C’est durant sa carrière à Strasbourg que la communauté connut l’arrivée, d’abord d’étudiants d’Afrique du Nord, puis de familles de plus en plus nombreuses au cours des années soixante.
La communauté de Strasbourg, dont la majorité des familles étaient issues du terroir, mais qui s’était enrichie à la fin du 19e siècle par l’apport des Juifs venus d’Allemagne puis de l’Europe de l’Est, vit s’injecter un sang nouveau par des centaines de familles arrivées du Maghreb. Le rite alsacien connut à ses côtés les minhaguim (traditions) du judaïsme hassidique dit "sfard" et des oratoires de Sefaradim s’ouvrirent dans le centre et la périphérie de la ville.

Le grand rabbin Warschawski lutta pour conserver l’unité de la communauté en respectant la diversité de ses traditions. Ainsi Strasbourg, à l’inverse de la plupart des communautés en France demeura - en superficie - une communauté unie, placée sous l’autorité du Grand Rabbinat du Bas-Rhin et de son Consistoire. Le dynamisme de nombre d’étudiants, puis d’intellectuels qui avaient enrichi leurs connaissances juives acquises souvent au Maghreb, auprès des maîtres strasbourgeois et des institutions toraïques qu’ils animèrent, ont développé une vie culturelle d’une intensité que l’Alsace juive n’avait plus connue depuis des générations. Le nombre des écoles a augmenté, sans parvenir à arrêter l’assimilation d’une partie de la population juive.
Des oratoires et des synagogues ont essaimé dans divers quartiers, complétés souvent par des petits centres communautaires - Beth Hamidrash.

Après quarante ans d’activités à Strasbourg, dont 18 ans comme grand rabbin du Bas-Rhin, Max Warschawski, comme son prédécesseur, monta à Jérusalem.

Rene Gutman
René Gutman

Le Consistoire du Bas-Rhin et la Communauté de Strasbourg désignèrent comme nouveau grand rabbin René Gutman, anciennement rabbin de Reims, de Besançon et de Bruxelles. II est le douzième grand rabbin du Consistoire du Bas-Rhin. Son activité à Strasbourg n’en est encore qu’à ses débuts.

Entretemps le grand rabbin Deutsch est décédé à Jérusalem (en 1992). René Gutman, intronisé en 1987 comme grand rabbin du Bas-Rhin, s'est bien intégré dans la communauté. Il joint à ses qualités de rabbin un talent d'orateur et une érudition qui en fait un des rabbins promis à un grand avenir.

Peut-être l’almanach du K.K.L. complètera-t-il d’ici très longtemps la liste des grands rabbins de cette région en y faisant l’éloge de celui qui mènera sa communauté vers le 21e siècle!!

Page précédente

Strasbourg Accueil Rabins Histoire

© A . S . I . J . A .