Gunter Deming par Claude Truong-Ngoc


Les Stolpersteine (pluriel du mot allemand Stolperstein et signifiant "pierres d'achoppement", c'est-à-dire les "pierres sur lesquelles on trébuche", ou "pavés de mémoire", sont une création de l'artiste berlinois Gunter DEMNIG. Le 12 décembre 1992, il pose illégalement le premier pavé devant l’Hôtel de ville de Cologne : un pavé avec l’ordre de déportation de Himmler concernant les Tsiganes, gravé sur une plaquette de laiton qui le recouvre. En 2020 il y en aura plus de 75 000 en Europe ; c'est le plus grand mémorial décentralisé du continent. 

Ces pierres dites "d’achoppement" ne font trébucher personne, elles invitent à se pencher sur le passé. Chaque pavé de laiton doré est gravé : le nom, l’âge et le sort de la victime y figurent, il est incrusté dans le sol devant le dernier domicile, parfois le dernier lieu d’activité de celle-ci. Ce sont des pavés de béton ou de métal de dix centimètres de côté enfoncés dans le sol. La face supérieure, affleurante, est recouverte d'une plaque en laiton qui honore la mémoire d'une victime du nazisme. Chaque cube rappelle la mémoire d'une personne déportée dans un camp de concentration ou dans un centre d'extermination.

L’Alsace a tardé à se joindre au mouvement, mais le retard est en passe d’être rattrapé. Car un historien alsacien a décidé de tenir le haut du pavé national. Christophe Woehrlé, docteur en histoire contemporaine, conduit cette démarche, convaincu qu’il est de "sa portée tant mémorielle que pédagogique ".

L’association Stolpersteine en France qu’il préside facilite le lien entre l’artiste et les demandeurs. Mieux, elle propose d’effectuer un travail de recherches sur les victimes et des actions pédagogiques autour de leur parcours. "Il n’y a aujourd’hui plus de pose de pavés sans vérification historique en Alsace, que ce soit de ma part ou de l’association Stolpersteine 67", explique-t-il. Les demandes émanent surtout de familles qui sollicitent directement la Fondation Spuren Gunther Demnig, propriétaire du concept, au sujet d’un ancêtre. Au préalable, il convient impérativement d’obtenir une autorisation de pose des autorités locales.

Principe immuable, chaque Stolperstein doit être parrainé par une personne se chargeant de son entretien. Comme le laiton s’oxyde, il faut le polir au moins une fois par an et le nettoyer pour que les inscriptions demeurent visibles. A Muttersholtz, par exemple, des enfants de l’école élémentaire du village se sont vus confier cette mission. A Strasbourg, le polissage est collectif et citoyen : à l’invitation de l’association Stolpersteine 67 et à l’initiative d’un collectif de Kehl, il a lieu en novembre, chaque veille de la Nuit de Cristal.

Partout en Alsace, la quasi-totalité de ces pavés de la mémoire rappelle le sort tragique de victimes de la Shoah. "Les consistoires sont aujourd’hui en soutien total de l’initiative, mais cela n’a pas été toujours évident au départ", signale Christophe Woehrlé. A Strasbourg par exemple, le consistoire a longtemps été réticent, avant l’arrivée du grand rabbin actuel Harold Weill. "Nous sommes convaincus de la force mémorielle des pavés", assure de son côté Laurent Schilli, du Consistoire Israélite du Haut-Rhin. "Il y a un aspect presque philosophique derrière chacun d’entre eux et le développement des poses est une excellente chose."

Les premiers Stolpersteine ont été posés en Alsace au printemps 1919 :


Les pavés de mémoire à Muttersholtz, 30 avril 2019

La quasi-totalité des poses de Stolpersteine, les pavés de la mémoire, en Europe a été suspendue en 2020 en raison de la pandémie. Mais le projet a été renouvellé en juin 2021 :

Sources :

- Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stolpersteine
- Ami Hebdo : https://www.ami-hebdo.com/stolpersteine-lalsace-pavee-de-bonnes-intentions/
- L'Alsace : https://www.lalsace.fr/culture-loisirs/2021/06/08/diaporama-a-neuf-brisach-des-stolpersteine-pour-ne-jamais-oublier-ces-familles-juives-deportees


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