I°- LA SITUATION AU DEBUT DE DECEMBRE
Dés le début des hostilités, la population de Strasbourg et de certains centres , villes ou villages du Bas-Rhin a été évacuée doffice. Partis d'autres lieux de la même Région où lautorité militaire navait pas cru devoir prendre pareille mesure, bien des gens se replièrent volontairement. LAdministration avait prévu des centres de correspondance, mais lémigration volontaire sétendit aussitôt sur tout le pays.
Dans la mesure où le repli était organisé administrativement, on imagine les difficultés qui se présentèrent, à lheure même où le pays vivait le grand drame de la mise sur pied de guerre. Limprovisation fut fréquente et linitiative privée dut aussitôt répondre aux besoins immédiats.
La population de la Basse-Alsace et les oeuvres de nos communautés subirent le sort commun. La sollicitude des pouvoirs publics, de merveilleux dévouements essayèrent d'apporter quelque adoucissement à leur situation morale et matérielle. Mais le problème offrait, en ce qui les concerne, de particulières difficultés. Minorité perdue dans la masse, leur dispersion était extrême. Beaucoup de familles étaient isolées et difficilement accessibles. Les chefs de nos communautés, les membres des conseils dadministration de nos uvres étaient mobilisés ou disséminés à travers le pays. Nos rabbins, réduits au nombre de deux, en dehors de lAlsace, essayaient péniblement de reprendre le contact perdu, Le Grand-Rabbin du Bas-Rhin avait été mobilisé avant même la déclaration de guerre
Deux institutions avaient, à peu près seules, prévu un lieu de repli. Le Secrétariat du Consistoire Israélite du Bas-Rhin et de la Communauté Israélite de Strasbourg devaient s'installer à ROSHEIM ; la Caisse Centrale à SAUMUR. Certains ont cru devoir critiquer avec quelque apparence de raison cette dernière décision prise par le président, Grand Rabbin de Strasbourg, à la veille des événements. Il apparaît en effet que le grand nombre des évacués doffice devaient être dirigés dans les départements de la Dordogne et de la Haute-Vienne. Il convient cependant de comprendre la nécessité quil y avait de prévoir d'urgence un lieu sûr, avec adresse précise , où, dans le plus bref délai possible, la Caisse Centrale pouvait reprendre son activité. Les responsabilités quexigeait cette activité invitaient le Président à prévoir un endroit où des membres dirigeants de cette organisation devaient eux-mêmes se replier. SAUMUR où devaient de trouver MM. Raymond WEYL et Oscar LEVY, simposait dautant plus que la Banque où étaient déposés les fonds de la Caisse Centrale, de la Caisse des Passants et de lAdministration de la Bienfaisance Israélite de STRASBOURG, fonds peut-être immédiatement nécessaires, se repliait elle-même dans cette ville. Au surplus cette destination n 'était en rien définitive et la Caisse Centrale dirigée par Monsieur le Rabbin MARX, pouvait être déplacée selon les nécessités.
Sur la demande dun Comité daction formé par Madame et Monsieur C. MEYER à LIMOGES, sur le désir de Monsieur le Grand Rabbin de France et en complet accord avec le Grand Rabbin de STRASBOURG, président, la Caisse Centrale se rendit à Périgueux, où elle sétablit 20 rue Lagrange-Chance dés le mois doctobre avec ses cadres administratifs. Dans cette ville, elle devait immédiatement collaborer avec les personnes qui , dès la première heure, avaient manifesté lardeur de leur dévouement.
Pendant le même temps nos oeuvres sinstallaient péniblement : La Clinique ADASSA, transformée en asile pour Vieillards isolés, aux Eysies ; l'Hospice ELISA, à Sarlat ; l'Orphelinat de Jeunes Filles et le Nid réunis à Velines. On doit rendre un particulier hommage à M. CROMBACK, architecte du Gouvernement qui dés la première heure, se dévoua sans compter au profit de cesOeuvres que leurs Conseils dAdministration pouvaient difficilement diriger en raison de leur dispersion.
![]() |
Monsieur Isaïe SCHWARTZ, Grand Rabbin de France, ancien Grand Rabbin de Strasbourg, effectua une première tournée dans ces Régions. Monsieur Lazare BLUM, Président de la Communauté Israélite de STRASBOURG sy rendit également. Monsieur ALEXANDRE, membre du Consistoire du Bas-Rhin, chargé de Mission, les y avait précédés. Monsieur Sylvain LEVY, Secrétaire général du Consistoire du Bas-Rhin et de la Communauté Israélite de STRASBOURG fit de même. Dans limpossibilité où il était de quitter son Secteur, le Grand Rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin avait, dés les premières semaines, délégué madame HISRSCHLER dans la Dordogne pour lui faire un rapport sur la situation.
Monsieur le Grand Rabbin de France, ayant vu les besoins qui s'imposaient lança, au retour de sa tournée, un appel un appel à certaines personnalités Israélites de France, afin de recueillir des fonds qui, versés dabord au secours national, devaient parvenir ensuite à la caisse centrale. Monsieur Lazare BLUM conçut la formation de trois centres cultuels : à PERIGUEUX, à LIMOGES et à LACHATRE. Le premier était dirigé par Monsieur le Rabbin MARX ; le second par Monsieur le Rabbin DEUTSCH; quant au troisième, la question est encore à létude
En quelques endroits, le culte sétait organisé par la volonté de quelques coreligionnaires. À PERIGUEUX, à LIMOGES et en dehors de départements de correspondance, à SAUMUR, à VICHY, à PLOMBIERES, sous la direction de Mademoiselle Laure WEILL et de M.GERSOHEL, vice-président de la Communauté de STRASBOURG ; avec Monsieur Edmond ISRAEL, vice-président du Consistoire , en collaboration avec des personnalités parisiennes ou Vichyssoises, parmi lesquels il convient de citer M.Louis ASCHER ; à SAUMUR avec MM. Oscar LEVY, Raymond WEYL, Raymond BAUMANN, se mettaient travail. A PARIS, Monsieur le Baron Robert de ROTSCHILD, M.Roger OLCHANSKI sur lintervention de Monsieur le Grand Rabbin de France sintéressaient de près à la question. Il convient de rendre un total hommage à tant de dévouements et le Judaïsme dAlsace gardera une infinie reconnaissance à tous ceux qui, en des circonstances dramatiques, lui sont venus en aide morale et matérielle.
Lorganisation cultuelle de la Communauté Israélite de et des communautés repliées du. Bas-Rhin a particulièrement souffert de la dispersion. Le secrétariat de la Communauté Israélite de STRASBOURG a essayé de retrouverles adresses des familles disséminées afin dopérer moralement au moins un regroupement et de faire rentrer les ressources nécessaires au paiement des fonctionnaires. Le résultat fut tout à fait incomplet. Dans ces conditions, lAdministration sest vue contrainte de "supprimer, en principe, le paiement des salaires jusqu'à nouvel ordre", assurant toutefois "qu'elle ne négligerait rien pour faire entrer les cotisations de 1940 et au fur et à mesure que les fonds rentreront, de payer mensuellement à la fin de chaque moins une certaine indemnité ou subvention" (lettres aux fonctionnaires de la Communauté Israélite de STRASBOURG, Décembre 1939).
Au cours de mes déplacements, je me suis assuré quun grand nombre de membres de la communauté de STRASBOURG nont pu être touchés par les circulaires du Secrétariat. On comprend les difficultés qui se sont levées devant 1effort de regroupement tenté par le Secrétariat, mais elles doivent être vaincues par 1adoption dun nouveau système plus direct.
Plusieurs fonctionnaires, ministres-officiants, sho'hetim, se trouvent sans emploi, cependant quen de nombreux endroits, des groupes souvent importants de familles repliées seraient heureuses dorganiser des offices réguliers et le service de la Schechita (abattage rituel).
Lorganisation du culte dans les centres nouveaux formés par nos évacués permettrait :
1) Dopérer le regroupement toujours plus complet de nos dispersés,
2) lemploide nos fonctionnaires,
3) la rentrée du budget nécessaire pour les payer,
4) la création de centres de propagande susceptibles de s'intéresser
à nos institutions de solidarité et de bienfaisance.
De toutes façons, nos administrations cultuelles ont le strict devoir dassurer le culte partout où il est possible au service de nos repliés. On évitera ainsi que certains groupes se forment en associations cultuelles sur la base de la séparation de lEglise et de lEtat, comme ce fut presque le cas à LIMOGES. Une telle solution, contraire au désir du Gouvernement, pourrait comporter de sérieuses conséquences d'ordre financier et moral.
Lorganisation qu'il faudrait mettre sur pied se heurte à une très importante difficulté. La Commission de la Communauté Israélite de STRASBOURG est disloquée et dans son rapport du 6 novembre 1939; M. Lazare BLUM, président de la Communauté faisait savoir ce qui suit :
"La Commission Administrative de la Communauté de STRASBOURG est dispersée pour ainsi dire dans différentes villes de France. En raison de ce fait et étant donné que moi-même, j'ai pris domicile à DINARD, il ne me sera à l'avenir guère possible de gérer les affaires de ce Centre." Il s'agit ici du Centre de PERIGUEUX l'un des nombreux centres formés par nos évacués.
Dans ces conditions, il appartient au Consistoire Israélite du Bas-Rhin de prendre toutes les mesures nécessaires à la permanence du Judaïsme alsacien replié.
| Page suivante |
![]() |