A cette époque, Schilli est aidé, encouragé, soutenu par
lhomme exceptionnel quest Elie Cohen. Le rôle de Schilli,
en dehors de celui quil joue au Séminaire Rabbinique, devient
de plus en plus social.
Nommé au Beth-Dîn de Paris, il devra résoudre des problèmes
presque insolubles, mais plus le problème est difficile, plus son
coeur souvrira.
Il répond à une assistante sociale qui considère que
la solution proposée par Schilli nest pas une solution "sociale"
: "Je ne suis pas une assistante sociale, je moccupe des âmes".
Il est parfois confronté à des problèmes qui ne tolèrent pas de compromis, car des principes sont en jeu : on voit alors Henri Schilli souffrir de la souffrance dautrui, mais il ne transigera pas, et sil a pu soulager en trouvant une solution satisfaisante, il se réjouit de la joie de celui quil a pu aider.
![]() Au Jamboree de 1947
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Il était naturel quil prenne la succession de Samy Klein, Aumônier général pendant la période importante de la reconstruction de laprès-guerre. Au Jamboree de Moisson, Tison remettra la culotte courte. Sa figure rayonne de joie en voyant enfin les E.I.F. prendre, dans le Scoutisme Mondial, la place qui leur a été si longtemps refusée.
Dautres oeuvres auront la chance de compter le rabbin Schilli parmi
leurs conseillers et leurs collaborateurs. Acquis, depuis toujours, à
lentreprise sioniste, il lencourage de toutes ses forces.
Le Kéren Kayemeth fait appel à son autorité. LO.S.E.
a besoin de ses conseils. Il prend une part active à lenseignement
de lÉcole Gilbert Bloch à Orsay. Fidèle à la
mémoire de son ami et disciple Elie Cohen, il siège au conseil
de la Fondation qui porte le nom de ce dernier.
Il laisse partout sa lumineuse empreinte, sans jamais élever la voix,
sans heurter; il se contente souvent de donner lexemple.
La modestie de Schilli est impressionnante. Dans son allocution, au premier
anniversaire de sa mort, mon ami Robert
Sommer a déclaré :
| "
il
avait disposé son coeur à étudier la doctrine de lÉternel
et à la pratiquer, de même quà enseigner au sein
dIsraël la loi et le droit. Mais toujours de la manière
la moins autoritaire, en cherchant constamment à ne point se
faire remarquer.
Si lon avait offert à daucuns une chaise, ils auraient peut-être demandé un fauteuil. Lui se contentait dun strapontin... Pour lui, la modestie nétait pas une attitude, mais le fond de son être." |
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Robert Aron est, lui aussi, un des disciples du rabbin Schilli. Dorigine
juive, il sest éloigné du jJudaïsme comme beaucoup
dintellectuels juifs français. Il y fut brutalement ramené
par les lois raciales. Cest là que lattend lamitié
de Schilli.
Aron est historien.
En particulier, il a écrit une Histoire de Vichy étonnament indulgente envers certains infâmes
personnages de lépoque. Robert Aron nous a raconté lui-même
que son ami a su lui montrer la voie du retour vers ses origines. Ce nest
guère facile ! Aron a consacré ses dernières oeuvres à
une comparaison historique entre le judaïsme et le christianisme. On retrouve,
dans certaines pages, lenseignement du maître, Schilli. Dans dautres,
son absence se fait sentir. Et pourtant, quelle différence entre un Robert
Aron avant son amitié avec Schilli, et celui de la dernière époque
de sa vie! Lhistorien a été élu à lAcadémie
Française peu après la mort du rabbin. Il meurt à son tour
avant davoir pu prononcer son discours de réception.
Ai-je le droit de me considérer comme un disciple de Henri ? Moi qui nai jamais eu le temps - ou peut-être la force - de m'asseoir à ses pieds pour recevoir son enseignement. Il est vrai que jai essayé de suivre son exemple dans mes relations avec les hommes. Il ma montré que la douceur, la patience, la tolérance donnaient des résultats durables, profonds, et sincères. Mais un Chameau, même Souriant, peut-il avoir le doux rayonnement dun Tison ?...
Nos rapports sont plus des rapports damitié que ceux de maître à élève. Cette amitié sest exprimée dans une correspondance très suivie. Henri répond à toutes mes lettres, même aux lettres collectives, ce que ne font pas nombre de mes amis.
Une fois, une fois seulement, Henri rechigne. Il est déjà très
malade. Il écrit, le 8 mai 1974 :
| " Merci de ta lettre collective. Un petit mot personnel nous ferait plaisir à loccasion. Jai la prétention, à tort peut-être, de ne pas être nimporte lequel de tes camarades." |
Ces lettres qui vont et qui viennent, et que jai conservées, rendent compte de nos préoccupations du moment.
A propos du Séminaire Rabbinique, il écrit :
| "Au séminaire, bon recrutement en qualité et en quantité. Il sortira une vingtaine de rabbins dans les cinq années à venir. Tous ces jeunes gens ont déjà fait un séjour en Israël. Certains dans des Yeshivoth." |
Et immédiatement après la Guerre de Six jours :
| "Quatre élèves du Séminaire sont partis comme volontaires en Israël et, fait symptômatique, le Consistoire a trouvé cela très bien, alors quil y a peu de mois, javais du mal à obtenir quils passent une année dans une Yeshiva en Israël. " |
Rapports avec les Chrétiens :
Je demande à Henri quel doit-être notre rôle auprès
des Chrétiens, à a suite dune discussion avec un éducateur.
Ce dernier a très mal pris mon observation "quil est plus
important dexpliquer le judaïsme aux Juifs que de lexpliquer
aux Chrétiens". Voici la réponse :
| "Quant au dialogue judéo-chrétien, nous y sommes contraints ici, dans la galouth. Mais il ny a aucune illusion à nourrir. Les Justes (Henri dit hassidim) parmi les Chrétiens nont pas attendu le Concile pour nous témoigner leur amitié. Quant aux autres, il faut sen méfier, sinon leur mettre les points sur les i. Je suis très fréquemment sollicité par des Chrétiens, prêtres ou laïcs, et suis à la fois touché et effaré de leur naïve bonne foi quand ils me déclarent que maintenant, cela va vraiment changer dans "nos relations". Il est certain que nous avons mieux à faire quà discuter. Tout au plus, devons-nous les informer quand ils demandent à lêtre sur ce que nous sommes. " |
Sionisme :
Nous en venons à la place du Sionisme dans le judaïsme du Grand
Rabbin Henri Schilli. Tout, dans notre correspondance et dans nos conversations,
prouve à quel point il sidentifie à nous en particulier,
et aux Israéliens en général. Toutes ses lettres soulignent
que nous sommes "sur la bonne voie". Il se réjouit des
projets daliyah (montée en Israël) de ses enfants,
et, vers la fin de sa vie, de ses petits-enfants. Il tremble lorsque le
Pays est en danger ; il sindigne lorsque les institutions internationales
(O.N.U, ou U.N.E.S.C.O.), traitent Israël avec injustice et partialité.
Il jubile à lannonce des succès et des réussites
de notre diplomatie.
Pendant la guerre dusure (1967-68), il écrit :
| "Nous
suivons évidemment avec une certaine anxiété les incidents
qui se déroulent tout près de votre kiboutz et nous faisons
les voeux les plus ardents pour que rien dirréparable ne
vous soit infligé. Que Dieu vous protège !" |
Quatre mois plus tard :
| "Je
nai pas limpression que lon puisse sattendre
à laliyah massive tant prônée au Congrès
des Synagogues du mois de janvier à Jérusalem. Je ne tapprendrai rien en te disant quil est difficile de se déraciner du sol de France pour toutes les raisons que tu connais également. Je viens de men apercevoir lors dun voyage à A. où jai recueilli les mêmes échos que quinze jours auparavant, dans la petite communauté de B. Ici et là, jai passé une soirée à parler des conséquences que chacun devrait tirer pour soi-même de ce qui sest passé au mois de juin (La guerre des six jours.)... dans la mesure où cet événement était nécessaire pour nous éclairer sur notre solidarité profonde avec Israël. Mais ici et là, cest la même constatation que jai dû faire : Les nouveaux venus se sont rapidement intégrés et leur situation matérielle semble se stabiliser favorablement. L'avenir montrera si une propagande plus intelligente dune part, et les facilités accordées dautre part, auront raison des hésitations des candidats potentiels à laliyah." |
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