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Notre problème fut donc résolu autrement, ce qui nous permit de faire notre entrée à Wintzenheim de façon pittoresque et bien peu conventionnelle. Nous sommes arrivés dans le camion qui transportait notre lit revu et corrigé. Madame P. fit encore une tentative pour se rendre "utile" (et pouvoir en informer la communauté). Elle envoya une jeune fille nous demander si nous avions besoin de quelque chose. Incorrigible optimiste je demandais si elle pouvait nous prêter un fer à repasser, le nôtre ne convenait pas à Wintzenheim. Je n'eus jamais de réponse. Cette fois j'avais compris la leçon. Quand, quelques jours plus tard, j'engageai une femme de ménage du village, je lui expliquai sur le ton le plus grave qu'il ne se passait rien de spécial chez nous mais que si elle voulait garder sa place il était indispensable qu'elle n'informe personne de ce qui s'y passe. Elle était intelligente et comprit.
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Que faire ? Jusqu'à présent, j'avais profité de ces vacances pour sortir avec les jeunes de la communauté, en montagne. Ils étaient ravis, et moi aussi. Derrière moi il y avait des "vacances" studieuses ( dès la première année d'université, j'avais présenté deux examens de licence) et devant moi la perspective de "vacances" limitées par l'arrivé des premiers enfants - du moins, je l'espérais -. Je renonçais donc aux sorties, et me contentais de réunir la jeunesse chez nous. C'étaient en majorité, des enfants de familles pratiquantes, élevés dans des foyers modestes, par des parents que le travail ne rebutait pas. Dans la mesure du possible, les enfants aidaient leurs parents. Une enfant unique, au lieu d'être gâtée, avait l'entière responsabilité de la livraison des marchandises. Peu importe quel temps, et même lorsque le gel rendait les routes glissantes, elle devait prendre son vélo et porter les colis chez les clients des environs. Nos réunions étaient pour ces jeunes une joie nouvelle et rare. Ils confiaient ce bonheur, comme on raconte l'éclosion d'un amour, à leur "journal", qui devenait - comme me le raconta un père, plus habitué à la langue allemande qu'au français, - un "Nachtbuch" (Jeu de mots: jour (nal) et nuit (Nacht). La réputation - bonne ou mauvaise - dépend parfois de peu de choses. Je dois la mienne à une recette de la "Semaine de Suzette" qui m'avait permis de fabriquer des bonbons, que nous mangions joyeusement. Les parents furent informés de mon talent. Les braves mamans qui cuisinaient de façon remarquable, mais n'avaient jamais fait de bonbons, furent subjuguées par les récits admiratifs de leur progéniture. Et c'est ainsi que je fus classée parmi les bonnes cuisinières.
Il y avait, hélas, d'autres aspects du rôle de rabbine, qu'il me fallut assumer. Le plus difficile m'attendait : rendre les derniers devoirs. En principe, les jeunes femmes laissent ce soin aux femmes âgées, qui ne sont plus susceptibles d'être enceintes ou en état d' "impureté" . Mais à W intzenheim, les femmes d'âge mûr s'étaient bagarrées à l'occasion d'un deuil, et c'était un vrai concours d'absentéisme. Que faire ? Je décidai de demander à certaines femmes de venir avec moi, et de me montrer ce qu'il fallait faire, précisant que la prochaine fois un autre groupe m'accompagnerait. Elle n'osèrent pas refuser, et c'est ainsi que je les aidai pour la première fois à faire la "Tahara" (purification). Pas de chance : le cas était exceptionnel. La pauvre femme dont nous avions à nous occuper était morte de gangrène, et ne pouvait pas être purifiée selon la façon habituelle. Je rentrais chez moi, malade, poursuivie pendant quelques jours par l'odeur de pourriture. Mais la leçon avait été comprise, et d'elles-mêmes, les femmes décidèrent que c'était à elles de s'occuper de la "mitzwa".
J'allais voir les malades, les vieilles personnes handicapées, et essayais de les intéresser par des récits qui puissent occuper leur esprit, leur remonter le moral, ou encore, je les faisais parler de leur jeunesse, du Wintzenheim d'autrefois, si vivant, si joyeux.
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Quelques années plus tard, quand Israël fut créé,
la société sioniste changea ses statuts et s'accrocha à
la WIZO : Société internationale des femmes sionistes. De longues
discussions précédèrent cette création. Je fus
invitée à la première qui ne groupait que des officielles,
des V.I.P, en quelque sorte. A la fin de la session, l'oratrice, envoyée
par Strasbourg, conclut qu'il fallait maintenant intéresser le grand
public, et inviter les femmes françaises de Colmar et environs. J'étais
encore très timide à l'époque, mais laisser passer sous
silence ce qui m'indignait aurait été de la lâcheté.
Je ramassais mon courage, et demandais la parole: "Pourquoi n'inviter
que les femmes françaises ?" Silence embarrassé de la présidente.
Puis, la réponse peu convaincante : "Elles ne comprendront pas
le français". Moi : "en ce cas, elles ne reviendront plus,
mais c'est d'elles que viendra la décision". Il fut donc admis
que toutes les femmes inscrites à la communauté seraient invitées,
et bien entendu, les femmes polonaises (c'étaient elles qui étaient
visées), furent les plus actives et les plus chaleureuses militantes.
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