Alfred Blum za”l est issu d’une famille pratiquante de six enfants. Très engagé avant la
guerre dans la « Jeunesse juive de Mulhouse », il est l’ami d’enfance des grands rabbins
Hirschler et Deutsch za”l. A Cernay, où il a repris l’affaire de son père, il s’est activement
occupé de la petite communauté, tout en participant à la vie de la cité. Etant pompier
volontaire, il obtint le grade de sergent et la Médaille du Dévouement pour actes de bravoure.
Mobilisé à la déclaration de guerre dans le Service de réquisition, puis affecté sur la Ligne Maginot, il est démobilisé à Rivesalte. C’est à Limoges, où la communauté de Strasbourg s’est repliée, et où son frère Achille est secrétaire de la communauté, qu’Alfred Blum, avec sa femme et ses trois enfants, vont passer la guerre, vivant cachés à certains moments. Il est vice-président de la Hevra-Metharim, aux côtés du président Jules Bollack.
A la Libération, il a participé à l’identification des corps retrouvés, assassinés pendant l’occupation par les nazis ; corps exhumés pour être ensuite rapatriés.
C’est le 7 décembre 1945 qu’Alfred Blum et son épouse furent engagés par le grand rabbin Deutsch comme directeurs d’une maison, qui, sous leur impulsion, devint rapidement l’OEUVRE D’ENFANTS DE DEPORTES, au 42 avenue de la Forêt-Noire à Strasbourg. En effet, la guerre terminée, des enfants désemparés, ayant perdu leurs parents, y trouvèrent refuge.
Très vite Alfred Blum fit des prouesses pour réussir à cette époque de lendemain de guerre, de restrictions de toutes sortes, à aménager la maison d’une façon accueillante. Il fallait se débrouiller pour trouver des meubles, de la literie, des ustensiles de cuisine etc. Le grand rabbin Deutsch et son épouse s’employèrent à collecter des fonds auprès de généreux donateurs, et par la suite un comité fut constitué pour les épauler.
Rapidement, la maison fut pleine de vie. Il y avait, dans un premier temps, un étage pour les filles et un autre pour garçons ; trente à trente-cinq enfants de 10 à 17 ans y trouvèrent refuge. A cette époque, il y avait encore des tickets alimentaires, et à cet âge on dévore, d’autant plus lorsqu’on se sent bien dans une atmosphère de camaraderie, dans une grande famille et avec une direction affectueuse. Il fallait faire des menus équilibrés, nourrissants avec ce qu’on pouvait trouver à ce moment-là.
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Ceux que je reconnais sur cette photographie... |
La photo illustre bien l’atmosphère qui régnait dans ce foyer, tout le monde étant assis autour de la même table. Avant la guerre, cette pièce servait de salle de réception et de bal, pièce maîtresse d’une maison bourgoise. Pour le besoin du moment, elle est devenue la salle-à-manger de ces enfants. Le plafond était orné de sculptures, de boiseries et de peintures. Tout autour, les lambris en bois étaient magnifiques. Les fenêtres et portes de séparation étaient en vitraux splendides, et on les retrouvait également dans le hall d’entrée. Les enfants s’y sentaient bien, malgré la sobriété de l’ameublement.
On rencontrait Madame Blum aussi bien à la cuisine pour surveiller, que dans la maison, veillant à l’entretien général, à la bonne tenue des chambres. Les enfants étaient encadrés par des moniteurs qui les soutenaient dans leurs devoirs. Les enfants venaient facilement se confier à Monsieur ou madame Blum, qui surent créer une ambiance, une chaleur, une intimité, et essayèrent de faire fonction de parents pour ceux qui, très jeunes, en avaient été privés.
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Certains enfants venaient de Russie, de Pologne et d’autres pays de l’Est, ne sachant pas un mot de français à leur arrivée. Malgré tout ils s’adaptèrent très vite dans les écoles de la ville, et devinrent de brillants élèves. Avec le temps, certains furent accueillis par des parents parfois éloignés, d’autres restèrent quelques années.
Par la suite, en fonction de la place disponible, des parents habitant dans l’Est de la France, mirent leurs enfants dans la maison, leur permettant ainsi de fréquenter des écoles comme l’O.R.T. , l’Ecole Aquiba. Les parents étaient rassurés, les sachant dans un internat, un foyer juif, dans une ambiance chaleureuse, avec une éducation religieuse.
Monsieur Blum s’occupait bien de ses protégés, et il était toujours debout le premier, il réveillait tout ce petit monde pour aller à l’office du matin, et il était le dernier à aller se coucher en ayant vérifié que tous les enfants étaient bien rentrés. Dans la communauté, on appelait jovialement les jeunes, « les Blumistes » !
La maison d’appelait « Oeuvre d’Enfants de Déportés ». Puis elle changea de nom et devint « Foyer de Jeunes Gens », ou « Foyer Blum », quand il fut réservé aux garçons. Il y eut des fêtes, des bar-mitswoth et des mariages d’enfants de la maison dans l’oratoire magnifiquement aménagé pour les offices. Des habitants du quartier venaient avec grand plaisir aux offices, surtout ceux du Shabath et des fêtes, car ils y trouvaient une grande spontanéité et beaucoup de ferveur.
Parallèlement au Foyer, le premier restaurant universitaire casher à Strasbourg y fut créé en 1954, permettant ainsi aux étudiants de se retrouver très nombreux, en toute convivialité, garçons et filles, dans la grande salle du foyer, qui résonnait des discussions chaleureuses et des éclats de rire.
Dès son arrivée à Strasbourg, Monsieur Blum s’occupa de la Hevra-Metaharim. Maître Bing en était le président et lui le vice-président. Il dirigeait l’équipe de volontaires pour faire la tahara (purification des défunts) dans les règles. Jusqu’à sa disparition, le 20 décembre 1962, il a tenu un registre avec le nom des assistants, tous volontaires.
Il fut membre du Comité d’Entr’aide Israélite et reçut la médaille de chevalier du Mérite social. Dans tous les domaines dont il s’occupait, il avait le don de l’organisation. Entre autres, il y eut des séminaires de l’Alliance Israélite Universelle pour les instituteurs juifs du Maroc, avec visite du consul du Maroc au foyer, qui furent une grand eréussite aux dires des responsables et des participants.
Le décès subit de Monsieur Blum, à l’âge de 61 ans, provoqua un très grand choc pour les strasbourgeois. Après dix-sept années d’activités et de dévouement, sa disparition entraîna beaucoup de changements.
Le foyer devint l’internat exclusif de l’Ecole Aquiba sous le nom de « Beth-Hillel ». le restaurant universitaire, parès avoir fonctionné neuf années au Foyer de jeunes gens, fut transféré au Restaurant Chalom et par la suite au Home Laure Weill. Plus tard, le Beth-Hillel fut remplacé par un jardin d’enfants juifs et par une crèche. Les habitants du quartier qui vaient l’habitude de venir prier aux offices du foyer durent se trouver un autre local. Ils se retrouvèrent rue Silbermann sous l’impulsion principale de Monsieur Wertheimer, du juge Richard Neher et du professeur Meyer ; d’où la création du minyân «A.M.I.-Silbermann ».
Les enfants du foyer réussirent bien dans la vie ; on trouve des anciens dans divers pays, mais principalement en France et en Israël. Les trois enfants Blum : Astrid, Claudine et Gilbert firent leur alya à tour de rôle, et vivent à Jérusalem avec leurs familles.