NOS USAGES RELIGIEUX
Souvenirs d'enfance
HANOUCCA
Grand Rabbin Mo´se SCHUHL
Extrait de Nos Usages religieux – Souvenirs d'enfance


 

Tout le monde connaît la Menora qui se trouve dans chaque synagogue et que l'on allume les samedis, les jours de fêtes et à Hanoucca. Elle est la représentation du candélabre du temple de Jérusalem, dont elle diffère cependant, puisqu'elle se compose de huit branches, tandis que le candélabre de Jérusalem n'en avait que sept. On l'a pourvue de huit branches au lieu de sept pour deux raisons : d'abord parce qu'il est défendu de reproduire exactement dans nos synagogues les objets sacrés qui étaient dans le temple de Jérusalem, et, ensuite, parce que le dernier jour de Hanoucca il faut allumer huit lumières à la Menora.

Pendant toute la durée de Hanoucca, les maisons israélites sont illuminées chaque soir, pour célébrer la victoire remportée par les Macchabées sur les Syriens. Des chandeliers à huit branches ou des lampes à huit becs sont pourvus de bougies ou de mèches, dont on allume une le premier soir, deux le second soir, et ainsi de suite jusqu'au huitième soir, où toutes les huit sont allumées. Quoique d'après la plupart des rabbins il suffise que le chef de la maison allume seul la lampe de Hanoucca (1), c'est la coutume, surtout chez les israélites du rite aschkenazi, que tous les membres de la famille, même les enfants, accomplissent ce devoir et qu'ils aient chacun leur lampe spéciale (2). Quand les lumières sont allumées, les parents et les enfants entonnent le chant du Maoz Tsour, dont l'air gai et traditionnel remplit de joie la famille.

Les appareils d'éclairage dont on se sert pour l'illumination de Hanoucca diffèrent par la forme et par la matière: les uns imitent la Menora des synagogues, les autres ont les huit becs disposés horizontalement; il y a des lampes d'argent, de bronze ou de cuivre jaune; le plus souvent ils sont en fer-blanc. En France, on trouve difficilement des ouvriers fabriquant ces appareils; aussi est-on réduit, dans certaines maisons, à se contenter de fixer de petites bougies sur une planche ou de mettre de l'huile et des mèches dans des coquilles de noix.

Il y a un quart de siècle, on se servait que d'huile pour les bougies de Hanoucca. Les maîtresses de maison, trouvant sans doute que les taches produites sur le plancher par l'huile tombant des lampes sont trop difficiles a enlever, ont obtenu que l'on n'emploie plus guère que des cierges minces ou des bougies filées, vulgairement appelées rats de caves.

Un divertissement particulièrement cher aux enfants a disparu depuis que l'huile a été remplacée par les bougies. Les mèches était renouvelées chaque soir, et celles qui avait servi la veille étaient recueillies soigneusement par les enfants qui, le lendemain de Hanoucca, les réunissaient toutes en un tas et y mettaient le feu. Les mèches, encore humectées d'huile, flambaient facilement, et les petits garçons et les fillettes sautaient joyeux, â plusieurs reprises, par dessus la flamme.

Le travail n'est pas interdit pendant la fête de Hanoucca ; chacun vaque donc pendant la journée à ses occupations ; ce n'est que le soir, la tâche journalière terminée, que commencent les réjouissances. La prière, les chants religieux et l'illumination sont la partie sérieuse des rites de Hanoucca ; ce sont d'ailleurs les seuls qui aient été prescrits par les rabbins, mais ils n'ont pas suffi aux israélites pour manifester leur joie, et des réjouissances moins graves se sont introduites avec le temps dans les maisons juives. On a pris l'habitude de se réunir par groupes de plusieurs familles chez des amis, avec qui on reste souvent jusqu'à minuit et même plus tard pour jouer aux cartes. J'avoue que ce divertissement n'a rien de religieux et qu'il faudrait plutôt le blâmer que l'approuver. Mais si les enjeux ne sont pas trop élevés, et si, d'autre part, le goût du jeu ne persiste pas une fois que la fête est terminée, je ne me sens pas le courage de juger trop sévèrement la récréation que quelques israélites se permettent pendant la semaine de Hanoucca.

Les cartes sont chose trop compliquée pour les enfants : ils se contentent d'un jeu plus simple, qui participe à la fois du dé et de la toupie et que l'on appelle en Alsace Hanouccadrenderlè (peut-être, par corruption, de Hanouccadreherlein), "toupie", ou tourniquet de Hanoucca". C'est un carré en bois, terminé .au bout par une pointe et dont la partie supérieure est munie d'un petit manche rond qu'on tourne vivement entre le pouce et l'index .La toupie, par le mouvement circulaire qu'on lui a imprimé, tourne sur elle-même et vient tomber sur une de ses quatre faces, dont chacune est marquée d'une initiale indiquant la perte ou le gain. L'enjeu consiste généralement en noix.

Ce qui réjouit les enfants autant que le jeu, ce sont les friandises. Les fonds ne leur manquent pas à Hanoucca pour en acheter, car les parents, les grands-parents, les oncles et tantes, les parrains et marraines, les frères aînés et les amis se croient obligés, par une vieille coutume, de leur donner des sous; quelques-uns vont même jusqu'aux pièces blanches: cela s'appelle "L'argent de Hanoucca".


Notes :
  1. Tossaphot sur Schabbat 21b; Tour, Orah Hayim, chap.671.    Retour au texte.
  2. Rema sur Schoulhan Arouch, Orah Hayim, chap.671, par. 2.    Retour au texte.

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