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RAPPORT sur la tournée effectuée par Monsieur le Grand Rabbin HIRSCHLER dans les centres de repliement des populations Israélites de STRASBOURG et du Bas-Rhin (8 au 25 décembre 1939) - Suite

II° - MA TOURNEE

Telle était la situation, rapidement brossée, lorsque je reçus, l'ayant sollicitée depuis deux mois, une permission exceptionnelle du Général GAMELIN, laquelle me permettait d’aller visiter nos familles repliées. Les quelques jours qui me furent accordés me conduisirent avec Mme HIRSCHLER dans la Dordogne , la Haute-Vienne, dans les vi1les de VICHY, NANTES et ANGERS.

A PERIGUEUX, 200 personnes étaient réunies pour l'Office de Sabbat au cours duquel je pris la parole. Je me mis immédiatement, dés le 9 décembre en rapports avec les personnalités qui, sur place, avaient pris en mains l’organisation cultuelle et philanthropique ainsi qu’avec les autorités administratives.

D'une part, Mmes Laure WEIL, Fanny SCHWAB, CROMBACK, MM.les Rabbins MARX, FULDHEIM, CROMBACH, etc.

d’autre part MM. le Directeur les Cultes, le Recteur, le Maire de PERIGUEUX, le Sénateur ECCARD, BARAUD de la Préfecture STRASBOURG.

A) DEMARCHES :

Direction des Cultes .- M. ALTORFFER avec qui je me suis entretenu longuement et à plusieurs reprises, m’a informé qu’il avait fait une demande de délégation de crédits, jusqu’ici demeurée sans réponse. Il prévoit que soit allouépar l’Etat, devant la carence de la ville de STRASBOURG une indemnité de logement de frs 500 par mois pour chaque Ministre du culte Israélite. Il prévoit également pour chacun d'eux, en raison de l'extrême dispersion des fidèles, le paiement des frais de déplacement pour une moyenne mensuelle de frs 500. Il prévoit enfin pour l'établissement d’un secrétariat de la communauté de STRASBOURG une allocation mensuelle fournie par l’Etat de frs. 850. Ces propositions étant restées jusqu’ici sans réponse, une lettre collective signée par les représentants de l’autorité ecclésiastique des trois cultes dans les départements de correspondance, a été adressée à M. CHAUTEMPS pour lui demander d’examiner dans le plus bref délai possible la question des subventions à accorder. Il importe en effet que ce problème soit réglé avant l’achèvement de l’année budgétaire.

J’ai cru devoir faire remarquer à M. le Directeur des Cultes qui, avec compréhension reconnaît la particulière difficulté des questions qui touchent aux Israélites, qu’un seul secrétariat serait tout à fait insuffisant et qu’il faudrait en prévoir deux, sinon trois. M. Directeur des Cultes voudra bien faire cette suggestion dans ses prochaines propositions.

Enseignement.- M. le Recteur également très compréhensif, a bien voulu reconnaître que le nombre restreint des Ministres du Culte (deux pour les départements de correspondance), et l‘absence de professeurs attitrés exigeaient une mesure exceptionnelle. En principe, il accepterait que des volontaires, proposés par le Consistoire, et reconnus par lui pourraient donner l’enseignement religieux israélite dans les lycées et autres écoles et seraient rétribués par l'État (850.-frs par heure et par an pour les Lycées ; environ 300.-frs par heure et par an pour les autres écoles).
M. le Recteur demande seulement, pour éviter certaines complications, que cet enseignement soit donné en dehors des locaux scolaires.
Par ailleurs, M. le Recteur accepte de payer sur les crédits de l’Etat et après entente préalable avec lui, les livres scolaires dont nos élèves ont besoin pour suivre l’enseignement religieux.
Pour confirmation, j’ai adressé à M. le Recteur la lettre dont on trouvera copie en appendice de ce rapport.

Synagogue.- Le local dans lequel se trouvaient les assemblées du culte était retiré à la Communauté de Périgueux. Sur mon intervention auprès de Monsieur le Maire de PERIGUEUX et grâce à M. le Préfet de la Dordogne, M. le Président du Tribunal de PERIGUEUX mit à notre disposition la salle des Assises, au Palais de Justice. Sont à payer seulement les frais de chauffage et d’entretien.

B) VISITES LOCALES DANS LA DORDOGNE

J’ai effectué avec Mme HIRSCHLER, dans les environs de PERIGUEUX deux tournées dont la première en compagnie de M. le Rabbin MARX et M. CROMBACH. Le dimanche 10 décembre, j'ai ainsi visité les communes de les Grèses-Chancellade, Château l'Evêque, Brantôme et Bourdelles .

A Brantôme et à les Grèses-Chancellade, qui comportent chacune un nombre suffisant de familles israélites que j’ai pu réunir, ici à la Mairie, là dans un local privé, j’ai. organisé une sorte de communauté avec un commissaire président qui doit rester en contact permanent avec le centre cultuel de PERIGUEUX. Dans cesdeux endroits, un volontaire est chargé d’assurer le service religieux régulier. Le même, en attendant que fonctionne un système plus heureux, donnera l’enseignement religieux aux enfants. Il est nécessaire qu’en des lieux comme ceux-ci, la Ccommunauté israélite de STRASBOURG procure les objets essentiels à la célébration du culte.

Ma deuxième tournée m'a conduit le mardi 18 décembre vers les Eyzies, Sarlat, Martignac et Thonon.

Aux Eyzies, la Clinique Adassa , convertie en asile pour Vieillards isolés, est maintenant convenablement installée ; les pensionnaires s'y déclarent heureux. La gérance m’a paru aussi parfaite que possible ; les aménagements nouveaux ont permis l’amélioration hygiénique indispensable. Il est à noter que l’Administration Préfectorale règle tous les frais. Toutefois, de nombreuses personnes possèdent un trousseau très incomplet. Certaines femmes n’ont qu’une chemise. J’ai signalé le fait à PERIGUEUX. Le nombre restreint des hommes empêche de célébrer un service religieux.

L’Hospice Elisa, à Sarlat , est moins bien partagé pour l' installation ; tous les pensionnaires sont maintenant couchés sur des lits et la diligence de la direction a permis une amélioration sensible des conditions hygiéniques. Il convient de remarquer que les pensionnaires hommes ne font pas l’effort nécessaire pour que l’office religieux soit régulièrement assuré. A l'heure prévue, ils sont le plus souvent absents. Je mesuis permis de faire dire à Madame CERF, que je n’ai pu rencontrer, du priver de sortie ceux qui montreraient de la mauvaise volonté, comme ce fut particulièrement le cas pour Hannouca.

A Montignac, 6 familles ; j'ai désigné un responsable qui s'est mis en contact avec le centre de PERIGUEUX.

J'en ai fait de même à Thenon où se trouvent environ une dizaine de familles, parmi lesquelles une dame de 73 ans isolée et presque aveugle qui doit être conduite par nos soins dans un endroit où l'on pourra s’occuper d'elle. Ici la personne responsable est une demoiselle employée à la Mairie.


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