Communautés
juives d'Alsace
en Zone Sud
RAPPORT sur la tournée effectuée par Monsieur le Grand Rabbin HIRSCHLER dans les centres de repliement des populations Israélites de STRASBOURG et du Bas-Rhin (8 au 25 décembre 1939) - Suite

C) PROBLEMES POSES PAR LA DISPERSION DANS LES VILLAGES DE LA DORDOGNE :

a) REGROUPEMENT : L’Administration a prévu la possibilité d’un regroupement des familles israélites dispersées et isolées. Sur la demande de M. le Rabbin DEUTSCH pour la Haute-Vienne, le Préfet s'est même déclaré d’accord pour affecter un village spécial, le Blant, à cet effet.

Si du point de vue théorique ce regroupement est désirable il n'est enfait praticable que pour des familles Israélites tout à fait isolées et à la condition que ces familles, qui souvent sont enfin parvenues à s’installer à peu près convenablement, acceptent de changer de résidence. Ce système, généralisé, serait une erreur psychologique en raison de l’état d’esprit général de la population alsacienne repliée dans les mêmes endroits.

b) ORGANISATION : Dans l’impossibilité où l’on est d'effectuer le regroupement, il convient d’organiser dans les départements de correspondance, un réseau de petites communautés rattachées aux centres cultuels de PERIGUEUX ou de LIMOGES.
Chacune d’elle serait dirigée par un commissaire Président et le service religieux serait effectué par un volontaire accepté par le rabbin du centre cultuel.
Cette organisation commencée par mes soins en Dordogne, doit être effectuée par le Rabbin du centre cultuel.

c) ORGANISATION PHILANTHROPIQUE : Le Commissaire-président doit signaler à PERIGUEUX tous les besoins des familles israélites confiées à sa responsabilité et les difficultés qu’elles pourraient rencontrer auprès des autorités locales.

d) SERVICE de VIANDE RITUELLE : Les centres cultuels doivent étudier le moyen de fournir par le moyen de tournées au moins bi-hebdomadaires, la viande rituelle aux familles israélites dispersées ainsi qu’aux œuvres.
Le prix de cette viande étant parfois trop élevé pour les moyens de nos évacués, la Communauté israélite ou le Consistoire du Bas-Rhin de it envisager la surveillance stricte des prix en vigueur. Actuellement les bouchers paient l’abattage des bêtes et certains profitent de ce fait pour demander des prix trop élevés.

e) ENSEIGNEMENT RELIGIEUX : Absolument impossible dans les circonstances actuelles hors des centres cultuels où se trouvent des rabbins ; il devient praticable dés qu’est mis en vigueur le système des auxiliaires ambulants, proposé par moi à M. le Recteur, comme il est dit plus haut.

D) CENTRALISATION DU TRAVAIL :

Les expériences faites aux différents points où nous avait conduits cette tournée dans la Dordogne, lesconversations privées que j'avais pu avoir avec ceux qui, jusqu’à présent avaienttravaillé au profit te nos évacués, m'ont conduit à proposer une organisation rationnelle de l’oeuvre à accomplir.

Le Mardi 12 décembre ses tint une séance au Siège de la Caisse Centrale à PERIGUEUX. Étaient présents :
Mmes HIRSCHLER, Laure WEILL, Andrée SALOMON, Fanny SCHWAB, CROMBACH, GENDREAU, Dr BLOCH, BAMBERGER, P. WEILL, JACOB et
MM. le Grand Rabbin HIRSCHLER, les Rabbins MARX et DEUTSCH, CROMBACH, Dr Joseph WEILL, LEDERMANN, FULDHEIM.
Excusés: Mme Camille MEYER, MM. Oscar LEVY, Raymond WEYLL, Raymond BAUMANN.
M. le Rabbin DEUTSCH, et Mme Camille MEYER devaient représenter la Région de LIMOGES.

Au cours de cette séance, sur ma proposition, furent prises les décisions suivantes :

1/ Étant entendu qu’il convient en principe que les israélites d'Alsace doivent en premier lieu venir en aide à leurs coreligionnaires d’Alsace, les organisations représentées organisent ce travail.

2/ La Caisse Centrale pour l’Est étant une Fédération de Caisses de secours aux réfugiés d’Allemagne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie et maintenant de Pologne, dans l’Est de la France, conserve ce rôle, établit le contact entre ses différentes caisses qu’elles soient ou nonrepliées, reste en rapport avec les organisations parisiennes, H.I.O. Comité de Coordination, etc. Elle conserve ses cadres.
Il est rappelé que la Caisse centrale n’étant qu’un organisme de centralisation et de compensation n’a pas et ne peut avoir de fortune. Ce que l’on appelle improprement la réserve de la Caisse centrale n’est que la réserve de la Caisse des Passants de Strasbourg, Oeuvre affiliée à la Caisse Centrale.
Dans ces conditions, la Caisse centrale ne saurait avoir la gestion des fonds recueillis pour les évacués d'Alsace et la charge de l’oeuvre à accomplir.

3/ L’œuvre de secours est confiée à l’administration de la Bienfaisance Israélite de STRASBOURG, reconnue d'utilité publique, avec un comité d'action dont la composition sera indiquée plus loin.

4/ Les réserves de la Bienfaisance de STRASBOURG et de la Caisse des Passants de Strasbourg sont mêlées dans une Caisse commune, comme il a été admis depuis le début des hostilités.
Toutefois, pour répondre aux engagements antérieurs de la Bienfaisance, une somme de frs:100.000. est réservée.
Les dépenses affectées auxréfugiés d’Allemagne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie et de Pologne, seront portées sur un livre spécial, aux fins de compensation par le JOINT.

5/ L’Administration de la Bienfaisance israélite de STRASBOURG ainsi modifiée, doit financer toute entreprise décidée par le Comité d’Action dans la mesure de ses possibilités.
Elle rembourse intégralement les dépenses des bureaux qui lui sont affiliés ou qu’elle sera conduite à ouvrir.
Elle est seule à recueillir tous dons ou cotisations pourles évacués israélites de la Basse-Alsace.
Dans ce but , elle organise dans chaque lieu où se trouvent des familles évacuées d’Alsace, un comité affilié dirigé par un commissaire, lequel s’occupe de recueillir des fonds et des effets qu’il dirige sur le Siège de la Bienfaisance israélite de STRASBOURG, 20 rue Lagrange Chancel à PERIGUEUX.

6/ Le travail de l'Administration de la Bienfaisance israélite de STRASBOURG est essentiellement social.

7/ Le comité est formé pour la durée des hostilités par les personnes invitées à la présente réunion. Il sera loisible de compter toute personne dont la collaboration serait nécessaire.
Huit sections ont été organisées pour sérier le travail.
La réunion des Présidents de section forme le comité d’action qui aura la décision en toute matière.
Le Comité d’action se réunira aussi souvent que nécessaire, la majorité des présents dictant la décision.

8/ Mademoiselle Fanny SCHWAB est nommée Directrice du Service Social aux appointements de frs:2.000 par mois.

9/ Monsieur FULDHEIM, Directeur de la Caisse centrale de l'Administration de la Bienfaisance et de la Caisse des passants de STRASBOURG, sans appointements depuis le début de la guerre, recevra désormais frs:8.000 par mois.

Telles sont les bases sur lesquelles le travail sera désormais fondé. Dés le lendemain mercredi, le Comité d’action se réunissait à 14h30 , à. l’Hôtel Domino, sous la Présidence de M. le Grand Rabbin HIRSCHLER.

Entre autres décisions, le Comité d’action décidait d'inviter Me BING à venir à PERIGUEUX à des conditions qui seraient à décider. Me BING pourrait être considéré comme professeur auxiliaire et à ce titre serait appointé en partie par l'administration rectorale. Le traitement serait complété par la Bienfaisance à laquelle sa collaboration est infiniment désirable. En suite de cette décision, j’ai fait connaître à Me BING qu’il était attendu à PERIGUEUX où il m'a répondu depuis devoir se rendre vers le 10 janvier.

Le Comité d’action prit également différentes mesures qui figurent au procès-verbal.


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