Le Grand Rabbinat de Strasbourg et du Bas-Rhin
(suite)

Arnaud Aron
Arnaud Aron

Page d'Arnaud
Aron

Pour remplacer le grand rabbin démissionnaire, le Consistoire de Strasbourg nomma le jeune rabbin de Hegenheim, Arnaud Aron. Il n’avait que 27 ans !
Né à Soultz-sous-Forêt en 1807, Arnaud Aron avait étudié d’abord auprès du rabbin de Haguenau, puis compléta ses études rabbiniques à Francfort. Eminent talmudiste et orateur brillant, il ne resta que quelques années à Hegenheim avant d’être nommé -avec une dispense d’âge - à la tête du judaïsme du Bas-Rhin. Il y demeurera presque 60 ans.

Sous son rabbinat la communauté de Strasbourg prit de plus en plus d’importance et la population juive délaissa peu à peu la campagne. Sincèrement traditionnel, Arnaud Aron essaya de concilier les tendances modernistes des responsables consistoriaux et de la classe intellectuelle avec la masse de la communauté, attachée aux coutumes du judaïsme alsacien. Il dut céder à la pression des notables et faire installer un orgue à la synagogue consistoriale, mais resta ferme pour ce qui concernait la liturgie ou l’interdiction d’un choeur mixte.

A l’inverse de ses deux collègues de Colmar et de Metz, Arnaud Aron ne quittera pas son poste après l’annexion de l’Alsace en 1870 et réussit à maintenir une harmonie dans le domaine cultuel entre les autochtones et les familles venues d’Allemagne. Il remplit même à certaines périodes les fonctions de président du consistoire. Il fut le premier grand rabbin décoré à la fois de la Légion d’Honneur et d’un ordre allemand.

Les obsèques d’Arnaud Aron, décédé à 83 ans en 1890 furent l’occasion d’un témoignage de respect et d’appréciation de la part des autorités et de la collectivité juive de toute la région.

Isaac Weil
Isaac Weil

Le Consistoire fit appel pour succéder à celui qui avait occupé le siège de Strasbourg depuis Louis-Philippe jusqu’au début de la dernière décennie du siècle, Isaac Weil, grand rabbin de Metz.
Né à Brumath, en 1840, le nouveau grand rabbin du Bas-Rhin avait reçu sa première éducation juive et talmudique auprès du rabbin Salomon Lévy (Reb Salme de Brumath), qui avait préparé de nombreux élèves pour le rabbinat. Il entra à l‘école centrale rabbinique de Metz en 1858, et suivit l’école lors de son transfert à Paris. Il y fut le condisciple, entre autres, de Zadoc Kahn, le futur grand rabbin de France. A 24 ans il fut nommé rabbin à Seppois-le-Bas qu’il quitta quatre ans plus tard pour Lauterbourg. De là, il occupa le poste de Phalsbourg (1874-1885) pour succéder en 1886 au grand rabbin Bigard de Metz.

Il était un homme de paix, recherchant la concorde et l’harmonie entre ses fidèles. C’est sous son rabbinat que Strasbourg construisit la synagogue du quai Kléber, inaugurée en 1898.
Il mourut après une courte maladie en 1899, âgé d’à peine 59 ans.

UryAdolphe Ury

A la mort de Arnaud Aron, parmi les candidats à sa succession, figuraient Isaac Weil et Adolphe Ury. Lorsque Isaac Weil fut nommé à Strasbourg, son concurrent le remplaça comme grand rabbin de la Moselle. Il fut donc naturellement élu au poste de Strasbourg lorsque celui-ci devint à nouveau vacant.

Adolphe Simon Ury était né à Niederbronn en 1849. Entré à l’école rabbinique de Paris, il sortit, diplômé, en 1874. Pendant onze ans il fut rabbin de Lauterbourg, succédant déjà à Isaac Weil. Il fut nommé ensuite à Brumath, qu’il quitta pour le Grand Rabbinat de Metz, lorsque Isaac Weil devint grand rabbin de Strasbourg. En 1900 il fut intronisé à la synagogue du quai KIéber, où pour la première fois, les autorités furent accueillies dans une nef brillante des mille feux de ses ampoules électriques. Adolphe Ury sera un rabbin aimé et respecté par ses fidèles et apprécié des autorités locales et nationales. Il mourut en 1915.

Emile Levy
Émile Lévy

Page d'Emile
Lévy

La succession au Grand Rabbinat fut âprement discutée. La communauté autochtone et les notables alsaciens soutenaient la candidature de Lucien Uhry, rabbin de Sélestat et le désignèrent comme remplaçant de Adolphe Ury. Mais le Consistoire, sous la pression des Adler Oppenheimer, fit appel à Émile Lévy, fils du rabbin de Haguenau. Émile Lévy avait fait ses études à Berlin avec la plupart des rabbins alsaciens, au séminaire de Azriel Hildesheimer. Son orientation religieuse était plus orthodoxe que celle de son concurrent, élève au séminaire de Breslau. Émile Lévy avait une forte personnalité et un charisme qui devait agir sur une jeunesse de plus en plus indifférente et l’attirer vers un judaïsme conscient, débouchant sur l’étude et sur la pratique.

Il ne resta malheureusement à Strasbourg que quatre années. Sa formation allemande - il avait exercé dans ce pays avant de retourner dans son Alsace natale - firent qu’au retour des provinces de l’Est à la France, il fut obligé de quitter Strasbourg, alors qu’il ne s’était jamais occupé de politique. Il eut peut-être suffi de l’intervention des notables de la communauté pour obtenir le maintien à Strasbourg du grand rabbin. Ceux-ci ne bougèrent pas en sa faveur et, en 1919, Émile Lévy retourna à Berlin où il sera rabbin de Charlottenbourg jusqu’à l’avènement du nazisme. Il s’installa alors à Tel Aviv où il mourut en 1953.
Strasbourg perdait avec lui le grand rabbin qui aurait pu donner un élan à une communauté que l’indifférence et l’assimilation commençaient à affaiblir, une génération après avoir rejoint le judaïsme français "de l’intérieur".

Isaie Schwartz
Isaïe Schwartz

Pages d'Isaïe
Schwartz
Le Consistoire du Bas-Rhin cherchait un successeur à son grand rabbin. Parmi les candidats possibles exerçant en Alsace figurait Ernest Weill, rabbin de Bouxwiller. Il avait été un des premiers élèves alsaciens à fréquenter le séminaire orthodoxe de Berlin et était un érudit dont la réputation dépassait sa province. Il était aussi un des rares rabbins maîtrisant la langue française et, à ce titre, avait présidé à l’une des grandes cérémonies fêtant le retour de l’Alsace à la France dans la synagogue du quai Kléber. Mais fidèle à son engagement au séminaire de Hildesheimer, Ernest Weill refusa d’officier dans une synagogue qui utilisait l’orgue les Shabbath et fêtes.

Strasbourg offrit le poste au Rabbin Liber de Paris qui, comme aumônier militaire, avait au cours de l’office de la Victoire, enthousiasmé la communauté par son éloquence exceptionnelle. Celui-ci refusa, mais proposa à Strasbourg de nommer comme grand rabbin du Bas-Rhin Isaïe Schwartz, grand rabbin de Bordeaux.

Isaïe Schwartz, né à Traenheim en 1876 était un des trois derniers élèves alsaciens ayant fait leurs études au séminaire de Paris avant le retour de l’Alsace à la France. Il quitta l’école en 1901, fut grand rabbin de Bayonne et de Bordeaux (il avait été aussi pendant quelque temps grand rabbin par intérim de Marseille).
Il prit ses fonctions à Strasbourg en 1920 et y resta jusqu’en 1939 lorsqu’il fut nommé grand rabbin de France.

Durant son rabbinat en Alsace, Isaïe Schwartz dut faire face à l’arrivée de nombreux Juifs fuyant l’antisémitisme et les conditions économiques dramatiques que leur imposait le gouvernement de la Pologne, nouvellement indépendante. Isaïe Schwartz intervint constamment en faveur de ces immigrants, souvent entrés illégalement en Alsace et obtint souvent pour eux le droit de séjour qu’ils sollicitaient.
Il en fut de même lorsque l’Alsace vit arriver en masse les réfugiés fuyant l’Allemagne nazie. Nombreux furent les Juifs qui durent aux efforts du grand rabbin de survivre à la période la plus dure que connut le judaïsme européen.

A plus de soixante ans, le grand rabbin Schwartz quitta Strasbourg pour succéder au grand rabbin Israël Lévi et dirigea le judaïsme français.

Hirschler
René Hirschler

Pages de
René
Hirschler

Le Consistoire du Bas-Rhin désirait remplacer son grand rabbin par le rabbin Jacob Kaplan qui, après avoir été rabbin de Mulhouse, avait été nommé à Paris en 1928. Celui-ci refusa le poste et devint auxiliaire du nouveau grand rabbin de France. C’est René Hirschler, rabbin de Mulhouse, qui devint grand rabbin du Bas-Rhin.
Originaire de Marseille où il était né en 1905, René Hirschler n’avait que 35 ans lorsqu’il fut installé comme grand rabbin au quai Kléber, juste avant les vacances d’été de 1939. Les discours qu’il fit à cette occasion, ses rencontres avec les responsables de la communauté et avec la jeunesse, lui acquirent immédiatement l’affection du judaïsme bas-rhinois. Beaucoup de ses fidèles l’avaient déjà connu et apprécié à Mulhouse.

René Hirschler ne devait retrouver sa synagogue qu’au cours de la guerre, lorsque, comme aumônier militaire, il passa par Strasbourg évacuée. Pendant les années de l’occupation, René Hirschler visita les communautés où étaient repliés les Juifs du Bas-Rhin en assumant en outre les fonctions d’aumônier général des camps d’internement. Il fut arrêté par la Gestapo avec sa femme en décembre 1943. Déporté, il fut battu à mort par un gardien peu avant la libération. Sa femme avait été gazée bien auparavant.

Ainsi disparut le grand rabbin Hirschler. Comme lui disparut également en déportation le Rabbin Brunschwig, réfugié à Lyon. Victor Marx, rabbin de la synagogue du quai Kléber qui dirigea pendant la guerre la communauté de Strasbourg à Périgueux, décéda en 1944.

Page précédente Page suivante

Strasbourg Accueil Rabins Histoire
© A . S . I . J . A .