50ème anniversaire de l'arrivé de nos frères d'Algérie - 4
Brochure éditée par la Communauté israélite de Metz


Départ de Tiaret
par Jacques HAZAN,
Vice-Président honoraire de la C.I.M.

Je suis né et ai grandi à Tiaret, une petite ville (environ 25 000 habitants à l'époque plus de 800 000 actuellement) située, au sud d'Oran, sur les hauts plateaux à une altitude de 1100m (hiver rigoureux, accompagné souvent par des chutes de neige, avec une température moyenne de 7,2°C, été chaud et sec avec une température moyenne de 24°C).
Tiaret était la capitale du Sersou, région agricole, grosse productrice de céréales (blé, orge, lentilles, etc…).
Tout ce qui suit, n'a rien à voir avec mon activité de militaire de carrière. Je m'exprime en tant que "pied-noir" et suivant ce que l'on m'a raconté.

Nous vivions dans un quartier, peuplé principalement par des arabes, de quelques familles juives et des familles de militaires. Ce quartier s'appelait la Redoute car il y avait de nombreuses casernes de tirailleurs et de spahis.
Avant, et même après le début de l'insurrection, tous les habitants du quartier vivaient en bonne entente. Quoique, ma mère a failli être poignardée dans une épicerie arabe où elle avait l'habitude de faire ses achats ; elle a été sauvée de justesse grâce à l'intervention vigoureuse et indignée de l'épicier qui nous connaissait de longue date. Ma pauvre Maman est rentrée toute tremblante à la maison.

Accueil du Grand Rabbin de France Joseph Haïm Sitruk par
Jacob Benchetrit et Jacques Hazan.
Il existait, cependant, un antisémitisme primaire dû particulièrement à la population dite européenne (principalement d'origine espagnole). Cela ne nous empêchait pas d'avoir des copains dans toutes les classes de la société. Il fallait bien être le "bon juif " le "bon arabe" ou le "bon roumi" de notre bande d'amis !

Pendant l'insurrection, nous avons surtout été confrontés aux événements à partir de 1956, attentats, sabotages, assassinats, explosions et manifestations composaient notre actualité.
A partir de 1960, l'OAS a ajouté son lot d'exactions. De plus, les gens qui désiraient quitter l'Algérie ne pouvaient le faire librement. Les ports, les aéroports, les déménagements étaient contrôlés et bloqués.
Finalement, juin et juillet 1962 virent l'exode de la majorité de la population non-arabe dans des conditions déplorables.
Cette population laissait derrière elle des biens, des morts, des regrets, des souvenirs joyeux et douloureux, et surtout, ce pays qu'elle considérait comme le sien.

L'intégration en Métropole, ne s'est pas faite sans douleur. Il a fallu s'adapter, faire face aux difficultés et à une population souvent hostile et mal informée qui voyait en chaque pied noir un méchant colon qui n'avait que ce qu'il méritait après avoir "fait suer le burnous".
En ce qui me concerne, j'ai été affecté à Issoire dans le Puy de Dôme où avec ma femme et ma fille nous sommes arrivés début mai 1962. (Pour l'anecdote, mon affectation était le CMJA à Issoire (Centre de formation des Moniteurs de la Jeunesse d'Algérie).
Nous avions fait des adieux déchirants à toute la famille restée en Algérie et… un peu plus d'un mois plus tard, la majorité d'entre elle nous rejoignait. Il nous est arrivé de nous trouver à dix dans notre petit deux pièces cuisine sans salle de bain.


Mes souvenirs d'Algérie
par Brigitte LASCAR ZAJDMAN

Les tout premiers, je n'avais alors que quatre ou cinq ans sont ceux d'un magnifique jardin ombragé où ma mère nous amenait moi et ma soeur le jeudi après midi car pour elle qui était institutrice c'était le seul jour de la semaine qu'elle pouvait nous consacrer...
Ce jardin était pour moi un havre de paix de fraîcheur de joie et d'intimité avec ma mère qui pouvait enfin être tout à nous ; situé au coeur d'Oran ville moderne, active, à la mode, aux terrasses de café noires de monde, aux rues larges et ensoleillées, aux passantes élégantes,aux vitrines de luxe. Mes jeux autour des jets d'eau et sur les pelouses étaient si intenses que le retour à la maison me paraissait insurmontable tant je m'étais dépensée sans compter.

Nous nous sentions français à part entière, la métropole était notre pays et lorsque Le Tour de France passa à Oran, nous étions là pour l'applaudir tout naturellement car ce territoire était aussi la France pour nous; je criais sans savoir vraiment qui j'encourageais : "Vas y Bobet !!" ce qui faisait sourire mon entourage…
Nous vivions notre judaïsme en toute liberté, je me revois dans la grande Synagogue d'Oran, les soirs de Sim'hath Thorah où les danseurs débordaient dans la rue pour former des farandoles de joie en chantant à tue-tête.

Cette belle insouciance va peu à peu être entachée par des épisodes d'effroi imprévisibles qui reviennent à mon esprit comme des flashs et qui restaient incompréhensibles pour la petite fille de cinq ans que j'étais... Ainsi par un beau dimanche après midi de printemps nous étions mon père, ma mère, ma soeur et moi en train de nous promener nonchalamment dans une grande rue commerçante très fréquentée quand soudain des détonations assourdissantes éclatent, provoquant dans la foule un mouvement de panique indescriptible ; personne ne comprenait ce qui se passait et tout le monde cherchait à fuir et à se protéger... Dans la confusion et la bousculade ma mère a perdu une chaussure mais nous a ramenés elle et mon père le plus vite possible à la maison dans notre appartement situé au centre ville d'Oran...
Ces incidents ont été pour moi le début d'une grande inquiétude qui m'habitait jour et nuit, inquiétude pour notre vie quotidienne, pour notre famille, peur de ne plus revoir mes parents, d'être séparés car des rumeurs de départs forcés commençaient à circuler ; cette anxiété était difficile à vivre pour une petite fille de cinq ans, d'autant que les "événements" comme on les appelait pudiquement à l'époque ne faisaient que commencer et que les incidents et les frayeurs étaient quotidiens.
L'OAS, mouvement contre l'indépendance de l'Algérie, imposait à la population locale toutes sortes de mesures, sous peine de poser des bombes au plastic, plastiquer les voitures et les domiciles de ceux qui ne suivraient pas les consignes... Ainsi je me souviens d'avoir passé des soirées sur le balcon de notre appartement à taper sur des casseroles le slogan AL - GE - RIE - FRAN - ÇAISE.

Mon père fut comme tous les hommes blancs valides enrôlé de force dans une milice civile chargée d'aller intimider et corriger les populations arabes ; cette milice avait pour nom LA TERRITORIALE, il devait porter un uniforme et les actions se passaient la nuit.
Mon père n'avait aucune intention de participer à ces opérations contre les arabes avec qui nous vivions jusqu'alors en bonne intelligence et avec qui nous avions des relations totalement pacifiques. A l'époque juifs et arabes se côtoyaient, chacun vivant dans des quartiers séparés, se respectaient, connaissaient les fêtes religieuses mutuelles ; ainsi ma mère institutrice recevait de ses élèves musulmans des plateaux de gâteaux à l'occasion de la fête de l'Aïd, gâteaux qu'elle donnait à la personne qui travaillait chez nous... Aucune animosité ne régnait donc, bien au contraire dans nos relations avec les populations arabes... Mon père a donc fui l'Algérie laissant son commerce, sa famille pour échapper à cette milice et pour nous trouver un logement à Marseille où deux soeurs à lui étaient déjà parties...
La période suivante pendant laquelle nous nous sommes retrouvées seules n'a duré que quelques mois mais m'a paru longue, triste et difficile à vivre.

Mon père quittant l'Algérie sous un faux prétexte, car les départs devaient être autorisés et faisaient l'objet d'une planification par le gouvernement français en Algérie, nous nous retrouvons ma mère ma soeur et moi seules à Oran car la famille de mes parents était encore à Mascara, une petite ville située à 150 km mais difficile d'accès par des routes montagneuses et sinueuses...
Les voisins de notre immeuble étaient des gens charmants et toujours présents pour nous proposer de l'aide ou des services. Je me souviens qu'un soir ma mère avait dû s'absenter pour faire quelques courses dans le quartier nous laissant avec ma grand mère qui était venue de Mascara pour rester un peu avec nous et nous soutenir ; à peine était elle descendue que des coups de feu éclatent dans la rue nous plongeant dans un grand désespoir... Elle n'est revenue qu'après une bonne heure, cela m'a paru interminable, nous étions en pleurs et je priais pour la revoir...
Je revois ma soeur et ma mère l'air inquiet s'affairer autour d'une carte, une autorisation de départ avec une date implacable de départ vers la Métropole qui était lointaine ; ma mère était fonctionnaire d'Etat, son départ sans autorisation serait considéré comme un abandon de poste... Il fallait donc essayer de mettre une date plus proche pour quitter l'Algérie et pour cela raturer le mieux possible ce papier officiel... Je ne comprenais que confusément l'importance de ces ratures mais je voyais leurs visages graves près de la lampe et cela m'inquiétait encore plus sur notre avenir...

La situation devenait insupportable : les plasticages (bombes au plastic) se multiplient pour ceux qui ne soutenaient pas l'indépendance de l'Algérie auxquels répondent des attentats de la part des sympathisants du FLN...
Ma mère décide de nous faire partir ma soeur et moi avant elle pour nous mettre à l'abri. Je revois un aéroport bondé, gardé par des soldats en armes dans la foule et la bousculade, je trébuche et tombe dans la poussière m'écorchant les genoux...
Je ne savais pas que nous partirions sans ma mère, je monte sur la passerelle et je la vois, étonnée, me faire des signes en contrebas ; elle nous avait confiées toutes les deux à un jeune couple qui partait en voyage de noces...
Je serrais contre moi ma poupée Bella que j'avais reçue en cadeau et que j'ai conservée très longtemps... J'ai été malade pendant tout le vol qui nous amenait vers Marseille-Marignane où mon père et mes grands-parents nous attendaient...

L'arrivée se fait dans un Mistral glacial, c'était au mois d'avril ; à cette période, à Oran le temps était doux, printanier, notre tenue vestimentaire : petites chaussettes blanches, blazers, était adaptée à la douceur d'Afrique du Nord...
Hébergées chez mes grands-parents, nous attendons ma mère qui ne parviendra à nous rejoindre que deux mois plus tard...

La vie à Marseille se met peu à peu en place mais l'accueil réservé aux rapatriés d'Algérie est mauvais ; nous nous sentons indésirables et pas à notre place. Avant toute chose, mes parents repèrent dans notre quartier une boucherie cachère et une synagogue indispensables à notre vie quotidienne. Retrouver un travail pour mon père, trouver un poste d'enseignante pour ma mère représentent des objectifs de tous les instants.

La recherche d'un appartement pour nous quatre est très difficile ; ayant enfin trouvé nous sommes dans l'attente de nos meubles qui doivent arriver d'Oran dans un cadre.
Nous avions entre autres à Oran un grand réfrigérateur tout neuf de la marque Frigidaire qui devait arriver dans le cadre. En attendant, ma mère et moi allions acheter des pains de glace vendus à la découpe, placés ensuite dans une glacière pour conserver nos produits frais.
Nos meubles tardaient à arriver, cela était décourageant et presque humiliant de nous retrouver dans un environnement que nous n'avions pas choisi, avec le sentiment d'avoir perdu nos conditions de vie d'un bon niveau, d'avoir perdu nos connaissances, nos amis, nos voisins, nos familiers…
Alors que j'étais réveillée à Oran tôt le matin par le bruit des machines perfectionnées qui nettoyaient les rues (nous habitions une belle rue piétonne du centre ville) à Marseille certains quartiers n'avaient encore pas le tout à l'égout… Le contraste était flagrant…
Retrouver la famille était le seul réconfort et savoir que pour nous tous cet exil était aussi douloureux nous encourageait à nous battre pour retrouver une vie décente et conserver une grande dignité.
C'est ce que mes parents m'ont toujours montré par leur comportement courageux, leur travail opiniâtre et leur combat pour nous assurer une vie meilleure en France métropolitaine.


Souvenirs
par Gaby LEVY

Je suis née en 1939 à Trézel, délicieuse petite bourgade du Djebel-nador, où la vie était douce et sereine. Issue d'une famille tribale. Ma grand-mère a eu onze enfants, et donc onze familles qui ont vécu dans la même rue, je vous laisse deviner l'ambiance de joie et de bonheur avec mes cousins. Nous habitions une jolie maison proche d'un grand parc à autruches, une allée parfumée d'acacias jalonnait nos pas et l'on se régalait des senteurs de miel. Papa avait une usine d'électricité et nous, nous étions les six enfants fonctionnaires,
mon frère et moi-même enseignants dans l'unique école du village.

Ma grand-mère (Ghardaïa - Algérie)
Il régnait une belle harmonie entre les communautés qui nous manifestaient beaucoup de gratitude. Après tout nous tâchions de transmettre le maximum de connaissances à leurs enfants. D'autre part nous nous connaissions depuis notre plus jeune âge, jusqu'à l'indépendance nous sommes restés sourds à ce qui se passait dans les rues d'Alger, d'Oran ou dans les montagnes de Kabylie (pas de télévision, pas de journaux, etc…)
Le groupe scolaire qui abritait les logements de fonction était de toute beauté avec un terrain de tennis, un terrain de volley et une salle de cinéma.

Un triste jour de juin 1962, tout ce beau rêve s'est écroulé, il fallait utiliser le pont aérien pour rapatrier les fonctionnaires avec une petite valise de cinq kilos pour chacun comme tout bagage. C'est ainsi qu'un matin de septembre 1962, je me suis réveillée en gare de Metz en ayant laissé derrière moi tout ce que j'avais de plus cher, parents, amis, maison que l'on a fermée sans prendre la clé. J'avais encore en tête cette ambiance de terre brûlée.

Entre temps, en m'intéressant à ma nouvelle vie, j'avais un jour pris connaissance du lieu géographique où j'allais habiter : Metz "bassin minier" climat rude, ainsi que de la communauté juive. Une amie m'avait annoncé gentiment que j'allais me régaler de choucroute et de boulette de mats (difficile à avaler la première fois). Il s'avère que cinquante ans après, c'est le couscous qui a gagné ses lettres de noblesse.

Voici un petit préambule pour vous indiquer dans quel état d'esprit je pouvais me trouver en gare de Metz ce matin de septembre 1962, c'est-à-dire avec un peu de stress qui commençait à m'envahir.

Donc je sors de la gare forcément, je détaille la façade en me disant c'est imposant, mais mon D., que l'architecture est teutonne ! Après je suis arrivée devant la poste, j'ai fait la même réflexion, pour arriver à la conclusion que je ne resterai pas plus d'une année scolaire à Metz. J'avais un peu le spleen mais comme par bonheur j'avais un caractère optimiste, j'ai continué à marcher jusqu'à la permanence du syndicat des Instituteurs où j'ai été accueillie par le Président, M. Darois, charmant et plein d'humanité, il m'a tout de suite conduite vers le foyer Carrefour, où j'ai obtenu une coquette chambre. Il m'a également confirmé mon poste à St Eucaire, et à partir de ce moment là tout m'a semblé plus facile.
Je me suis empressée de demander deux jours de congé pour Yom Kippour et le lendemain j'ai eu la visite de mon inspecteur, M. Terré, s'excusant de m'avoir nommée dans une école confessionnelle et il m'a changée d'école, et transférée à St Vincent. Il m'a inspectée et pour mon bonheur, j'ai eu droit à une promotion au choix.

Si aujourd'hui je me suis merveilleusement intégrée à Metz, c'est qu'il m'a été donné de faire des rencontres exceptionnelles quand à la générosité et la grande qualité humaine des personnes. Un matin, on m'a appelé au secrétariat du Foyer. C'est une femme très sympathique et pétillante, un vrai amour et comble de chance, elle était algéroise et avait épousé un messin. C'était Micheline Rheims, une grande sympathie a fonctionné entre nous, elle est devenue ma meilleure amie, elle m'avait même proposé de me loger et de me prendre comme répétitrice pour ses enfants Sophie et Dominique.
J'ai encore eu une grande joie quelques jours plus tard à l'occasion d'un repas WIZO où j'avais proposé mon aide. Je suis tombée en arrêt devant mon ancienne professeur de philo en Algérie, madame Ivanier elle était en poste à Metz à l'Ecole Normale. Quelle joie de nous retrouver, nous sommes restées longtemps amies. Elle a écrit un livre où elle m'a dédié un petit paragraphe.
Toutes ces rencontres et encore bien d'autres ont fait que mon adaptation s'est faite en douceur. Je leur suis infiniment reconnaissante, même si par moment, la blessure et la nostalgie remontent violement, mais cela aussi se gère.

Pour conclure, je voudrais rendre un vibrant hommage à mes beaux-parents qui m'ont accueillie avec beaucoup de chaleur, de gentillesses, sans aucun préjugé ni a priori.
La suite de ce conte, vous la connaissez : "ils s'aimèrent, se marièrent, ils furent heureux et eurent trois beaux enfants et cinq petits enfants".


4 ans et demi. Trois mots, trois images, trois flashs :
des bonbons, une tente, une poupée
par Chantal SEBBAK LEVY

D'abord et surtout, je revois ces bonbons et ces chewing-gum dans une corbeille, offerts par une hôtesse de l'air. Il y en avait plein, je pouvais prendre tout ce que je voulais. Seule image de cet avion.

La tente, en fait il y en a plusieurs, les unes à côté des autres. Elles sont immenses, remplies de monde, on y tient debout.

La poupée, c'est une dame que je ne connais pas qui me la donne pour aller jouer. La pièce est très grande, très haute, sombre avec un grand bureau. J'ai appris plus tard que j'étais en colonie de vacances en France (mais où ?). Cela permettait aux parents de laisser leurs enfants loin des tracas quotidiens et ainsi de pouvoir aller et venir plus tranquillement à la recherche d'un travail et d'un logement.

Un autre souvenir me revient. Celui-là est bien plus tangible. Je revois un appartement. C'est celui de mes grands-parents, à Paris. Il était loué à une dame et à son petit garçon. Alors, pendant un temps, nous avons cohabité. Eux étaient dans une chambre. Nous, c'est-à-dire mes deux grands-mères, ma mère, mon frère et moi étions dans la deuxième. Nous partagions la pièce principale et la cuisine, que nous utilisions une fois eux, une fois nous. Il n'y avait pas de salle de bain. Les WC étaient sur le palier. Le petit garçon avait un jouet magnifique, un château fort avec des personnages. Nous y jouions tous les trois, le petit garçon, mon frère et moi. Je me rappelle de magnifiques batailles.

Mon grand-père et mon père sont venus après, quand on a pu récupérer la deuxième chambre, au départ de la dame et de son petit garçon.

Voilà, ces moments qui reviennent à ma mémoire, mais que l'on n'évoque jamais.

Lorsque j'ai voulu interroger mes parents sur les conditions de notre départ, ce fut silence radio : "c'est loin tout ça", "on ne s'en souvient pas", "on est parti, on a tout laissé". Et ensuite, cette réponse de mon père, exprimée avec beaucoup de difficultés : "nous, on a eu de la chance de partir en avion. On partait, c'était fini. Mais pour ceux qui sont partis en bateau, c'était terrible. Il y en a qui n'ont pas supporté .... ils ne sont pas restés sur le bateau... tous ne sont pas arrivés en France..."

En parler aujourd'hui reste encore une épreuve. Mes souvenirs sont loin d'être précis. Je commence seulement maintenant à prendre conscience de cet événement. Mais je pense qu'une étape vient d'être franchie. Des questions arrivent... Ces images vont-elles me permettre d'écrire une suite avec l'aide de mes parents, lorsque les réponses seront peut-être possibles...


Avec mes parents en Algérie

Moi, fillette en France

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