< L'Adresse de la communauté de Strasbourg
L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONTRE LES JUIFS
(avril 1790)
par P.-A. HILDENFINGER
Extrait de la Revue des Études juives — Année 1909.



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On connaît la Très humble et très respectueuse Adresse [1] que, au moment où l'Assemblée Nationale discutait l'admission des Juifs aux droits civiques, lui adressa la ville de Strasbourg pour demander le maintien de la condition «privilégiée» des Israélites d'Alsace. Les documents publiés ici et extraits des Archives municipales de Strasbourg [2], montreront sous quelle pression de l'opinion publique la municipalité avait décidé cette démarche.

Dès le 23 août 1789, l'abbé Grégoire avait porté la question juive devant l'Assemblée [3] . Mais, bien qu'elle fût revenue à cinq reprises différentes [4] aucune résolution définitive n'était encore prise en janvier 1790 quant aux Juifs alsaciens. Ceux-ci multipliaient leurs efforts pour se faire reconnaître les droits des citoyens actifs, et le 28 janvier ils présentaient à la Constituante une pétition [5] pour demander que leur situation fût réglée en même temps et de même façon que celle de leurs coreligionnaires du Midi. L'émotion dans toute la province était considérable [6] ; la ville de Strasbourg était en pleine "fermentation".

Les Juifs avaient surtout rencontré des défenseurs à l'intérieur de la France [7]. Cependant, à Strasbourg même, il se trouvait un groupe de citoyens "assez éclairés et libres de préjugés pour souhaiter aux Juifs la liberté civique" [8]. La Société des Amis de la Constitution [9] avait pris nettement parti pour les Israélites. L'un des secrétaires, M. Levrault [10], avait demandé, le 17 février, de faire réfuter le récent libelle de M. de Foissac [11], "qui pourrait devenir très funeste aux Juifs d'Alsace dans les circonstances actuelles".

Trois jours après, dans la même séance, où elle recevait comme membre Max Beer, la Société nommait une commission chargée des "affaires des Juifs" et, le 27, M. Brunck [12]  lisait, "au milieu des plus vifs applaudissements", son rapport sur cette question de l'état civil des Juifs.

Ce rapport, imprimé en suite d'une délibération du 2 mars [13], est suivi (p. 31) d'un extrait du procès-verbal de la séance du 27 février constatant que la Société adopte ce rapport en entier et décide de l'envoyer à la Société des Amis de la Constitution de Paris [14] pour le faire parvenir à l'Assemblée Nationale.

Cet extrait est signé : Barbier de Tinan, président ; Genthon, Levrault, secrétaires.

Ce rapport, loin d'entraîner l'opinion publique en faveur des Juifs, devait donner lieu, au contraire, à une éclatante manifestation d'hostilité. En une sorte de referendum, la Commune presque tout entière allait faire effort contre l'émancipation juive.

M. Schwendt
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Le 31 mars, une députation de Strasbourgeois se présentait au Conseil général de la ville [15] et lui remettait une pétition [16] demandant la convocation générale de la commune aux fins de se prononcer sur la question de l'admission des Juifs aux droits de citoyens. En même temps elle annonçait le prochain dépôt d'un mémoire où seraient résumés les griefs du parti "anti-judaïque". [17] . La pétition, signée de plus de cent cinquante noms, était conforme à l’art. 24 des Lettres patentes du 14 décembre 1789 sur la constitution des municipalités. Le Conseil général par une délibération du 3 avril, fixa cette convocation au 7 et décida d'écrire à Schwendt, député de la ville [18] pour obtenir de l'Assemblée Nationale qu'elle retardât encore sa décision. Le 8 en effet [19]   la municipalité écrivait à Schwendt pour le charger de remettre à la Constituante une lettre [20] en ce sens, et le marquis de Bonnay, président, annonçait à la Constituante, dans la séance du 13 [21], que "la ville de Strasbourg venait d'envoyer une adresse pour demander que cette question fût ajournée".

Cependant à Strasbourg l'Assemblée générale avait eu lieu. Les citoyens avaient été répartis en autant de sections et divisions que lors des élections municipales du 3 février et les quinze assemblées partiaires formant ces sections se tinrent aux endroits antérieurement désignés pour les Assemblées primaires. La réunion annoncée à son de cloche, chaque Assemblée fut ouverte par un commissaire délégué de la municipalité et, après constitution du bureau, lecture donnée de différentes pièces, dont la pétition du 3 avril et une circulaire adressée à chacun des présidents par les citoyens Grasselly, Maton et Redslob, représentants des cent cinquante pétitionnaires. [22]

Le rapport publié ici permet de se rendre compte de la physionomie de ces réunions. Le lendemain de l'Assemblée, le corps municipal avait chargé deux de ses membres, Fischer et Laquiante, de résumer les procès-verbaux des différentes assemblées. C'est le brouillon du rapport de Fischer, qu'on pourra lire plus loin [23] . Il rend compte des réunions de la tribu des Charpentiers, du couvent des Grands Capucins, de la tribu des Boulangers, de l'Église Sainte-Aurélie, du temple de Saint-Pierre le Vieux, du couvent des Petits Capucins, de l'Hôtel du Gouvernement et du Temple Neuf. Le rapport de Laquiante ne figure pas au dossier des Archives municipales, mais on y trouve les procès-verbaux isolés de sept autres assemblées qui permettent d'y suppléer.

Tous unanimement constatent l'hostilité des assistants contre les Juifs. Quelques-uns sont encore accompagnés des listes sur lesquelles les votants avaient à formuler leur avis pour ou contre l'admission des Israélites. Sur les listes "contre", avec les noms des plus modestes citoyens voisinent les signatures des illustrations strasbourgeoises, d'un Oberlin ou d'un Schweighauser. Parfois les opinions sont appuyées d'une formule énergique : "Conrad Büchle sagt will nichts mit den Juden zu thun haben... Hans Gots will nichts von den Juden wissen... Jacob Hafner sagt Weg mit den Juden [24]". Lucien Ferrier, président de la garde nationale, écrit : "Je soussigné déclare que lors de ma présidance au Comité de la Garde nationale strasbourgeoise, mon plus grand embarras a été de calmer la Garde contre les juifs qui se présentoient aux portes pour y entrer avant la décision et qui s'y sont glissés dans la croyance d'y rester, surtout des Juifs mendians d'Allemagne, qui, encore aujourd'hui, attendent l'arrêté en leur faveur" [25] Et, à côté, les listes des citoyens qui consentent à l'admission sont restées toutes blanches. [26]

Déjà dans son cahier de vœux, le Tiers de la ville de Strasbourg demandait l'expulsion de Cerf Beer. [27]   L'Adresse ne manque pas de reprendre ce "vœu secondaire". On sait, en effet, dans quelles conditions l’influent munitionnaire avait réussi à s'établir dans la ville, lui et sa famille [28] , en dépit de l'exclusion dont étaient frappés les Juifs, et comment il s'y était maintenu malgré les efforts de la municipalité. A l'Assemblée des Charpentiers, l'abbé de Boug, chanoine de la collégiale de Saint-Pierre le Jeune, saisit à nouveau cette occasion de protester contre cet établissement. La motion, aussitôt adoptée, fut communiquée aux autres assemblées, mais elle ne parvint en temps utile qu'à huit seulement. Le Conseil général, dans sa délibération du 10 avril décida que cette circonstance serait signalée dans l'adresse à la Constituante. [29] Un autre incident marque les réunions du Temple Neuf et de la tribu des Boulangers. Levrault est violemment attaqué pour avoir signé le rapport de la Société des Amis de la Constitution. On proteste de ce qu'un personnage officiel ait ainsi pris parti pour les Juifs. On lui demande de donner sa démission de secrétaire. On demande même la suppression provisoire de la Société. Le père de Levrault essaie vainement d'intervenir. Nicolas Steflan somme le substitut du procureur de la Commune de dire si oui ou non il est pour les Juifs; il propose même à l'assemblée de le faire déclarer mauvais citoyen. Levrault répond par lettre que, "pouvant être chargé de suivre l'exécution du voeu que la commune exprimera sur la question", il doit attendre ce vœu en silence; il affirme, en outre, n'avoir signé le rapport de la Société des Amis de la Constitution (dont il n'est pas l'auteur) qu'à titre de secrétaire et il nie que ce rapport ait été envoyé à l'Assemblée nationale, auprès de laquelle ni Barbier de Tinan, ni Genthon, ni lui n'ont appuyé la pétition des Juifs. Cette réponse est, d'ailleurs, loin de satisfaire les adversaires de Levrault, et la question sera à nouveau portée au Conseil général le 10 avril. [30]

C'est à cette même séance que Fischer et Laquiante présentèrent leurs rapports et que fut choisie la commission chargée de la rédaction du mémoire à l'Assemblée nationale. [31]. Le 12, le Conseil prenait connaissance du texte définitif de i>l'Adresse et votait des remerciements au rédacteur [32] , et le 28, lecture était donnée d'une lettre de Schwendt en accusant réception [33] .

Cette manifestation ne devait pas rester isolée. La commune de Colmar réunie semblablement en Assemblée générale dans le courant d'avril se prononçait contre les juifs [34] . Les petites localités suivaient l'exemple des grandes villes : Huningue fait imprimer une pétition à l'Assemblée nationale [35]. Ferrette adhère à l'adresse de Colmar [36] . La commune de Molsheim déclare également adhérer aux Adresses de Strasbourg et de Colmar [37] , et la municipalité de Bergheim demande même l'expulsion des Juifs de la province[38].

En février, les soixante assemblées de districts de la commune de Paris, appelées à se prononcer sur la même question, s'étaient déclarées favorables à l'émancipation [39]. C'est l'opinion parisienne qui allait l'emporter.

L'Adresse strasbourgeoise, en particulier, ne devait pas avoir le succès qu'en attendaient les organisateurs de cette consultation populaire. Les Juifs, il est vrai, n'étaient pas restés inactifs. Dès le 9, Marx Beer, au nom des syndics généraux de la nation juive, avait écrit une lettre de protestation au maire de Strasbourg [40]. A la séance du 16, l'Assemblée nationale entendit la lecture d'une lettre de Théodore Cerf Beer, député des Juifs d'Alsace [41] . Il se plaignait que les affiches portant convocation de l'assemblée de la Commune eussent été posées dans Strasbourg le jour de Pâques, "jour auquel l'esprit du peuple a une haine plus active contre les Juifs", et que dans cette assemblée ceux qui avaient voulu parler en faveur des Israélites eussent été "renvoyés "Le danger, ajoutait-il, devient plus pressant et il le sera sans doute dorénavant davantage jusqu'à ce que les auteurs de ces troubles auront perdu tout espoir d'empêcher l'Assemblée nationale de consacrer enfin en faveur des Juifs le voeu de la raison et de l'humanité." Il concluait en demandant qu'il fût enjoint aux municipalités d'Alsace d'assurer l'exécution du décret du 28 septembre 1789, mettant les Juifs sous la protection de l'Assemblée. Il devenait urgent de prendre des mesures : après l'agitation du 7, le maire de Strasbourg avait dû faire protéger les Israélites par des gardes. Roederer transforma immédiatement cette pétition en un projet de loi qui mettait à nouveau les Juifs d'Alsace sous la sauvegarde de la Loi. Le projet fut adopté [42]. La veille, le duc de La Rochefoucauld avait obtenu le renvoi de la question de l'état-civil au Comité de constitution, contre Reubell, qui demandait l'ajournement jusqu'à ce que l'Assemblée eût reçu les nouvelles observations que la province d'Alsace allait incessamment envoyer [43] .

C'est dans ces conditions que le 20 [44] Schwendt [45] remit l'Adresse au Président de l'Assemblée. L'Adresse du 13 n'avait même pu être lue [46] . Celle du 20, communiquée à la séance du soir, fut simplement renvoyée au Comité de constitution. Et c'est au Comité de constitution que s'adressera, le 19 mai, de Bourge [47] , pour protester une fois encore contre la manifestation de la commune de Strasbourg. Dès le 13 [48] d'ailleurs, les Juifs lorrains avaient répondu aux inculpations que l'Adresse dirigeait spécialement contre eux [49] . On saisit ici dans le détail, — et c'est pourquoi nous avons cru devoir y insister, quelques-unes des résistances au milieu desquelles l'Assemblée nationale essayait "d'aller jusqu'au bout des principes d'égalité civile et religieuse qu'elle avait proclamés". Mais les préventions de Strasbourg et les préjugés de l'Alsace ne devaient pas l'empêcher de continuer l'œuvre qui allait aboutir au décret du 27 septembre 1791. Il y a des cas "où la Loi ne risque rien de prendre les devants sur l'opinion et les mœurs [50] ".



PIÈCES JUSTIFICATIVES

I

Copie de la pétition présentée au Corps municipal signée de plus de 150 citoyens actifs pour demander l'assemblée extraordinaire de la Commune aux fins de délibérer sur l'envoy à l'Assemblée nationale d'un mémoire contenant des représentations contre l'admission des Juifs.

A Messieurs, Messieurs le Maire et Officiers municipaux de la Commune de Strasbourg.

Messieurs,'Adress
Guidés par la confiance respectueuse que nous a inspirée la manière touchante avec laquelle vous vous êtes voués an bonheur de nôtre commune, nous venons déposer au milieu de vous les inquiétudes et les allarmes que l'admission prochaine des Juifs dans nos murs répand parmi tous nos concitoyens.

La distribution du Mémoire présenté par les Juifs à l'Assemblée nationale le 28 janvier dernier, celle d'un autre imprimé ayant pour titre : Rapport... sur la question de l'état civil des Juifs d'Alsace, qui nous etoit égallement inconnu et qui tout récemment doit avoir été mis sous les yeux de cette Assemblée, ont réveillé nos craintes sur les suites funestes de l'erreur dans laquelle on s'efforce de l'entrainer.

Il est donc pour nous, Messieurs, de la plus haute importance de garantir l'équité de l'Assemblée nationale, d’éclairer sa justice et d'être admis à prouver sous ses yeux par les seuls aveux que ces écrits renferment qu'accueillir la demande indiscrète des Juifs ou prononcer la ruine certaine et inévitable de nôtre commune entière seroit, absolument une même chose.

Un objet de cette nature, mérite assurément, Messieurs, toute votre attention; mais il exige des formalités indispensables, il faut préalablement que le vœu de la commune soit constaté d’une manière légale et pour cela il faut qu'elle soit assemblée.

Nous avons l'honneur de vous présenter dans cette vue le nombre de signatures voulu par l'art. 24. des Lettres patentes du mois de décembre dernier, mais comme nos tributs existent, que ce mode d'assemblée habituelle vous paroitra peut-être moins tumultueux, nous en abbandonnons, Messieurs le choix à vôtre sagesse, en vous suppliant respectueusement de vouloir bien, dans le cas où vous l'adopteriés, indiquer en même tems aux ci devant privilégiés et ci devant manans la forme, le jour et le lieu où ils pourront s'assembler, aux mêmes fins. Signés : Jean Gotfried Harschmidt, Philippe George Stromeyer, François Bianchi, Jean Jacques Reckop et fils, et autres citoyens au nombre de plus de cent quatre-vingt.

Collationné et certifié conforme à l'original pour être en exécution de l'arrêté du Conseil général du 3 de ce mois communiqué aux 15 assemblées primaires. (Signé :) Hermann, secr. de la municipalité, adj.

II

Monsieur le Président,

Aussitôt que la pétition des Juifs nous a été connue, ainsi que l'Ecrit, dont MM. Barbier de Tinan, Levrault et Genthon ont cru devoir l'appuyer près de l'Assemblée nationale, nous nous sommes réunis au nombre de 180, comme l’art. 62 des Lettres patentes du mois de décembre dernier nous en donne le droit, pour délibérer sur les moyens de nous prémunir contre la surprise qui pouvait résulter des efforts calculés des Juifs, et du faux zèle des particuliers qui les soutiennent, au préjudice des intérêts communs de tous nos concitoyens.

En conséquence, nous nous sommes adressés à MM. les Députés de notre Province à l'Assemblée nationale pour les prier d'empêcher que nous ne fussions condamnés avant d'avoir été entendus, et d'avoir mis nos moyens de défense sous les yeux de l'Assemblée, nous ayons en même terris arrêté qu'ils seraient consignés dans une adresse à laquelle nous nous proposons d'ajouter les nouveaux moyens qui pourront nous être offerts.

La nécessité de la corroborer du voeu de notre commune, nous en a fait demander l'Assemblée générale que la municipalité nous a accordée, en ordonnant la lecture de ladite adresse, que par déférence nous avions eu l'honneur de lui communiquer.

Mais avant que nos concitoyens en reçoivent la lecture, nous vous prions, Monsieur le Président, de nous permettre d'ajouter au compte que nous avons l'honneur de leur rendre de nos démarches patriotiques, l'extrait de la lettre, qu'un de MM. les Députés d'Alsace nous a fait l'honneur de nous écrire le 31 mars dernier.

Elle porte que mes dits Sieurs les Députés ont fait leur possible jusqu'à présent, pour croiser les efforts des Juifs d'Alsace et pour retarder le rapport d'une affaire dont la décision peut tant influer sur le repos de notre Province.

Elle recommande de ne point retarder l'envoi de nôtre adresse pour être distribuée, en observant qu'il est essentiel qu'elle soit connue, et à cet effet imprimée dans les deux langues, afin de mettre les Départemens, si l'affaire n'est pas mise en délibération avant leur établissement, à portée de s'élever contre une admission qui ne pourrait qu'être funeste à notre commune Patrie.

Cette lettre prouvera à nos concitoyens, que, sentant la nécessité de l'intervention des Départements, nous avions prévenus dans nôtre adresse l'intention de nos Députés sur ce point.

Il ne nous reste maintenant qu'à prier chaque Assemblée de ne point perdre de vue, qu'il est important de ne point retarder l'envoi de cette adresse, et que tous ceux qui adhéreront aux moyens qu'elle renferme, ils doivent la signer.

Notre commission étant remplie, nous prions aussi les dites Assemblées de vouloir bien nommer les personnes auxquelles elles désirent confier les démarches ultérieures dans cette importante affaire, pour les éclaircissemens et la correspondance qu'elle semble encore exiger.

Nous vous prions instamment, Monsieur le Président, de faire donner lecture de la lettre à votre Assemblée, et d'aggréer les sincères assurances de la parfaite considération avec laquelle nous avons l'honneur d'être,

Monsieur le Président,

Vos très humbles et très obéissants serviteurs,

Les Procureurs fondés de pouvoirs de 150 citoyens actifs :

III

Résultat des délibérations sur la pétition présentée au Corps municipal par des citoyens actifs de la ville de Strasbourg au nombre de (...) déterminé par la loi du 3 avril 1790, prises dans une Assemblée des quinze sections de la Commune de lad. ville, convoquée en vertu d'un arrêté du Conseil général dud. jour, lad. pétition tendant à constater le vœu de la commune sur la question de savoir si les Juifs doivent être admis à jouir des droits de citoyens actifs.

Ancien siège de la corporation des charpentiers
16 Rue des Charpentiers
source : www.archi-strasbourg.org

Poele des Charpentiers
IIIe Canton. Assemblée à la tribu des Charpentiers. — Président : M. de Dietrich, maire, nommé par acclamation. A été arrêté, après lecture faite des pièces énoncées dans le procès-verbal, notamment de l'adresse signée Crasselli, Chaton et Jean Geofroy Redslob, procureurs fondés de pouvoir de 150 citoyens actifs, dans laquelle se trouve transcrit l'extrait d'une lettre qu'un de MM. les Députés d'Alsace à l'Assemblée nationale a écrite aux d. procureurs fondés. de pouvoir, sur les propositions de M. le Président :

  1. Que le Corps municipal sera requis de transmettre à l'Assemblée nationale le voeu de cette section, qui est non seulement que les Juifs d'Alsace ne soient pas admis à. jouir des droits de citoyens actifs, mais notamment que le Corps municipal fera tous ses efforts pour en faire exclurre ceux qui habitent actuellement dans de Strasbourg.
  2. Que la motion de M. l'abbé de Boug portant : "non seulement à n'accorder aux Juifs aucun droit de citoyen, mais à éloigner ceux qui se sont introduits dans cette ville par la faveur ministérielle" sera jointe aux représentations pressantes ci-devant faites aux mêmes fins par l'ancien Magistrat de cette ville et à toutes autres qui pouroient avoir le même objet pour en réunir les moyens dans tin seul et même mémoire, qui seroit imprimé et distribué.
  3. Qu'il seroit écrit dès demain à M. le Président de l'Assemblée nationale et à M. Schwendt, député de la ville, pour les prévenir l'un et l'autre du Mémoire qui leur sera addressé, en les priant en même tems de différer jusques là toute discussion de cette affaire.
  4. Qu'il sera donné communication des arrêtés ci-dessus aux quatorze Assemblées primaires de la Commune, ce qui a été fait sur le champ par des députés particuliers mentionnés dans le procès-verbal de ce canton, signé par le président et le secrétaire.

Les quatre arrêtés ci-dessus ont passé unanimement et par acclamation.

XIVe section. Assemblée au Grand Couvent des Capucins. — Président M. Dournay, greffier adjoint de la Commission de tutele.

A été arrêté, après lecture faite des pièces énoncées dans le procès-verbal, signé par les président, scrutateurs et secrétaire,

Que l'Assemblée, en adhérant unanimement au contenu de l'imprimé Très-humble Addresse présentée à l'Assemblée nationale par la Commune de Strasbourg duement assemblée etc. [a] déclaré expressement comme quoi son vœu est que les Juifs demeurent dans l'état où ils se trouvent sans pouvoir être reconnus pour citoyens actifs; qu'en outre les familles juives établies actuellement en cette ville, quoique précairement seulement, par la protection du Ministère et sous prétexte des fournitures pour le service du Roi, soient renvoyées au lieu de leur domicile.

Au procès-verbal susdit en est adjoint un autre contenant les signatures des citoyens actifs de l'Assemblée au nombre de 99, paraphée ne varietur par lesd. président, scrutateurs et secrétaire.

VI° canton. Ire section. Section assemblée à la tribu des Boulangers. —Président: M. l'abbé Brendel, docteur et professeur de droit canon en l'Université épiscopale.

Après lecture faite des pièces énoncées dans le procès-verbal, signé (par) mond. sieur président, les 3 plus anciens de l'Assemblée et le secrétaire,
Ecusson de la corporation des boulangers - source:
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ecusson
L'Assemblée a déclaré que son vœu le plus ardent est que l'Assemblée nationale soit suppliée de révoquer la permission accordée par forme de privilège au Sr Cerf Berr et à sa famille ainsi qu'a. d'autres Juifs d'habiter dans la ville de Strasbourg et qu'il ne soit plus accordé de semblables permissions sous quelque prétexte que ce soit.

Et a été arrêté en outre qu'il sera donné communication de la présente déclaration aux quatorze Assemblées primaires, ce qui a été fait sur le champ par les personnes dénommées dans le procès-verbal susdit, auquel se trouve joint un second contenant les signatures des citoyens actifs de cette Assemblée au nombre de 23, signé comme le précédent par MM. les président, 3 plus anciens et secrétaire.

Section assemblée dans l'Eglise de Sainte-Aurélie. — Président : M. Metzguer, receveur des dames religieuses de Sainte-Margueritte et notable de cette ville.

Eglise St-Aurelie - source:
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St-Aurelie
L'Assemblée composée de 148 citoyens actifs, après lecture faite de la pétition qui formoit l'objet de la délibération, a déclaré unanimement sur l'appel nominal - qu'elle regardoit l'exposé contenu dans lad. pétition comme essentiellement nécessaire et très fondé, en conséquence qu'il seroit fait d'instantes prières au Conseil général de la commune d'appuyer lad. pétition auprès de l'Assemblée nationale aux fins d'obtenir que les Juifs d'Alsace ne soient pas admis a l'état de citoyen, ce qui attireroit une foule de misérables Juifs allemands et polonois qui, en ruine des habitans industrieux de Strasbourg, les forceroient d'émigrer.

IVe Canton. 2e section. Section assemblée dans l'église de Saint-Pierre-le-Vieux. Président : M. Schoell père, citoyen actif de cette ville.

Eglise St-Pierre-le-Vieux
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St-Pierre le vieux
Lecture faite des pièces énoncées dans le. procès-verbal signé par mond. Sr Président, 4 citoyens actifs de l'Assemblée et le secrétaire,. notamment de la motion de M. Scaramuzza [51] négotiant, produite à l'Assemblée de la tribu des Charpentiers, il a été, sur les propositions de M. le président, arrêté par acclamation :

  1. De reclamer contre l'admission des Juifs aux droits de citoyen actif ;
  2. Que la pétition qui faisait L'objet de la délibération seroit envoyée à l'Assemblée nationale.
A quoi a été ajouté que comme les mêmes citoyens qui ont presenté la pétition annonçoient des additions à leur mémoire, ces additions et en tout cas le nouveau mémoire que l'on jugerait devoir être rédigé seroit préalablement mis sous les veux de l'Assemblée.

Au procès-verbal sus mentionné se trouvent joints des états par lesquels il appert que 120 citoyens actifs ont signé pour réclamer contre l'admission des Juifs et un seul pour y consentir.

Section assemblée au Petit Couvent des Capucins. — Président: M. Oberlin: professeur en l'Université de la C. d'A.

Lecture faite des pièces énoncées dans le procès-verbal signé par les président, commissaire du canton et secrétaire, notamment des arrêtés de l'Assemblée primaire aux Charpentiers et de la motion consentie à l'Assemblée de la tribu des Boulangers, et sur les propositions de M. le président, l'Assemblée, sur l'appel nominal, a déclaré unanimement adhérer à la pétition qui faisoii l'objet de la délibération.

De plus que le Corps municipal sera requis de nommer un Comité à l'effet d'examiner le pins tôt possible les différens mémoires qui ont paru relativement aux Juifs, de rassembler les motifs qui militent contre leur admission à l'état de citoyen, d'en former un ouvrage complet que l'on feroit imprimer après avoir été communiqué à tous les districts pour être addressé à l'Assemblée nationale, laquelle seroit suppliée de surseoir à la définition de l'affaire jusqu'à cc que le mémoire lui sera parvenu.

Et en outre que tout privilège étant annullé, les permissions accordées à de certaines familles juives seroient censées non avenues.

Au surplus l'Assemblée a acquiescé de même à deux motions particulières faites par quelques-uns de ses membres et dont il sera fait mention ci-après.

Le procès-verbal susd. est suivi d'un état des signatures apposées par les citoyens actifs de cette assemblée au nombre de 206, certifié véritable par MM. le président, commissaire du canton et le secrétaire.

IIe canton. Section assemblée au Gouvernement. — Président M. Spielmann, officier municipal.

Lecture faite de la pétition qui a. donné lieu à la convocation de l'Assemblée, ainsi que des autres pièces dont il est fait mention dans le procès-verbal, notamment des arrêtés des deux districts da Gouvernement et de la tribu des Boulangers, sur les questions posées par M. le président et une motion verbale d'un des citoyens actifs présens, il a été arrêté :

  1. D'adhérer tant à la pétition principale qu'auxdits arrêtés pris aux districts du Gouvernement et de la tribu des Boulangers;
  2. prier le Corps municipal de faire rédiger un second mémoire dans lequel seront présentées toutes les raisons qui paroltront propres à déterminer l'Assemblée nationale de ne pas admettre les Juifs aux droits de citoyen actif ni à celui d'habitation dans la ville de Strasbourg;
  3. Que la motion du Sr Muller [52] , ancien régent, après avoir été mise par écrit sera communiquée aux Assemblées des autres districts.
Sur tout quoi a été dressé procès-verbal, Signé par M. le président et le secrétaire et à. la suite duquel se trouve un état des signatures des citoyens actifs de l'Assemblée au nombre de 493, signé par le secrétaire.

Eglise du Temple-Neuf avant 1870
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Temple-Neuf
Ve canton. Section assemblée au Temple-Neuf. — L'ouverture en ayant été faite par M. Laquiante, commissaire du corps municipal, une voix qui a paru générale a nommé par acclamation les anciens président et secrétaire.

Mais sur l'observation de ce commisaire qu'une semblable nomination ne lui sembloit pas légale et qu'elle contrarieroit les instructions [53] de MM. les commissaires, on procéda au scrutin, par lequel M. Jeanine fils, receveur des finances, a été nommé président.

La matinée se trouvant trop avancée et M. Demougé, ainsi qu'un grand nombre de citoyens, n'étant plus présent, la continuation de l'assemblée a été remise à 2 h. de relevée.

Après que la proclamation fut faite suivant l'usage, M. le président prononça un discours, dans lequel, d'une part, il dénonça l’assemblée qui s'est formée dans notre cité sous le nom de Société des Amis de la Constitution comme injurieuse à tout citoyen qui ne peut qu'aimer et la loi et son Roi ; d'autre part, il observa à l'égard de la pétition soumise .à la délibération de l'Assemblée que les vrais citoyens et propriétaires de cette ville ne devoient pas, après les sacrifices incalculables qu'ils ont faits à la chose publique, s'attendre à la proposition de fraterniser avec un peuple sans foi, sans probité, sans serment connu qui le lie, auquel sa religion fait un devoir de regarder les Chrétiens comme d'implacables ennemis, dont il blasphème le Dieu qu'ils traitent imposteur (sic) [54] .

Motions particulières proposées, dans différantes assemblées primaires à l'occasion des délibérations qui y ont été prises sur une pétition des citoyens actifs de cette ville tendant à constater le vœu de la commune sur la question, si les Juifs doivent être admis à jouir des droits de citoyens actifs :

Assemblée aux Charpentiers. Motion de M. l'abbé du Boug, chanoine de l'église collégiale de St-Pierre-le-Jeune de lad. ville, qui termine son mémoire remis à l'Assemblée du 3e canton et est conçue en ces termes :
J'opine non seulement à n'accorder aux Juifs aucun droit de citoyen, mais à persister dans l'éloignement de ceux qui se sont introduits dans cette ville par la faveur ministérielle.

Même assemblée. St-Pierre-le-Vieux.Autre motion par écrit présentée à lad. assemblée par le Sr. Scaramuzza, négociant, citoyen actif de cette ville, portant en substance :
De ne pas accorder aux Juifs le droit de citoyen ; de ne pas les admettre à domicile ; de les transplanter ou de les restraindre aux bornes les plus étroites.

Assemblée de St-Pierre-le-Vieux.Motion d'un grand nombre de citoyens actifs réunis à l'assemblée primaire de St-Pierre-le-Vieux : Qu'il soit représenté au Corps municipal, comme quoi au grand scandale du public et au détriment des parens et maîtres, les Juifs viennent les jours de dimanche et de fête en cette ville trafiquer publiquement avec les enfans et domestiques, avec prière instante d'interdire sévèrement aux Juifs tout négoce et trafic auxd. jours consacrés au culte divin.

Même Assemblée.La motion du Sr Scaramuzza rapportée ci-dessus a été produite de même à cette Assemblée.

Assemblée aux Petits Capucins.Motion proposée par un citoyen actif de l'Assemblée primaire aux Petits Capucins et adoptée par l'Assemblée entière, ayant pour objet de demander au Corps municipal d'interposer son autorité à ce que de la part de la Société de la Constitution il ne soit fait contre le voeu de la commune, à l'insu et sans l'autorisation dud. Corps municipal, aucune démarche tendante à favoriser les Juifs.

Assemblée aux Petits Capucins.          Autre motion faite au même district par 3 citoyens actifs et à laquelle toute l'Assemblée à acquiescé, savoir :
Que la famille du Sr Cerf Beer, qui en vertu d'une permission ministérielle habite dans cette ville, doit en être exclue et défense faite aux habitans de ne pas louer des chambres aux Juifs externes.

Assemblée au Gouvernement.Motion d'un citoyen actif au district du Gouvernement, dont il a été convenu de donner communication aux autres districts. Elle porte [55] :

  1. De recevoir les Juifs comme citoyens actifs après qu'ils auront renoncé formellement aux règles de la morale et du dogme, qui troublent le repos, minent la sûreté et compromettent la dignité de l'État;
  2. Attendu que les Juifs ne souscriront pas à cette condition de répartir les 20,000 Juifs d'Alsace dans la province du Royaume où il n'y en a point du tout [56] .

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PARIS. — IMPRIMERIES CERF, 12, RUE SAINTE-ANNE.

NOTES :

  1. Très humble et très respectueuse Adresse que présente à l'Assemblée nationale la commune toute entière de la ville de Strasbourg (Strasbourg, impr. de Levrault, s. d. ; in-4°, 14 p.) [Bibl. Nat., 4 Ld184.44 A]. Il en existe un autre état (Paris, impr. de Moutard, s. d.; in-8°, 20 p.) [Bibl. Nat 8-Ld184-44] et un texte allemand : unterthänigste-gehorsamste Vorstellung der gesammten Gemeinde der Stadt Strassbusrg an die National-Versammlung (Strasbourg, impr. de Le Roux, in-4, 11 p.). Le texte français est réimprimé dans les Archives parlementaires de 1787 à 1860, 1re série (1789-1800), t. XII, p.711-714.
  2. Liasse II, 79.
  3. [A.-E. Halphen, Recueil des lois, décrets, ordonnances concernant les Israélites,  p. xxxvi-xxxvn
  4. Séances des 3 et 28 septembre, 14 octobre, 21 et 24 décembre 1789.
  5. Pétition des Juifs établis en France, adressée à l'Assemblée Nationale le 28 janvier 1790, sur l'ajournement du 24 décembre 1789 (Paris, impr. de Prault, 1790; in-8, 1v-107 p.) [Bibl. Nat. 8 Ld184..37]. Réimprimée dans les Archives parlementaires, 1" série (1789 1860), t. XII, p. 720-733.
  6. Voir Vêron-Réville, Histoire de la Révolution française dans le département du Bas-Rhin, p. 46 ; E. Seinguerlet, L'Alsace française, Strasbourg  pendant la Révolution, p. 54; E. Muhlenbeck, Euloge Schneider, p. 4 ; l'article de R.  Reuss dans la Jewish Encyclopedia, t. I, v Alsace ; etc. Sur l'attitude des  représentants de l'Alsace à l'Assemblée nationale, cf. l'abbé J. Léman, la  Prépondérance juive, 1re partie, p. 142 sqq.; L. Farges, La Question juive il y a cent  ans, dans la Révolution française, XI, p. 134 et 209; Ph. Sagnac, Les Juifs et la Révolution française, dans Rev. d'histoire moderne et contemporaine, t. I, les pp. 220  sqq.
  7. R. Reuss, Seligman Alexandre ou les Tribulations d'un Israélite pendant la Terreur, p. 7.
  8. Expressions empruntées à une lettre de la Société populaire de Niort à la Société de Strasbourg ( C.-F. Heitz, Les Sociétés politiques, p. 148).
  9. C.-F. Heitz, Les Sociétés politiques de Strasbourg pendant les années 1790 à 1795, extraits de leurs procès-verbaux (Strasbourg, C.-F. Heitz, 1863, in-8 p. 13, 17, 18).
  10. Laurent-François-Xavier Levrault, imprimeur et homme politique (1763-1821), avocat, échevin, était en 1790 substitut du procureur de la commune. .
  11. M. de Foissac, capitaine au corps royal du génie, commandant de la garde nationale de Phalsbourg, venait de publier un Plaidoyer contre les Juifs des Évêchés, de l'Alsace et de la Lorraine (S. I. n. d.; in-8°, 109 p.) [Bibl. Nat., 8. Ld134. 250].
  12. Sur Brunck et les principaux personnages cités ici, cf. E. Barth, Notes sur les hommes de la Révolution à Strasbourg (Strasbourg, Noiriel, 1881, in-8).
  13. Rapport lu à l'Assemblée de la Société des Amis de la Constitution le 27 février mil sept cent quatre vingt dix sur la question de l'état civil des Juifs d'Alsace (S. l. n. d. in 8, 31 p.) [Bibl. Nat. 8 Ld182.46].
  14. Sur cette communication à la Société de Paris, cf. S. Lacroix, Actes de la Commune de Paris, t. VII, p. 552.
  15. Ces indications et les suivantes sont tirées des Registres des délibérations du Conseil général et du Corps municipal, conservés aux Archives municipales de Strasbourg. — Rappelons que le Conseil général était formé du Corps municipal (élu) et de notables élus eu nombre double du nombre des membres du Corps municipal.
  16. Pièce no 1.
  17. Ce mémoire n'est autre, semble-t-il (voir la pièce II et, pièce III, le procès-verbal de l'Assemblée des Grands Capucins) que l'adresse imprimée sous ce titre : Très humble Adresse présentée à l'Assemblée Nationale par la Commune de Strasbourg dûment assemblée, contre la pétition du droit de citoyens actifs faite le 28 janvier dernier au nom de 20.000 Juifs répandus en Alsace et contre un écrit: Rapport... sur la question de l'état civil des Juifs de ladite Province (S. l. n. d. n. i., in-4, 11 p. [Bibl. Nat. 4°Lk.7. 9509(1)]. Il en existe un texte allemand sous le titre de Unterthanigste Vorstellung der Gemeinde von Strassburg uber eine Biltschrift, welche den 28st Janner dieses Jahrs im Namen der Juden des Elsasses der National -Versammlung vorgelegt worden und über ein Werk belitelt „Abhandlung der Frage uber den Rargerstand der Juden eben derselben Provinz“ (S. l. u. i. n. d., in-4, 11 p.) [Bibl. Nat. 4°Ik7. 9509(2)] Ce mémoire conclut à la non-admission et il propose (p. 10) le groupement de tous les Juifs eu un même canton d'Alsace et la constitution d'une "nouvelle Jérusalem". Au contraire la Très humble et très respectueuse Adresse remise à la Constituante contient les déclarations suivantes (p. 15) : "Si les Juifs sont de bonne foi, s'ils veulent véritablement devenir citoyens... qu'ils renoncent à leurs usages particuliers.. qu'ils détruisent eux-mêmes le mur qui les sépare de nous... qu'ils s'établissent librement dans les communes qui consentiront à les recevoir... »  : il parait donc bien que la Très humble Adresse n'a été qu'un projet rédigé par les organisateurs du référendum, sans caractère officiel.
  18. Sur le rôle de Schwendt dans la discussion de la question juive, voir R. Reuss, L'Alsace pendant la Révolution française, t. Il, et l'article du même auteur dans la Jewish Encyclopedia, t. I, vo Alsace
  19. Lettre écrite à M. Schwendt, Député à l'Assemblée nationale par MM. les Maire et Officiers municipaux de la Ville de Strasbourg, le 8 Avril 1790.— Lettre de MM. le Maire et Officiers municipaux de la Ville de Strasbourg à M. le Président de l'Assemblée nationale, en date du 8 Avril 1790. (S. I. n. r. u. d., in-fol.; placard avec textes français et allemand juxtaposés en deux colonnes et destiné à l'affichage.) [Bibl. Nat. Fol. Lk7. 9508].
  20. Schwendt remit cette lettre le 12.(R Reuss, L'Alsace pendant la Révolution française, t. 11, p. 32).
  21. Voir le résumé de la séance dans le l'Oint du jour du 14 avril (t. IX, p. 1). Le texte des Archives parlementaires (1re série, t. XII, p. 711) et du Procès-verbal de l'Assemblée Nationale (t. XVII n° 238) dit seulement que cette Adresse est "relative à la demande des Juifs", mais le Journal des débats et décrets (no 243) spécifie aussi que c'est une demande d'ajournement.
  22. Pièce no II.
  23. Pièce no III, ms. de 7 p. in -fol.
  24. Procès-verbal de l'Assemblée de Saint-Nicolas.
  25. Procès-verbal de l'Assemblée des Petits Capucins.
  26. Cependant les procès-verbaux signalent 3 voix favorables aux Juifs à l'assemblée des Enfants trouvés, 5 à Saint-Louis et 1 à Saint-Pierre-le-Vieux. L'édition strasbourgeoise de l'Adresse signale en note (p. 3) ces 9 opposants. Cette note est tombée dans l'édition parisienne in-8.
  27. R. Reuss, L'Alsace pendant la Révolution française, I, p. 47.
  28. M. Ginsburger, Cerf Beer et son époque, conférence faite à Strasbourg le 17 janvier 1906, traduite en français par E. Ginsburger [Guebwiller,-impr. de J. Dreyfus, 1908, in-8o) donne, p. 29-33, la liste des membres de cette famille en 1784. —
    Voir sur Cerf Beer, I. Loeb, Les Juifs à Strasbourg depuis 1349 jusqu'à la Révolution, dans Annuaire de la Société des études juives, année, p. 154 sqq.; et l'abbé J. Léman, L'Entrée des Israélites dans la Société française, qui consacre deux chapitres (p. 90-140, 6' éd., 1886) à la ville de Strasbourg "assiégée par un seul Juif ».
  29. Le texte de l'Adresse porte, en effet, cette remarque : Quoique dans ses assemblées partiaires il [ce vœu] n'ait pas été unanimement prononcé, parce qu'il n'en a pas été question dans toutes, il n’en est pas moins certain qu'il est le vœu général... (p. 18 de l'éd. in-8°).
  30. Avec tant de véhémence qu'un des membres se fait rappeler à l'ordre en demandant une fois encore la démission de Levrault comme secrétaire de la Société. Méme après cette séance, cette question continue à agiter l'opinion publique. Levrault ou un de ses amis publie un libelle portant ce titre : Bürger zu Strassburg, gebt Acht auf euere Freyheit.
  31. Les membres de cette Commission étaient Kentzinger, Huguier, Zœpfel, l'abbé Rumpler, Blessig, notables, et Metzler, officier municipal.
  32. Son nom ne figure pas au procès-verbal.
  33. Délibérations du Conseil général, à cette date. Dans une lettre du 16, Schwendt se plaignait qu'elle ne lui fùt pas encore parvenue (R. Reuss, L'Alsace pendant la Révolution française, II, p. 33).
  34. C. Hoffmann, L'Alsace au dix-huilième siècle, t. IV (Colmar, H Huffel, 1907, in-8), p. 520-522. Il publie à la suite (p. 523 et 529) des adresses du Directoire du Département  du Haut-Rhin (31 décembre 1790) et des Administrateurs du district de Colmar (13 avril 1793) rédigées dans le méme sens.
  35. Demuthigste und ehrerbietigste Bittschrift an die National -Versammlung. Il en existe un exemplaire aux Archives municipales de Strasbourg (II, 80) parvenu à la municipalité le 27 mai 1790.
  36. C. Hoffmann, op. cit., t. IV, p. 522, n. 1.
  37. Archives Nationales, DIV.56, No 1638 : adresse ms. du 8 mai, parvenue à la Constituante le 25.
  38. Archives Nationales, DIV.56, n° 1638 : adresse ms. du 28 avril 1790. " Il habite parmi nous, y est-il dit, près de quatre cents Juifs qui tous par principe étouffent tout sentiment de justice et de probité envers nous. Ils regardent les Chrétiens comme des idolâtres ennemis que leurs docteurs invitent à piller et voler et suivent jour et nuit avec la plus scrupuleuse exactitude cette exhortation. Ils se font gloire entre eux des crimes qu'ils se remettent... »
  39. S. Lacroix Ce qu'on pensait des Juifs à Paris en 1790, dans la Révolution française, XXXV, p. 97-117.
  40. R. Reuss, L'Alsace pendant la Révolution, II, p. 25. 11 se plaint "des mauvais traitements que quelques-uns d'entre eux ont reçu ces jours derniers et des menaces nouvelles qui leur sont faites ».
  41. Cette lettre est analysée dans le Point du jour, t. IX, p. 56. Elle fut l'objet d'une protestation au Conseil général strasbourgeois (séance du 28 avril).
  42. Archives parlementaires,1re série, t. XIII, p.17.
  43. Ibid., p. 69.
  44. Cf. la lettre de Schwendt du 22, dans Reuss, L'Alsace pendant la Révolution, II, p. 35, et Archives parlementaires, 1re série, t. XIII, p. 152 (la table du volume ne mentionne pas ce petit incident). C'est donc à cette date que devrait être insérée dans les Archives parlementaires le texte de l'Adresse intercalé dans la séance du 13 t. XII, p. 711-714). Il suffit de comparer ce texte avec les indications du procès-verbal que nous publions pour être assuré que l'Adresse dont nous avons pu suivre ainsi l'historique est bien celle qui avait été remise le 20, celle du 13 demandant simplement l'ajournement de la question. D'ailleurs, l'adresse approuvée le 12 par le Conseil général à Strasbourg aurait pu être difficilement communiquée le 13 à l'Assemblée. — M. S. Lacroix (Actes de la Commune de Paris, t. VII, p. 553) aperçoit la difficulté; mais il pense, semble-t-il, que la même adresse remise le 13 a été lue le 20.
  45. Cf. la lettre du 22 (Reuss, op. cit., lI, p. 35). Dans cette même lettre, il annonce qu'il a fait imprimer l'Adresse pour la distribuer aux Députés. Ainsi s'explique ce second état in 8°.
  46. Procès-verbal de l'Assemblée nationale, t. XVIII, n° 258 (13 avril) : Cf La lecture de cette adresse a été renvoyée à la séance dans laquelle l'affaire des Juifs seroit discutée. "Schwendt (lettre du 16 avril, dans Reuss, op. cil., t. II, p. 33) se plaint d'avoir en beaucoup de peine à faire entendre qu'il demandait la lecture de la lettre qu'il avait remise au président de la part de la Commune.
  47. J.-G.-A. de Bourge, Lettre au Comité de constitution sur l'affaire des Juifs (Paris, impr. du Patriote françois", 19 mai 1790) [Bibl. Nat., 8° Ld184.49], réfute point par point les objections de la municipalité de Strasbourg. Ses conclusions ont été réimprimées par S. Lacroix, Actes de la Commune de Paris, t. VII, p. 555. Notons ces indications caractéristiques (p. 28) : " Ce qui est de notoriété publique, c'est que les assemblées [du 7 avril] ont été indécemment tumultueuses; ceux qui s'y sont distingués contre les Juifs étoient des prêtres ou des marchands...» Dans son rapport à l'assemblée générale des représentants de la Commune de Paris (29 mai 1790), Brissot déclare que M. de Bourge " pulvérise" les objections de la Commune de Strasbourg (Léon Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution, p. 100).
  48. Pour la date de cette réponse que S. Lacroix considère (Actes de la Commune de Paris, t. Vll, p. 553, n. 2) comme antérieure au 15 avril, cf. la lettre des députés et syndics de la communauté des Juifs de la Lorraine au Magistrat de Strasbourg, datée de Nancy, 14 mai 1790 : " Nous prenons la liberté de vous adresser cy-joint la Réponse que nous y (à l'Adresse] avons faite et que nous avons adressée hyer à l'Assemblée" (A. Glaser, Geschichle der Juden in Strassburg [Strasbourg, 1894; in-8o, p. 83.)
  49. Réponse des Juifs de la province de Lorraine à l'Adresse présentée à l'Assemblée Nationale par la Commune toute entière de la ville de Strasbourg (S. I. n. i. n. d., in-4°, 24 p.) [Bibl. Nat., 4. Ld194.45].
  50. X. Mossmann, Étude sur l'histoire des Juifs à Colmar, p. 52.
  51. On attribue à Scaramuzza un des nombreux ouvrages parus sur la question : Les Juifs d'Alsace doivent-ils être admis au droit de citoyens actifs? Lisez et Jugez (S. l., 1790, in-8°, 208-40 p., avec un frontispice allégorique} [Bibl. Nat.,8° Ld184.48] L'auteur rappelle dans la dédicace a ses concitoyens que les vœux exprimés dans les Assemblées primaires du 7 avril 1790 ont secondé les siens.
  52. Cette motion rédigée en allemand figure parmi les pièces annexes du procès-verbal de cette Assemblée. Elle comporte 7 p. in-fol. et est signée :"FriedrichWilhelm Muller, ehemaliger Lehrer am Gymnasium. ".
  53. Un exemplaire de ces instructions figure au dossier ll 79., simple rappel des formalités habituelles de session des Assemblées primaires.
  54. Le Procès-verbal de l'Assemblée du Temple-Neuf mentionne en outre une motion présentée à l'Assemblée des Charpentiers et interdisant aux Juifs l'accès de la ville les dimanches et jours de fêtes.
  55. Par une mesure analogue on proposa, au début de la Terreur, de transporter dans l'intérieur les Alsaciens qui ne parlaient pas français et de les remplacer par des colonies de Jacobins français (Seinguerlet, Strasbourg pendant la Révolution, p. 208).
  56. Cette motion est celle de F.-W. Muller.
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