50ème anniversaire de l'arrivé de nos frères d'Algérie - 3
Brochure éditée par la Communauté israélite de Metz


Souvenirs
par Jacob BENCHETRIT,
natif de Colomb-Béchar, Administrateur honoraire de la C.I.M.

Je me propose de retracer l'historique de mon village et la vie quotidienne qui s'y déroulait. Ces quelques souvenirs ne couvrent qu'une période que l'on peut déterminer de 1930 à 1962 et de façon non exhaustive. Bien sûr, il y a des lacunes et des "trous de mémoire".

Historique

C'est en 1904 que le Ksar de Béchar fut "conquis" par les Français. L'officier français qui y pénétra en premier à la tête de son détachement de légionnaires, s'appelait Colomb. Son nom fut accolé à Béchar qui deviendra Colomb-Béchar jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962 (1er juillet).
Colomb-Béchar est situé à la verticale d'Oran, aux portes du Sahara occidental à une soixantaine de kilomètres de la frontière marocaine, proche de la région de Tafilalet.

Les Français installèrent un poste militaire avancé afin de surveiller les confins et la frontière jouxtant le Maroc et réduire autant que faire se peut les incursions de bandes incontrôlées qui sillonnaient la région, razziant et détroussant caravanes et voyageurs.

Colomb-Béchar était le chef lieu du département que l'on dénommait "territoire militaire d'Ainsefra" et était le siège de l'autorité militaire. Il deviendra par la suite le département de la Saoura avec Préfet et administration calquée sur le modèle métropolitain.

La présence française incita et poussa bon nombre de juifs originaires de Tafilalet (Maroc) à venir s'installer autour des casernements militaires pour travailler et se fixer. Au fur et à mesure le "Ksar" (1) se transformait en devenait bourgade et ensuite ville. Métropolitains, Espagnols, juifs et autres ethnies y affluèrent. On comptait 280 à 300 familles juives en 1939.

Colomb-Béchar se développait rapidement. Une vie administrative et économique intenses s'organisaient grâce au chemin de fer reliant Colomb-Béchar à Oran. L'hôpital militaire "Yves Quemener" et le dispensaire soignaient sans distinction toute personne qui se présentait. Un hommage particulier aux médecins militaires Céard et Esnault qui soignaient leurs malades à base de différentes herbes qu'ils cueillaient dans les environs et qu'ils confectionnaient en potions et tisanes.

La plupart des commerces étaient tenus par des Juifs. Ces commerçants pratiquaient le troc : produits manufacturés et de première nécessité, en provenance du nord grâce au chemin de fer, contre dattes et artisanat local. Le commerce était florissant entre Colomb-Béchar et le sud saharien (région du Touat qui fut longtemps habitée par des Juifs. Il semble que ces Juifs islamisés de force par la suite étaient des exilés de la première destruction du Temple. Ils avaient trouvé refuge dans les vallées verdoyantes et des palmeraies).

Vie quotidienne

La population juive était considérée comme les indigènes du cru. Il n'y avait pas encore d'état civil. Par la suite, nombreux furent pour la plupart, dans l'obligation de régulariser leur situation (le décret Crémieux n'a été appliqué que bien plus tard).
Les enfants étaient scolarisés à partir de 6 ans. Garçons et filles avaient leurs propres classes. Il n'était pas question de mixité. Juifs, Arabes, Français et autres fréquentaient la même classe. Au-delà du certificat d'études primaires, les jeunes juifs prenaient le chemin de l'apprentissage. Rares étaient ceux qui poursuivaient leurs études. Les éducateurs venaient pour la plupart de métropole.
De nombreux juifs occupaient des emplois subalternes dans l'administration (police par exemple). Les administrations étaient coiffées par l'autorité militaire. Des officiers assumaient les diverses fonctions municipales, etc. Comme nous les connaissons aujourd'hui.

Cependant, à partir d'octobre 1941 (loi de Vichy sur les Juifs), bien qu'"indigènes", les Juifs furent contraints de se faire recenser. Les jeunes âgés de 18 ans et plus furent envoyés dans les "chantiers de jeunesse".
Le débarquement des Américains en Algérie (8 novembre 1942) a mis fin aux mesures qui devaient être appliquées aux Juifs en rapport avec les lois de Vichy.
Beaucoup de jeunes ont été incorporés dans l'armée. Certains ont participé au débarquement (Ile d'Elbe, Corse, Provence, Côte d'Azur). Tous sont rentrés sains et saufs dans leurs foyers à la fin de la guerre (8 mai 1945).

Je disais donc que Colomb-Béchar connaissait un grand essor. Le commerce et l'artisanat étaient l'affaire des Juifs. Tous les corps de métier étaient représentés : bijouterie, boucherie, cordonnerie, menuiserie, tailleurs, forgerons et ferblantiers, et j'en oublie.
La vie quotidienne s'articulait en deux pôles : parnassa (subsistance) et spiritualité.
Cinq lieux de prières (synagogues) existaient. Leur fréquentation ne posait pas de problèmes. Chaharith, Min'ha et Maariv ne souffraient pas du manque de myniane. Bien entendu, Shabath et solennités étaient suivis avec ferveur. On désignait ces synagogues par le nom de famille de leur propriétaire : Synagogue Asseraf, Azeroua, Benichou, Béniath et Tordjmann.
Les rabbins qui officiaient assuraient également l'éducation religieuse (kodech) jusqu'à la bar-mitzwah. Certains transmettaient leur savoir bénévolement.

Une branche de la famille issue de Rabbi Yaacob Abouhassera vint s'installer à Colomb-Béchar. Il s'agit de Rabbi Chalom (za"l), mohel (circonciseur) également, Rabbi Yossef (son frère) et leur cousin Rabbi Israël (za"l). La présence de cette illustre famille Abouhassera a été bénéfique puisque la Kehila (communauté) ne cessa de se renforcer et de grandir.
On peut citer les noms de quelques familles Béchariennes pour mémoire : Abbou, Abouhassera, Aboukrat, Amar, Amselleme,Asseraf, Assouline, Azerout, Azoulay, Banarrouche, Benchetrit, Benhamou, Benitah, Bensemhoun, Cohen, Dahan, Layani, Melka, Sebban, Touboul, Tordjmann, Zenou,… et bien d'autres.
Il n'y avait ni ghetto, ni Mellah à Colomb-Béchar, européens, juifs et arabes (évolués) cohabitaient ensemble sans distinction. Une entente idéale existait basée sur le respect et la confiance.

Une petite anecdote pour clore ces quelques bribes de souvenirs. Le saint honoré de Colomb-Béchar s'appelle Rabbi Schlomo Bar Berréro (za"l), (probablement d'origine espagnole, le saint homme voyageait vers le Touat où vivait une communauté juive, pure hypothèse de ma part). Le Créateur le rappela à lui dans cette région (date non déterminée). Un jour, un goy pressé par un besoin naturel, urina sur un petit tertre, là où était enterré Rabbi Schlomo. L'indigène fut statufié sur place. Rabbi Schlomo se manifesta en rêve à un Juif et se fit connaître en indiquant le lieu de sa sépulture par la présence de l'indigène. L'arabe fut libéré de sa position.
Les Juifs élevèrent une Matzéva (pierre tombale)et créèrent un cimetière tout autour. Ce cimetière est en passe d'être rasé pour faire disparaître de toute trace de la présence juive dans la contrée.

Le mot d'ordre des fellagas était le suivant : "la valise ou le cercueil". Les juifs de Colomb-Béchar, dans leur totalité, ont préféré la valise.

Le destin a voulu qu'après avoir séjourné six années (1962-1968) à Toulouse, ma famille a planté sa tente à 6 Metz.

(1) Des ruines subsistent encore près du cimetière juif. Mon père (za"l) m'a raconté que lors d'un voyage qu'il effectua en 1934 dans le Touat, il trouva dans un Ksar (Tamenti) des Matzévoth (pierres tombales) dans des maisons arabes.    Retour au texte.


Témoignage : Elie ABOUKRAT
Propos recueillis par Yolande COHEN

Abraham Aboukrat, Jacob Touitou, Elie Aboukrat, Michaël et Olivier.
Elie Aboukrat, originaire d'Oran, n'a pu prendre l'avion qu'à la dernière extrémité, le 1er juillet 1962, jour du vote des Algériens. Il était accompagné de Chalom Tordjman. Ils avaient attendu quatre jours à l'aéroport ; dix mille personnes
munis de numéros attendaient d'embarquer.
L'avion dans lequel ils purent enfin monter était à destination de Bordeaux. A leur arrivée dans cette ville, ils prirent le train qui devait les mener à Metz, où ils furent accueillis par M. et Mme Raymond Franck et rejoignirent leurs familles qui se trouvaient déjà à Gorze.

La famille Aboukrat a ensuite habité 25, rue de Pont-à-Mousson, immeuble de Messieurs Roger et Gaston Lévy, qui abritait aussi les familles Lévy-Marceau, Touitou, Bénichou, Soudry Benhamou, Sebban.

L'hiver 1962-63, particulièrement rigoureux, a été dur à vivre pour ces personnes habituées au doux climat d'Algérie.

La plupart des commerces en Algérie étaient tenus par des Juifs ; il était difficile pour eux, en arrivant à Metz, de s'approvisionner en viande et en produits strictement cachers.

La Communauté de Metz avait sollicité les coreligionnaires susceptibles d'offrir des emplois. C'est ainsi qu'Abraham Aboukrat a travaillé aux Ets Ury place St Nicolas et Elie chez Lévy-Alem de 1962 à 1964, ce qui leur permettait de respecter le Shabath.

Après son service militaire, Elie Aboukrat apprit le métier d'électricien. M. et Mme Aboukrat ont ensuite emménagé rue Hannaux.

M. Maman a créé un office sefarade au centre communautaire, d'abord animé par M. Aboukrat, puis par M. Pinto.


Témoignage : Viviane TANDOWSKI
Propos recueillis par Yolande COHEN

La famille Lévy, de Bône (Constantinois) était composée de Marceau et Marie Myriam et de leurs trois enfants Viviane, alors âgée de 18 ans, Louis et Chantal.

Madame Lévy a fait chaque jour durant deux semaines la queue pour acheter les billets pour le bateau qui devait les amener en France. Ils avaient presque perdu l'espoir d'y parvenir.

Enfin, le jour du départ arriva. Leur destination devait être Paris où les bagages avaient été expédiés quelques mois plus tôt.

Arrivés à Marseille, des responsables de la Croix- Rouge leur ont demandé où ils comptaient aller. Ils leur ont montré des photos de différentes villes qui pourraient les accueillir. Une de ces photos représentait Metz (la porte Serpenoise) que reconnut aussitôt Marceau Lévy, qui avait fait son service militaire dans cette ville et savait qu'il y avait une grande communauté juive.

Arrivés à Metz, ils ont été chaleureusement accueillis par des responsables communautaires, dont Cloclo et furent d'abord hébergés à Gorze.

Mariage Viviane et Israël Tandowski
Ils emménagèrent ensuite au 25, rue de Pont-à-Mousson, dans un immeuble mis à la disposition des réfugiés par Messieurs Roger et Gaston Lévy.
Au rez-de-chaussée vivait la famille Soudry, au premier M. et Mme Mardochée Sebban et leurs enfants, au 2ème la famille Lévy et la famille Bénichou. Au 3ème, l'appartement de la famille Touitou dans lequel se trouvait la Synagogue, et au 4ème M. et Mme Aboukrat et leurs enfants.
Des dames de la Communauté leur apportaient tous les matins des bidons de lait et le vendredi, des brioches pour le Shabath.
Des vêtements leur étaient également distribués.

Marceau Lévy, coiffeur, trouva rapidement un travail au Salon de coiffure de la Gare. Viviane, qui avait fait son apprentissage dans la coiffure, travailla chez Coiffure Henri. Ils se sont alors mis en quête d'un appartement et ont habité quelque temps rue Tour aux Rats.

Viviane fut la première rapatriée à se marier. Elle épousa Israël Tandowski le 18 août 1963 en la Grande Synagogue. Le traiteur était David Tordjman.

Viviane mariée, la famille Lévy a déménagé à La Patrotte.


L'accueil de nos frères d'Afrique du Nord s'inscrit dans la
tradition d'hospitalité de la Communauté de Metz
par Brigitte COHEN-HAENEL

A chaque événement dramatique, je garde le souvenir d'une kehila qui a su donner une réponse adéquate aux personnes en difficulté.
De plus, je suis née dans une famille où l'aide aux personnes faisait partie du quotidien et où le prochain s'asseyait à notre table.
De surcroît, j'ai fréquenté l'école juive de Metz et les enseignantes, Mlle Blajmann, Mmes Franck et Alexandre ont su nous sensibiliser à autrui et celà je m'en souviens très bien malgré mon jeune âge à l'époque.

Ainsi, lors du tremblement de terre d'Agadir, une vente de bijoux fantaisie avait été organisée par Nicole Franck pour venir en aide aux victimes.

Lors de la guerre des 6 jours, lecture de Tehilim (Psaumes) lors des cours d'instruction religieuse dans les écoles et une prière pour Israel : "Vers toi, j'élève mes yeux, d'où peut venir le secours, c'est de D. qu'il vient, lui qui a crée le ciel et la terre...". Guerre de Kippour, vente de photos du Kotel (Mur des Lamentations) avec collecte de sensibilisation parmi les jeunes.

L'arrivée des familles d'Afrique du Nord n'a pas échappé à ce genre de manifestations mais on les accueillit comme des frères et la notion de tsedaka (bienfaisance) n'apparaissait pas car c'était tout simplement le rassemblement de la famille.
De mémoire d'enfant (9 ans à l'époque), on nous expliquait leur départ précipité sans pouvoir rassembler tous leurs biens et souvenirs.

J'avais accompagné Maman plusieurs après-midi à la communauté où un vestiaire était organisé. Dans la partie gauche à l'entrée, des portiques étaient installés et je voyais mes anciens vêtements suspendus...
J'ai éprouvé de la joie lorsque j'ai vu mes vêtements portés par les enfants du Talmud Torah et sans recommandation particulière, je ne faisais aucune observation.

Un événement principalement a bouleversé de façon positive mon enfance. J'avais décidé que je n'avais plus besoin de jouets et qu'il fallait les offrir aux petites filles. Ainsi, ma belle épicerie de couleur blanche avait été donnée ainsi que la cuisine (petits meubles avec du lino au sol).

L'autre souvenir, c'était de rendre visite avec mes parents et Gilbert, mon frère, dans cette grande maison route de Pont-à- Mousson où étaient logées les familles, et que Monsieur Gaston Lévy avait mis immédiatement à disposition. Aucune lamentation, les familles racontaient simplement et, avec le peu qu'ils avaient ils nous recevaient comme quoi de part et d'autre, l'on se percevait, comme des membres de la même famille.
Mme Nakache était la spécialiste des orangettes et je l'ai retrouvée une vingtaine d'années plus tard à
Kippour au myniane du foyer culturel Myriam Zana à Paris où elle racontait à son frère, M. Benhamron le bon accueil reçu à Metz en 1962.

On connaissait Enrico Macias et on découvrait qu'il était en parenté avec certaines familles. Après, on se retrouvait au Talmud Torah, plus tard aux cours de religion à l'école qui nous réunissaient même si on n'était pas dans la même classe (merci le Concordat). Ainsi, j'étais amie avec Josette Bénichou, Marie Louise Aboukrat.

Là où j'ai renoué avec la communauté sépharade, ce fut pendant mes années Bné Akiva dans les années 70. La majorité des havérim étaient du minyan sépharade, dont les familles Sebban, et les plus fidèles, les familles Pinto (Johny, Patricia...) et les enfants Touitou Emmanuel, Pascal et Joël). Je venais les chercher alors qu'ils terminaient leur couscous et c'est bien volontiers qu'ils venaient à l'Oneg Shabath.
C'est là que j'ai appris des expressions clés : ne pas < dire "c'est interdit" ou "assour" mais préférer "c'est péché"... et on était sûr d'être obéi. On a eu l'occasion
d'apporter des mishloah manoth au Home Israélite et au cours de ces visites, une dame très affable, Mlle Lévy, nous racontait avec mélancolie qu'en 1962, elle aurait voulu faire son alya mais qu'elle dépassait alors un âge limite, ce qu'elle a toujours regretté.

Pour clore ces modestes souvenirs, je pense qu'il faut rendre hommage à la Société de Bienfaisance de la Jeunesse Israélite (qui distribuait entre autres des bons de viande) et à la Société d'Entraide des Dames israélites qui a toujours su répondre présent pour subventionner le départ d'enfants en vacances.


1962-2012, cinquante ans déjà
par Nicole FRANCK

Les enfants de 1962... cinquante ans plus tard.
1962, fin de la guerre d'Algérie. Arrivée des Pieds noirs d'Algérie, et parmi eux de nombreux juifs vivant depuis des siècles dans ce pays. La communauté juive de France se mobilise pour accueillir ses frères. Tous voulaient rester dans le Midi, pour y retrouver la chaleur et des amis, ou aller à Paris.

Un comité d'accueil à Marseille a commencé à les disperser dans toutes les communautés de France, sans leur laisser le choix. Raymond (za"l), en tant que directeur administratif de la Communauté de Metz, était en rapport avec les services compétents, et pendant quelques jours, nous allions à tour de rôle sur le quai de la gare, pour recevoir des juifs qui resteraient à Metz. Un matin, il a été prévenu d'une arrivée en groupe. Je crois qu'ils étaient ce jour là, 38 hommes, femmes, enfants et vieillards (Aboukrat, Benichou, Tordjmann, Touitou…). Il a immédiatement organisé leur accueil, Mme Dreyfus et moi, et ? étions sur le quai, et avons accompagné par autocar toutes ces personnes tristes et désemparées, vers le centre communautaire, où un repas leur fut servi. On fit un centre médical à l'hospice, où un médecin les examina tous, et je crois que Raymond les reçut pour connaître la situation de chacun afin de les aider par la suite dans leurs démarches administratives. (L'un d'entre eux donna comme profession : prieur sur
les tombes !)

Mais où les loger ? Rapidement la décision fut prise d'ouvrir la colonie de vacances de Gorze, et comme je n'avais pas charge de famille, je devais rester avec eux là-bas pour les aider, les installer, les écouter et organiser la vie de la maison. On partit le soir même. Je me souviens avoir proposé aux femmes de faire un couscous pour le vendredi soir, ce qui déclencha de vives discussions, car chacune préférait sa recette, et on changea le menu. Pendant ce temps, on cherchait des solutions d'hébergement à Metz. Monsieur Gaston Lévy (za"l), mit à disposition une grande maison qu'il devait rénover pour la vendre, et bien des familles furent installées là, à Montigny, d'autres appartement furent trouvés, et la communauté se mobilisa pour trouver tout ce qu'il fallait en meubles, habits, nourriture…, et même prothèse dentaire ! Il y eut un immense élan de solidarité.

Je me souviens aussi comment le Grand Rabbin Dreyfus réunit tous les adultes rue Paul Michaux pour leur expliquer comment s'organiser sur le plan cultuel et pédagogique. Il leur expliqua, qu'ils devraient garder leurs rites et qu'on leur donnerait une salle pour faire des offices sefarades. Pour l'éducation, il leur laissa le choix, soit de donner un enseignement séparé, selon le rite sefarade, soit de les intégrer au Talmud Torah de la communauté.
En fin psychologue, il les avait valorisés, car ils choisirent le Talmud Torah de la ville, afin que leurs enfants connaissent rapidement d'autres enfants de la communauté.

Plus tard, les membres de ce groupe me dirent combien ils avaient pleuré quand on leur avait annoncé qu'ils devaient aller à Metz, dans le nord et le froid, mais qu'ils n'imaginaient pas avoir une telle chaleur dans notre accueil.
Les autres arrivèrent petit à petit, des institutrices, ou autres fonctionnaires qui s'intégrèrent facilement, ayant un poste.

Lorsque le premier enfant algérien naquit à Metz, Daniel Bénichou, je fus choisie comme marraine, et une grande fête eut lieu dans cette maison de Montigny.
Je crois que la communauté de Metz peut s'honorer d'avoir redonné courage à ses frères déracinés et avoir tout fait pour qu'ils s'intègrent à la vie de la communauté tout en gardant leur spécificité.

Fax-similé d'un document de l'époque

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