Le Memorbuch dans la tradition
des communautés juives rhénanes (1)
Grand Rabbin René Gutman

Introduction à l'ouvrage Le memorbuch, mémorial de la déportation et de la résistance des juifs du bas-rhin, René Gutman, Editions La Nuée Bleue, mai 2005 - ISBN : 2716505500


Les chroniques proprement dites, écrites sur les auteurs juifs au Moyen Age, sont pauvres en renseignements sur l'histoire des persécutions des juifs. Pour reconstituer cette histoire depuis la destruction du Second Temple jusqu'à la première croisade, il faut glaner dans les commentaires bibliques et le Talmud, dans les réponses de casuistique, dans les ordonnances des rois et des seigneurs et dans des recueils des conciles quelques maigres notes.

Pour l'époque de la première croisade, R. Eliézer, fils de Nathan, écrivit un petit récit historique intitulé Gezérot TTNW, Persécutions de l'année 4856 (de la création du monde, correspondant à l'année 1096 de l'ère vulgaire). Un autre auteur anonyme nous a laissé un document semblable, publié sous le titre de Gezérot Hayeshanot (Les anciennes persécutions). Pour l'époque de la seconde croisade, nous avons l'ouvrage d'Ephraïm de Bonn (Leipzig, 1858) (2). Les persécutions sont encore relatées dans les prières liturgiques assez nombreuses, connues sous le nom de Kinot (élégies), dont une grande partie est imprimée dans les recueils de prières du rite franco-allemand, appelés Mahzorim ; quelques-unes cependant se trouvent encore en manuscrits (cf. Zung, Die Synagogale Poesie des Mittelaters, Berlin, 1855). Les souffrances que les juifs ont eu à endurer dans la province ibérique sont également racontées dans des liturgies de rite hispano-portugais. Il en est de même pour les persécutions d'Afrique et de Pologne.

Ce n'est qu'au 15ème et 16ème siècles qu'Abraham Zakhout, Judah Ibn Verga, Samuel Usque et Joseph Cohen d'Avignon composèrent de véritables chroniques, dans lesquelles l'histoire des souffrances des juifs est parfois minutieusement racontée. Il est indubitable que ces auteurs ont eu à leur disposition un grand nombre de documents, perdus aujourd'hui ou qui se trouvent encore à l'état de manuscrits dans des bibliothèques inconnues...

Comme le rappelle Simon Schwarzfuchs (Un Obituaire israélite, le Memorbuch de Metz, Metz, 1971), dont cette introduction s'inspire, dans la tradition juive, une place importante est réservée au rappel du souvenir des morts, afin de les extraire de la géhenne, selon la tradition populaire (le judaïsme ne connaît pas le purgatoire), grâce au recours de la miséricorde divine. Aux dires d'un Midrash célèbre, "ils jaillissent de la géhenne comme la flèche de l'arc, quand la miséricorde divine est invoquée à leur sujet" (3). La prière des vivants est donc d'une grande efficacité pour les morts. Il en résulte que le rappel du souvenir des morts est une obligation, qu'on serait presque tenté de qualifier de charitable, car les bienfaits et les aumônes des vivants sont de nature à assurer le salut des morts (4).

Au cours de l'histoire juive, un débat s'est engagé sur le point suivant : en quoi les bonnes actions du vivant peuvent-elles acquérir quelque mérite pour le mort, qui n'y est pour rien ? Ce qui revenait pratiquement à remettre en cause l'usage ancien de la commémoration de leur souvenir. Aussi certains avancèrent qu'il appartenait à l'homme pieux de couronner son existence en léguant lui-même quelque somme à une oeuvre charitable, sous condition que celle-ci ou la communauté pourvoie au rappel de sa mémoire. D'autres, fort nombreux par ailleurs, justifièrent l'intervention des descendants, en avançant que l'esprit de charité dont ils faisaient preuve était le meilleur témoignage des qualités du défunt, qui avait su montrer à ses descendants la voie du bien et leur servir d'exemple ! Toujours est-il que l'un et les autres, le "commémoré" et ses héritiers, prirent, ensemble ou séparément, les dispositions nécessaires : nombre de fondations furent établies, soit par des donateurs soucieux d'assurer eux-mêmes la commémoration de leur souvenir, soit par leurs descendants, qui agirent en leur faveur.

Il ne faut donc guère s'étonner de constater que le rappel de la mémoire des morts prit bientôt l'aspect d'une institution, consacrée par une ou plusieurs cérémonies organisées et contrôlées par la communauté juive, même quand celle-ci n'en avait pas pris l'initiative. C'est ainsi que l'existence du Memorbuch, liste manuscrite des défunts, dont le souvenir doit être rappelé, est attestée dans les communautés juives d'Allemagne, d'Alsace et de Lorraine. Le plus ancien d'entre eux, connu sous les noms de Memorbuch de Mayence, ou de Nuremberg, fut commencé en 1296 par le scribe Isaac, fils de Samuel de Meiningen, qui termina son activité en 1298. D'autres scribes rabbins le conduisirent jusqu'à l'année 1392 (5). Pourtant, ce Memorbuch, le plus ancien de ceux qui nous soient parvenus, n'est certainement pas le premier écrit. La lecture fréquente des noms rappelés, l'âge, l'usure ont généralement abrégé la vie de ces manuscrits qui furent souvent recopiés. C'est pourquoi les Memorbücher anciens sont relativement rares. Nous ne disposons en général que de copies de la fin du 18ème siècle ou du début du 19ème siècle. Presque tous comprennent quatre parties (6) :

  1. Un titre descriptif qui sert de page de garde. Il porte l'indication de la communauté qui l'utilise, le nom du scribe et l'année où la copie en a été effectuée.
  2. Une brève partie liturgique, qui comprend notamment les prières qu'il est d'usage de réciter avant et après la cérémonie de commémoration.
  3. Un nécrologe, qui rappelle, d'une part, la mémoire de bienfaiteurs ou de grand lettrés non-membres de la communauté, et, d'autre part, le souvenir des morts de la communauté qui ont été estimés dignes de cet honneur.
  4. Un martyrologe, qui rappelle la mémoire des martyrs dans l'ordre des villes et des régions où ils furent mis à mort. Le nom des martyrs n'est pas toujours mentionné.

La liste des morts de la communauté est la plus intéressante ; en effet, les autres listes des morts et des martyrs sont presque toujours identiques d'un Memorbuch à l'autre.

L'origine même du terme Memorbuch a été fort controversée.A première vue, il s'agit d'un terme bâtard : "Memor" survivance latinisante et "Buch" allemand. Certains ont estimé que cette formation était aberrante et qu'il était impossible de justifier ce mélange de vieux français et d'allemand. On a eu donc recours à l'explication suivante : le Memorbuch est toujours déposé sur la tribune de l'officiant, appelée traditionnellement Al-Memor. Le Memorbuch aurait donc été à l'origine un Al-Memorbuch ! C'était expliquer grâce à l'inexplicable : en effet le terme Al-Memor a lui-même échappé jusqu'à présent à toute explication ! (7)

Certains ont remarqué que le Memorbuch de Mayence comporte les deux formules liturgiques suivantes (8) : "Rememra Dé spirteine... coume spirteine... Ki ad layés... pour amor ki fesis, cil lemémeréd... "
et
"Remembre Dé l'eprit... coume l'eprit de... pour qu'il a laissé... pour l'amour qui fei, il remembra... "
Toutes les deux commencent par le terme Remembre, début des formules rituelles de rappel des noms, ce qui semble bien indiquer que le Memorbuch est au premier chef un livre de "remembrance", de souvenir, et que son origine remonte à une époque où les pays de langue allemande n'étaient pas totalement détachés du milieu roman ! Les meilleurs spécialistes ont donc pu estimer, à juste titre, que l'institution du Memorbuch est originaire des pays rhénan et qu'elle est due au désir de rappeler le souvenir des martyrs de la première croisade, particulièrement nombreux dans les grandes communautés des régions rhénanes : Worms, Spire, Mayence, Bonn, Cologne...

Le fait que le Memorbuch sous sa forme classique commence presque toujours par la liste des martyrs de 1096 suffirait à le démontrer, même si, par la suite, d'autres listes de martyrs de notables ont pu y être rajoutées (9).

Le rappel des noms se faisait essentiellement au jour le plus solennel du calendrier religieux : à Kippour, jour particulièrement propice au pardon des fautes et à l'élévation de l'âme. I1 semble bien que le souvenir des martyrs était également rappelé au jour anniversaire des massacres de la première croisade, soit le samedi précédant le 9 Ab, jour de jeûne commémoratif de la chute des deux Temples. Une fois terminée la lecture de la Loi, les prières rituelles étaient récitées et lecture était donnée des listes des martyrs. Tel était, en tout cas, l'usage jusqu'au 19ème siècle, où, l'accumulation des noms et l'ignorance de l'hébreu aidant, le rappel des noms perdit progressivement de son importance, jusqu'à disparaître complètement dans de nombreuses communautés.

On comprendra par là l'importance historique de ces ouvrages. Il est vrai qu'on n'y trouve que des noms de personnes et de localités, très rarement un fait historique proprement dit ; mais ces noms à eux seuls représentent toute l'histoire juive du Moyen Age ; ils appartiennent à ceux qui ont souffert pour le Dieu unique.

Il revint au Dr A. jellinek de publier pour la première fois une partie d'un Memorbuch concernant les communautés de Worms et de Vienne (Vienne, 1880), publication suivie d'additions tirées par A. Neubauer d'un manuscrit de la Bibliothèque bodléienne d'Oxford. W. H. Lowe de Cambridge publia une partie du Memorbuch de Nuremberg pour l'année 5109 (1349) (The Memorbook of Nüremberg, Londres, 1881); il l'a fait précéder d'une courte et intéressante introduction sur les dates de persécution des juifs en Allemagne et dans la France du Nord, jusqu'à l'année 1349. Le Dr A. Jellinek donna également un traité qui renferme les noms des martyrs morts en 1349, en différentes localités, ainsi que ceux des bienfaiteurs et des rabbins de Cologne et de Deutz de 1581 à 1816, d'après les Memorbuch de Deutz et de Cologne. Le grand rabbin Charleville, de Versailles, contribua à ce travail par une liste de lieux où des massacres eurent lieu en 1096. Perles travailla sur le Memorbuch de Pfersee et le D' Levin sur celui de Cologne. La synagogue de Worms possédait aussi un Memorbuch.

Le plus ancien et le plus complet de ces Mémoriaux est celui de Mayence, connu sous le nom de Memorbuch de Mayence - qui possède une prière de Yzkor qui s'y trouve en français. La plus ancienne partie, écrite en 5057 (1296) est due à Isaac, fils de R. Samuel de Meiningen. Ce Mémorial, que nous publions ici presque in extenso, a été publié dans la Revue des études juives (tome 4, 1882). Il nous donne principalement les noms des martyrs de l'année 5038 à 5059 (1278 à 1299) et même des dates plus modernes. Il énumère la liste des massacres et leur lieu d'exécution :

Spire, le jour de Chabat, 8 Iyar 1096 ; Worms, le dimanche 23 Iyar et 1er Siwan 1096 ; Cologne, le lendemain de Chavouoth 1096; Mayence, le mardi 3 Siwan 1096 ; Wurtzbourg, le 22 Adar 1147 ; Erfurt, le 25 Siwan 1221 ; Fulda, le 17 Tebeth 1236; Wolfshagen, le mois de Hechwan 1235 ; Lauda et Bischoffsheim le 10 et le 1 l Chewat 1235 ; Francfort, le 13 Siwan 1241 ; Kitzingen, le 17 Ab 1243 ; Ortenbourg, Tichri, 1243 ; Pforzheim, le 20 Tamouz ; Coblence, le 15 Nissan 1265 ; Sinzig, le vendredi 15 Iyar 1266 ; Cologne et Neuss, le 15 et le 21 Tamouz ; Wiehlelingen ; Blois, le 20 Siwan 1171 ; Xanten, Aldenahr, Metz, Trèves, Bopart, Dortmund. Arnstadt, le 1l et le jeudi 13 Ab 1264 ; Mellrichstadt, le mercredi 2 Nissan 1283 ; Kreuznach, le même jour et la même année, R. Ephraïm, fils de R. Eliezer le Levite mourut du supplice de la roue ; Mayence, le septième jour de Pessah 1283 ; Bacharich, vingt-six âmes périrent le même jour ; Ruckenhausen, treize personnes furent massacrées le vendredi 25 Nissan 1288 ; Munich, le vendredi 12 Marheschwan 1285 ; Wissembourg,le vendredi 13 Tamouz 1270 ; Cobern, le dimanche 29 Tamouz 1296 ; Seberg, le jeudi 23 Eloul 1296 ; Cochera, le 23 Nissan 1253. Münster, le jeudi 4 Ab 1287 ; Traunbach, trente-six personnes périrent au mois de Tamouz 1287; Thüringen, 1287 ; Thüringen, 1288 ; Langenstein, le 12 Tichri 1287 ; Hornberg, cinq personnes périrent ; Rottingen, vingt et une personnes moururent le 7 Iyar 1298; Neustadt et Windesheim, le lundi 20 Tamouz 1298; Kempen, aux mois de Tamouz et de Siwan 1288 ; Bonn. le vendredi 6 Tamouz 1288 ; Berncastsel, le 2 Adar 1279 ; Aldenahr, six jeunes gens suivirent les eaux 1289.
Voici une autre liste des localités où eurent lieu des massacres de juifs à différentes époques :
Ratisbonne (Regensburg) le 28 Iyar ; Prague, le jour de Chavouoth ;les martyrs du pays de Kanaan (pays slaves) ; les martyrs de la France : Halle, le 26 Nissan. Autodafé à Corbeil ; les martyrs des Iles de la Mer (Angleterre) : Londres, 1 500 personnes en l'année 1264 ; Nassau en 1277 ; la femme Hannah brûlée à Salzbourg ; Meiningen, 1243 ; Rabbi Yonah et ses collègues ; Neustadt (en Autriche). Vienne. Ziegenhagen ; Julich ; Kirchberg, 1287 ; Lechenig. 1287 ; Kira, dix personnes y périrent le 11 Tichri 1287 ; Presmi l;Anjou ; Heimbach. Heillbronn, le dimanche 12 Hechwan 1298 ; Widdern, le 19 Ab 1288 ; Rheinheim, le mardi 15 Kislew 1301 ; Weissensee, le 2 Nissan 1304 ; Colleda [?l ; Tennstaedt [?j ; Constance, le mercredi 18 Siwan 1326;11am; Rothenburg.
Concernant l'année 1298, les endroits suivants sont énumérés :
Berching, le dimanche 16 Ab ; Iphofen, le lundi 19 Tamouz: Kitzingen, le lundi 19Tamouz ; Ochsenfurt, le dimanche soir 18 Tainouz ; Wurtzenbourg, le mercredi 13 Ab ; Sindringen, le lundi 19 Ab ; Mergentheim, le lundi 19 Ab ; Mekkelsmühle, le 15 Ab ; Krautheim, le 16 Ab ; Mosbach, le 18 Ab ; Bischoffsheim, le 14 Ab ; Garth, le dimanche 8 Eloul ;Weinheim, dans la synagogue, le 13 Tichri 1298.
Voici maintenant les noms et les endroits où eurent lieu les massacres qui se trouvent énumérés dans ce Memorbuch. Ces mots ont été écrits par différentes mains.
Noms des villes de sang : Lauden, Grossfeld, Gamhurg, ...heim, Düren, Wartenberg, Freunderberg, Wertheim, Eckenmühl, Klingcnburg, Gernau, Wiedern, Odengau, Ingelfingen, Lichtcneck, Kunzelsau, Weissenburg, Krautheim, Haldenberg, Stretten, Konighsheim, Kregligen, Mosbach, Heilbrunnen, Winheim, Grath, Lunenburg, Gueggingen, Sindringen, Waldenberg.

Martyrs du pays de Franken : Wurzbourg, Carlstadt, Reineck, Hammelburg, Gmünd. Lahr, Amstein : la femme Tsira de Heitingsfeld, Hochfeld, Schoenberg, Wasserdorf, Geroldshafen, Schoenwart, Hasperde, Melrichstadté, Meiningen, Schmalkaden, Schleusingen,Wasungen, Romhild, Themat Neustadt ; Konigshoffen, Kirch.

Martyrs des villes de : Bamberg, Forchheim, Hohenstett, Gugel, Erkolsheim, Ebermannstadt, Hollfeld, Kirn, Lichtenfels, Staufenberg, Neustadt, Gersburg, Konstadt, Lichtenberg, Ausheim, Falzingen, R. Frohman brûlé à Tanndorf, Koenigsee, ...Stolzenberg, Urach, Hohenberg, Weissenberg, Eichstatt, Heideck, Meckenhausen, Freistadt, Erfurt, Hornheim, Spielberg, Tettenborn. Bonem le Cohen avec sa femme et ses fils, R. Bera avec toute sa maison, Tornau, Culmonau, Neumarkt, Weilchinger. Wickersheim, Rabbi Baruch Moïse avec sa femme.

Martyrs de la France, des Iles de la Mer, d'Angleterre, de Halle et de Hongrie :
Ceux qui furent brûlés à Blois et à Corbeil, Rabbi Jacob et ses amis.
Martyrs de Remagen, Erfurt et Strasbourg.
Le samedi 14 février 1349, la foule entraîna la population juive sur le cimetière situé en dehors des murailles. Les juifs de Strasbourg furent brûlés vifs, à l'exception de ceux qui furent baptisés.

Voici les noms des villes de sang où les massacres commencèrent le 20 Ab 1336 : Roettingen, Au, Oppenheim, Kitzingen, Iphofen, Wickersheim, Mergentheim, Hohenburg,Wiedem, Lauterbach.

Le 10 Tamouz 1337, les massacres commencèrent à : Bischoffsheim, Aschaffenburg, Buchheim, Külsheim, Bretheim, Lauden, Pfaffenhausen, Stein, Hammelburg, Hohenburg, Villenef, Diez, Friedburg, Büdingen.

Sur le Rhin, en 1337 : Lorsch, Bacharrad, Veal, Bopport, Kirchberg, Rheinbillen, Coblence, Montabaur, Lein, Kochem,Alken, Münster, Andernach.

En Alsace, en 1338 : Rouffach, Soulz, Herrlisheim, Rappoldsweiler (Ribeauvillé), Berkheim, Richwiller, Kaisersberg, Münsteral, Duringheim, Mülhausen (Mulhouse), Einsisheim, Sennsheim (Cernay), Thann, Firt, Altkirch, Münster, ...Benfort, Rittenberg, Blumberg, Zellenberg, Soulzbach, Ettenheim, Oberkirchen, Saverne.

En Bohême et en Autriche en 1338 : Pulkau, Eggenburg, Reisch, Znaïm, Horn, Zwetl, Rakonitz, Erburg, Jemnitz, Pratingen, Trebitsch, Welschberg, Walkenstein, Hebreichdorf, Günz, Rastenwalden, Mistelbach, Viten, Emersdorf, Tuln, Naunberg, Passau, Linz, Pölitz, Budweiss, La, Zastelan, Rechniz, Naunhausen, Drosendorf, Felk.

En Bavière : Tegendorf, Landau, Dingelwangen, Brunau, Willshofen, Vierkirchen, Ertenfeld, Mosburg, Felden, Erding, Straubingen, Pfaffenhausen, Landshut, Kraiburg, Oettingen, Neumarkt, Kellheim, Kamm.

En l'année 1373, le Chabbat 24 Nissan, la communauté de Wachenheim fut brûlée ; la même semaine, la communauté de Lambsheim et celle de Neustadt, près de Spire, eurent le même sort.
Le Chabbat, méoménie d'Iyar 1373, les malades de Germersheim ainsi que les gens bien portants furent brûlés.

Personnes massacrées et brûlées à Schweinbourg, le mercredi 14 Iyar 5137 [1377].

Personnes tuées à Augsbourg et aux environs de Nördlingen, Ulm, Eislingen, Uberlingen, Bâle, Strasbourg, Spire, Worms, Mayence, Coblence, Trèves, Cologne, Dortmund, Osnabrück, Berlin, Brandenburg, Magdeburg, Halle, Meissen, Nordhausen, Erfurt, Muhlausen, Fulda, Francfort, Wurzbourg, Rothenhurg, Nuremberg, Ratisbonne, Landshut, Felk, Krems, Znaïm, Breslau, Cracovie, Eger, Prague.

Lieux des persécutions en 1349 :
Province de Boden-See : les communautés de Weltkirchen, Lindau. Rabensberg, Buchhorn, Ueberlingen, Constance, Shaffhausen. (Autre province.)
Meningen, Bibra, Gündelwangen.

Bavière : les communautés d'Augsbourg. Burgau, Landsberg, Pfaffenhoffen, Aichah, Fellheim, Wasserburg, Vörden, Lipheim, Dillingen, Inglostadt, Munich, Neustadt, Welldorf, Greding, Heidek, Berching, Nördlingen, Feuchtwang, Ellwangen, Dinkespiel, Burgdorf, Arau, Zofingen, Sursee, Arburg, Mellingen, Roupertsviler, Zürich, Bâle, Sekingen, Waldshut, Rheinwalden.

Les communautés de Bâle, Neuenbourg, Fribourg, Thann, Fürt, Ensisheim, Sennheim (Cernay), Watviller, Soulz, Gueviler, Mulhouse, Herlisheim, Kaisersberg, Munstertal, Rouffach, Durinkheim, Colmar, Rapporldsviller, Richeviler, Zellenberg, Berkheim, Kestenholz, Schlettstadt (Sélestat), Markolsheim, Ockenheim, Erstheim, Furth, Rosheim, Saverne, Neuwiller, Bischwiller, Offenburg, Maurmünster (Marmoutier), Rhinau, Ettenheim, Hasel, Lar, Endingen, Kenzingen, Benfeld.

La communauté de Strasbourg, Haguenau, Landau, Lauterbourg, Selz.

Les communautés de Worms, Spire, Bruxelles, Pforzheim, Bretheim, Heilbronn, Wimpfen, Heidelberg, Ulm, Sersheim, Eltville, Bingen, Miltenberg, Wertheim, Duren, Erbach, Amorbach, Hammelburg, Friedberg, Wurzburg, Schweinfurth, Ebern, Schmalkaden, Schleusingen, Königshofen, Herleshausen...

Les communautés de Erfurt, Mulhausen, Nordhausen, Meissen, Arnstadt, Eisenach, Gotha.

Parmi les Mémoriaux alsaciens étudiés par M. Ginsburger (Revue des études juives, t. 40, 1900), qui datent pour la plupart du 18ème siècle, il convient de citer parmi les plus anciens : celui de Muttersholtz, près de
Sélestat (1707); ceux de Niedernai (1737), de Ribeauvillé (1732), de Bischheim (1739), d'Isenheim près de Soultz et de Rixheim, près de Mulhouse (1785 et 1830), de Jungholz, près de Soultz (1766), qui porte le titre suivant : "Ce livre appartient à la sainte communauté de Jungholz et fut fait sur l'ordre du président et syndic Rabbi Leib (qu'il vive) et terminé le second jour de la semaine le 3 Chevat 5326 [1766]". Ce Memorbuch a été copié pour un grand nombre d'autres communautés de la Haute-Alsace, comme il est facile de le voir par une comparaison même superficielle des Mémoriaux existant encore actuellement. Ce fait provient sans doute de ce qu'il y avait, à Jungholz, vers la fun du 17ème siècle, une école rabbinique assez renommée et le cimetière le plus important de la Haute-Alsace ; cet endroit formait pour ainsi dire, nous dit M. Ginsburger, le rendez-vous des juifs de la Haute-Alsace.

Selon M. Ginsburger (ad loc p. 235), tous ces copistes ont eu sous les yeux des modèles qui dépendaient plus ou moins de l'ancien Memorbuch de Metz, copié par Carmoly et publié par M. Neubauer (Revue des études juives, t. 4, 1882, p. 28) et dont nous donnons ici la teneur :

Persécutions de l'an 5109 (1349). Dans le Memorbuch de Metz, écrit sur parchemin, j'ai trouvé énumérés les noms de ceux qui ont été tués et brûlés dans les communautés de Spire, Worms, Mayence, Oppenheim, Coblence, Cologne, Rothenbourg, Wurzhourg, Nuremberg, Strasbourg, Bâle, Erfurt, Mulhausen (Mulhouse), Nordhausen, Magdebourg, Neubourg, Halle, Augsbourg, Nördlingen, Ulm, Regensburg, Landshut, Eslingen, Ueberlingen, Zürich, Francfort, Eger, Krems, Dortmund, Munster, Minden, Breslau, Cracovie, Trier, Prague, Vienne, Trente, Passau, Weissenburg, Schweinfurt, Neustadt, Costniz, Kochenhurg, Salzbourg, Schaffhausen, Haguenau, Friehurg, Bamberg, Oppel, Wertheim, Landau, Marbourg, Wetzhar, Dillingen, Colmar, Cobern, Arnstadt, Hildesheim, Wintertur, Lindau, Brunswick, Magdebourg, Selingen, Alzei, Butzbach, Mecklembourg, Mark, Franconie, Rhin, Thuringe, Saxe, Bavière, Souabe, Alsace,Westphalie.
M. Ginsburger a trouvé dans les Mémoriaux alsaciens un grand nombre de villes et de pays qui ne sont pas mentionnés dans le Memorbuch de Metz, et que voici :
Eisenstadt (ou Eichstädt), Aschkenaz (Allemagne), Ungarn (Hongrie), Italien (Italie), Beffort (Belfort, 1337), Damesec (Damas, 1840), Danemark (persécutions?), Heidelberg (1349), Salfeld, Heilbronn (1298 et 1349), Hinigen (Huningue près de Bâle, 1750), Hesse, Welschland (Italie ou Savoie), Santen, Donauwörth, Tyrol (1349), Rodenburg en Hesse, Lorch près de Wiesbaden, Lutzelburg (ou Luxembourg), Lemberg, Lotringen (Lorraine), Mailand (Milan, 1597), Molsheim (1618), Munich (1285 et 1349), Minz (ou Metz, 1096), Mähren (Moravie, 1454), Nanzig (Nancy), Neapolis (Naples, Ishofar), Erdingen, England (Angleterre), Padewa (Padoue 1553 et 1684), Fulda (1235 et 1349), Posen (1656), Pforzheim (1267 et 1349), Frankfort-sur-Oder (1349), Cassel (1349), Rouffach (1337-1338), Raussen, Stuttgard (1350), Schlettstadt (1349).

Parmi les noms des martyrs cités dans le Mémorial de Mayence, on trouvera, ci-après, ceux de la communauté de Wissembourg. Dans les martyrs de Wissembourg, on trouve plusieurs prosélytes. Voici les sept hommes pieux qui subirent la torture et moururent d'une mort amère : Rabbi Moïse, fils de Rabbi Simon ; Rabbi Samson, fils de Rabbi Salomon ; Rabbi Gersom, fils de Rabbi Yekuthiel, avec un jeune homme français ; Rabbi Isaac, fils d'Abraham (un prosélyte ?), brûlé pour la sainteté de Dieu ; Rabbi Isaac, fils de Rabbi Ascher avec sa femme, Dolça, brûlés pour l'unité de Dieu ; le jeune Rabbi Isaac, fils de Rabbi Joseph, mort du supplice de la roue en expiation pour la communauté de Wurtzbourg ; Rabbi Ephraïm, fils de Rabbi Samuël le Hazan, martyr par le feu ; Rabbi Abraham, fils du patriarche Abraham de France, supérieur des Déchaussés, qui quitta sa religion pour venir s'abriter à l'ombre des ailes de Celui qui est Eternel, brûlé pour l'unité de Dieu ; Rabbi Abraham, fils du patriarche Abraham d'Augsbourg, qui quitta sa religion pour se convertir à Celui qui vit éternellement, subit la torture et fut brûlé pour l'unité de Dieu, le jour de la néoménie de Kislew, le vendredi en l'année de la création 4824 (1264) ; Rabbi Isaac, fils du patriarche Abraham de Wurtzbourg, qui fut brûlé pour l'unité de Dieu.

En fait de martyrs alsaciens, on trouve dans nos Mémoriaux les noms suivants :

  1. Alexandre b. Isaac, mort à Haguenau en 1752.
  2. Rabbi Jacob b. Moïse et Rabbi Moïse b. Efraïm, assassiné entre Colmar et Ribeauvillé en 1715.
  3. Moïse, fils de Salomon (sans doute de Ribeauvillé), assassiné par son domestique en 1764 dans les environs de Metz.
  4. Nephtali, fils d'Isaac Ha-Lévi, de Wettolsheim, exécuté à Colmar le vendredi 18 Tébet 1755 et enterré à Jungholz le lundi 24 Tichri 1756.
  5. Raphaël, fils d'Isaac Ha-Lévi, brûlé à Metz en 1670.
  6. Rabbi Simon Ollendorf (et sa femme Frodele).
    Dans le Memorbuch de Bouxwiller, on trouve : "Que Dieu se souvienne de l'âme du Rabbin [...] Notre docteur et maître Rabbi Simon, fils du savant Moïse. [...] Il était très humble et sanctifia le nom divin en public et fut constant dans l'épreuve, car on le livra à la mort." Cette prière est suivie d'une autre prière pour la mémoire de Zewi Hirsch Auerbach, rabbin de Worms, mort en 1778.

Le Memorbuch de Niedernai et, d'après lui, celui de Bolsenheim ainsi que ceux d'autres communautés des environs contiennent la prière suivante, instituée pour trois martyrs qui furent brûlés à Obernai le 15 Chevat 5458 (1698) :
"Que Dieu se souvienne de l'âme du martyr rabbin Menahem Mendel, fils de Joseph, qui supporta de dures épreuves et qui fut étranglé et brûlé pour l'unité du nom divin, et de l'âme du martyr Rabbi Pinehas, fils de Salomon du pays de Lituanie, dont la main fut coupée et qui se purifia avant d'être brûlé vif pour la sanctification du nom divin, et de l'âme du martyr Rabbi Uri Phoebus de la ville de Bonn, dont la main fut également coupée lui vivant et qui fut brûlé pour l'unité du nom divin... "

Pour dire l'indicible, les scènes atroces des meurtres, mais aussi des suicides collectifs de juifs dans les pays rhénans, où, par mutuel consentement et plutôt que d'accepter le baptême, des pères bouleversés tuèrent leurs femmes et leurs enfants avant de retourner contre eux le couteau du sacrifice, les chroniques des croisades repassent l'image d'Abraham s'apprêtant à sacrifier Isaac au mont Moriya.
La akéda (la ligature) - Abraham liant son fils Isaac pour le sacrifice - est à la fois un paradigme et un leitmotiv de ces chroniques et, pour la génération des survivants, elle remplit une fonction vitale. Les chroniques ont évidemment conscience des différences entre les deux événements.

Racontant les scènes horribles dont Mayence fut le témoin, un des chroniqueurs, Salomon bar Shimshon, s'écrie : "Qui a jamais vu ni entendu de telles choses ? Demandez et voyez : y eut-il jamais une akéda comme celle-ci dans toutes les générations depuis Adam ? Y eut-il jamais onze cents akédot le même jour, toutes comparables à Abraham liant son fils Isaac pour le sacrifice ? Mais pour celui qui fut lié au mont Moriya, la terre trembla et il est dit : "Voilà que les anges se mirent à pleurer et que le ciel s'assombrit." Mais que font maintenant les anges? Pourquoi les cieux ne s'assombrissent-ils pas et les étoiles ne pâlissent-elles pas (...) quand en un seul jour (...) onze cents âmes pures furent sacrifiées, parmi lesquelles des nouveaux-nés et des enfants ? Garderas-tu le silence, ô Eternel, notre Dieu ?" (Haberman, Séfer gezerot Ashkenaz ve zarfat, p.32).

Salomon bar Shimshon oppose le mont Moriya à Mayence et il souligne fortement les différences entre les deux événements, mais la référence au sacrifice d'Isaac lui permet, plus profondément, comme le souligne Y.H.Yerushalmi dans son ouvrage Zakhor, Histoire juive et mémoire juive (Paris, 1984), de comprendre la situation nouvelle, qui échappait désespérément à toute intelligence.
La catastrophe de Mayence ne saurait s'expliquer uniquement grâce à la catégorie familière de châtiment du péché ; les communautés ashkénazes des pays rhénans étaient, en effet, des communautés saintes, comme en témoigne leur attitude face aux épreuves. Or, c'est précisément cette attitude qui permet de faire le lien avec Abraham.
Il apparaît que les martyrs et le père du peuple juif partagent la même mise à l'épreuve suprême de leur foi. Non pas que la génération des croisades fût mécréante. Au contraire, elle fut éprouvée parce qu'elle était parfaite. L'horreur demeurait, mais cessait d'être absurde et la douleur, bien que profonde, pouvait espérer quelque soulagement.

Il est un fait qu'au Moyen Age, et quelle qu'ait été l'importance des chroniques et des textes historiques souvent oubliés ou négligés, la vraie réponse religieuse et littéraire apportée à ces catastrophes de l'histoire n'était pas la rédaction d'une chronique des événements, mais la composition de Selihot (prières pénitentielles) et leur insertion dans la liturgie de la synagogue. Grâce à ces prières, le poète donnait cours aux émotions les plus profondes de la communauté. Il exprimait la condition face à la colère de Dieu ou les interrogations sur la justice divine, il priait pour que cessent les souffrances et que l'oppresseur soit châtié. En réalité, il "commémorait" l'événement.

De toutes ces Selihot, il en est une qui connut un destin extraordinaire. En mai 1171, à Blois, un valet-servant chrétien prétendit avoir vu un juif jeter le corps d'un enfant dans la Loire.Aucun cadavre ne fut retrouvé, mais la quarantaine de juifs résidant dans la ville furent jetés en prison. La plupart des juifs, dont Polcelina, une juive liée au comte Thibault de Champagne, à qui on offrait le choix de se faire baptiser, préféra mourir. Le 20 Siwan (26 mai) 1171, trente-huit juifs, dont dix-sept femmes, périrent sur le bûcher. C'était là le parfait canevas de la première accusation de crime rituel en Europe occidentale. Le martyr de Bloisfit une impression considérable sur les contemporains. Outre deux récits en prose des événements, des Selihot furent composées. Apprenant les tragiques événements de Blois, Rabbenu Jacob Tam déclara le jour de leur mort, jour de jeûne. Pour juger du destin que connut ce jour de jeûne du 20 Siwan (26 mai) 1171, nous devons sauter presque cinq siècles et quitter la France pour l'est de l'Europe au 17ème siècle.

En 1648, en Pologne et en Ukraine, éclata la grande vague des pogroms menée par Bodgan Chmielmicki. Des centaines de communautés juives en furent victimes. Des milliers de juifs périrent, vendus comme esclaves aux Turcs ou dépouillés de leurs moindres biens. Pour les juifs d'Europe orientale, 1648 ouvrit une plaie qui jamais ne cicatrisa.
Comme au lendemain des croisades, plusieurs chroniques furent écrites ainsi qu'une incroyable masse de Selihot et de poésies liturgiques. Les deux persécutions furent alors pensées comme semblables et les écrivains firent de 1648 la répétition du martyr des croisades. "Aussi ai-je ordonné pour moi et ma descendance, déclare Rabbi Shabbetaï Katz dans la Meguillat Efah (le rouleau de la terreur), un jour de jeûne, de peine, de deuil et de lamentation, le vingtième jour du mois de Siwan [...] parce que ce jour marquera le commencement de la persécution et de la douleur [...] et parce que ce jour l'affliction redoubla [...] car la persécution de [1171] eut lieu le même jour [...] et j'ai composé ces Selihot et ces Lamentations au milieu des pleurs et des supplications, aussi peuvent-elles être psalmodiées ce jour-là, cette année et chaque année à venir."

Les Selihot rédigées par Shabbetaï Katz furent psalmodiées en Lituanie. En Pologne même, les communautés commencèrent à suivre la coutume établie par un autre rabbin, importante figure de l'époque, Yom Tob Lipmann Heller. Mais à la différence de Shabbetaï Katz, Heller reprit de vieilles Selihot et, parmi celles-ci, deux qui avaient été composées au 12ème siècle, après le bûcher de Blois.
Il ordonna même que ces Selihot fussent récitées le 20 Siwan, en souvenir des pogroms de 1648. La raison qu'il donna est d'un intérêt tout particulier : "Ce qui est arrivé de nos jours est semblable aux persécutions d'autrefois et tout ce qui est arrivé à nos pères est arrivé à leurs fils. A l'occasion des premières persécutions, les générations d'autrefois avaient déjà composé des Selihot et raconté les événements. C'est tout un ! Aussi, me suis-je dis, va et cherche parmi les Selihot, "car l'ongle des pères vaut mieux que le ventre des fils" (Talmud Babil, Yoma 9b)."
Mais il est aussi une autre raison : réciter leurs prières aidera à ce que les nôtres soient entendues, puisque personne ne peut comparer les paroles prononcées par des petits à celles prononcées par les grands. "Alors leurs lèvres bougeront dans leurs tombes et leurs paroles feront comme une échelle grâce à laquelle nos prières monteront au ciel" (préface de l'éditeur du Selihot le yom ha esrim le siwan, Cracovie, 1650, cité par Y. H.Yerushalmi, ibid.).

Renouant avec cette tradition tragiquement interrompue à la veille de la seconde guerre mondiale, le rabbinat français décida, au lendemain de la Shoah, de consacrer le premier jour des Selihot (Supplications), le dimanche qui précède Rosh Hashana (jour de l'an israélite), à la mémoire des déportés.
"Prier pour eux", dira le grand rabbin Jacob Kaplan, en la synagogue de la Victoire, le 23 septembre 1951, "mettre en lumière l'enseignement qu'ils nous lèguent, ce n'est pas seulement leur rendre le fidèle hommage que nous leur devons, c'est en même temps prémunir juifs et non-juifs contre les dangers de la résurgence du nazisme et du racisme."

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