Benjamin LIPMAN
Extrait de Un grand rabbin francais benjamin lipman ztsal 1819-1886,
Editions Librairie Durlacher et Librairie Lipschutz
, 1928, pp. 5-23

ANNEXES A LA BIOGRAPHIE

No 1
BULLETIN DE NAISSANCE
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2e Section
La naissance de Benjamin Lipman (9 octobre 1819) est constatée civilement.
Metz, le 10 octobre 1819.
Le Commis-chef à la garde des registres de l'état civil,
Signé : COLAS.
Remarque. — Au dos de ce bulletin, le père du nouveau-né avait inscrit ces lignes hébraïques, comme mémento :
מ'ט'
 בני בער נולד בשבת ח'המ' סוכת כתשרי תק"פ לפ"ק
qui se traduisent ainsi :
ÉVÉNEMENT HEUREUX
Mon fils Ber (synonyme yidiche du nom hébraïque Dôbh) est né le jour de sabbat hôl hamôed (=demi-fête) de Soukôth (= fête des Tentes), le 20 de ticherî 5580 (date hébraïque correspondant au 9 octobre 1819).

No 3
NOMINATION DE RABBIN A PHALSBOURG
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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ
Sous-Préfecture de l'arrondissement de Sarrebourg
Préfecture du Département de la Meurthe
          ARRÊTÉ :
    Le Ministre de l'Instruction publique et des Cultes,
    Vu la lettre du 22 mars 1848, par laquelle le Consistoire central des Israëlites (sic) demande l'approbation de l'élection de M. Lipman (Benjamin) en qualité de Rabbin à Phalsbourg, consistoire départemental de Nancy (Meurthe) ;
    Vu les pièces desquelles il résulte que les formalités prescrites par l'article 48 de l'ordonnance royale du 25 mai 1844 ont été accomplies et que M. Lipman remplit les conditions exigées ;
    Sur le rapport du Directeur général de l'administration des Cultes,
          Arrête :
    Est approuvée l'élection de M. Lipman (Benjamin), pourvu du diplôme du 2e degré rabbinique, en qualité de rabbin communal à Phalsbourg, consistoire israëlite (sic)de Nancy (Meurthe).
  Paris, le 7 juin 1848
Signé : CARNOT.
Pour expédition conforme,
Le Directeur général de l' Administration des Cultes.
Signé : E. DURIEU.
Pour copie conforme destinée à M. le Sous-Préfet de Sarrebourg,
Le Conseiller de Préfecture, Secrétaire général;
Signé : MAMELLE.
Pour copie conforme destinée à M. Lippman (sic) Benjamin,
Rabbin à  Phalsbourg,
Le Sous-Préfet de Sarrebourg
Signature illisible.

No 4
INSTALLATION DE RABBIN

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Commune de Phalsbourg
Circonscription consistoriale de Nancy

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    Aujourd'hui vingt et un juillet mil huit cent quarante-huit, je soussigné, Président de la commission administrative près le temple israélite de Phalsbourg, délégué par lettre du Consistoire israélite de Nancy en date du dix juillet mil huit cent quarante-huit à l'effet de procéder à l'installation de Monsieur Lipman (Benjamin), né à Metz (Moselle) le dix octobre (1) mil huit cent dix-neuf, nommé rabbin communal de Phalsbourg, me suis transporté à la synagogue de cette commune, après avoir fait inviter Monsieur le Rabbin à s'y rendre également.
    Le titulaire s'étant rendu à mon invitation, je lui ai fait lecture de la lettre du Consistoire, après quoi je l'ai proclamé rabbin de la commune de Phalsbourg, et l'ai installé dans ses fonctions.
    De quoi j'ai dressé le présent procès-verbal que le titulaire a signé avec moi.
    Fait triple à Phalsbourg, le jour, mois et an que dessus.
Le titulaire,
Signé : B. LIPMAN
Le Président de la Commission administrative,
délégué par le Consistoire,
Signé : D. WEILL.

(1) Erreur : pour le neuf octobre (A. L.).

No 5
INAUGURATION DU TEMPLE

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Phalsbourg,  le 10 septembre 1857.
Dieu soit béni, le temple est achevé!
               

(1) ערב שבת ק' כי תבוא תריז לפ"ק 11 septembre 1857.
    La cérémonie d'inauguration a eu lieu avec une grande pompe et beaucoup de solennité. L'ordre le plus parfait n'a cessé de régner  pendant toute la cérémonie. L'office a été exécuté par Monsieur le Ministre officiant de Strasbourg. Les chanteurs ainsi que les enfants du chœur l'avaient accompagné. Il a brillamment exécuté les parties du programme qui lui étaient  dévolues. Monsieur Lipman, notre rabbin, a prononcé beau discours sur la Tolérance, discours qui a
fait une  profonde impression sur les assistants de tous les cultes. La musique du 64e; sous la direction de son chef Monsieur Loustalot, a prêté son concours à la cérémonie. Toutes les notabilités  civiles et militaires assistaient à cette belle fête, ainsi que les habitants  y invités (sic).
    Nous saurons signaler particulièrement la présence de Monsieur le général Ouri (sic) (2), dont la haute protection nous a valu un secours du  gouvernement de l'empereur Napoléon III (six mille francs).
    Gloire et hommage au  Dieu d'Israël !
    Les dépenses occasionnées par  cette cérémonie sont inscrites dans les registres tenus par le rabbin. Ces registres sont affectés uniquement à la construction du Temple. Les autres donnent la situation du Budget de la Communauté.
Le Président :
Joseph SAMUEL

Les Membres de la Commission :
N. J .SALOMON.
Justin LÉVY.
Léopold SALOMON
Alexandre ARON jeune (3).

(1) Erreur sur la sidrah : c'était Nitsavim-Vayelekh (A. L.).
(2) C'était le général Uri, le célèbre défenseur de Strasbourg en 1870 (A. L.).
(3) Beau-père du vénéré grand rabbin de France Alfred Lévy za"l.

No 6
LETTRE D'ADIEU

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Phalsbourg,  le 28 août 1863.
               
        Monsieur le Grand Rabbin,
    Pénétrés de reconnaissance pour les éminents services que vous avez rendus à notre communauté pendant les quinze années qu'elle a eu l'avantage de vous posséder comme son chef spirituel, nous avons l'honneur de vous offrir une coupe en vermeil que vous accepterez comme un gage de notre amitié et de notre estime.
    Au moment où vous nous quittez, Monsieur le Grand Rabbin, pour aller prendre possession d'un des plus importants sièges rabbiniques de France, nous sommes sûrs de nous rendre les interprètes de tous nos coreligionnaires de cette ville, en formant des vœux pour vos succès dans la position élevée que vous ont value votre mérite et vos hautes qualités.
    Recevez,  Monsieur le Grand Rabbin, l'assurance de nos sentiments distingués.

Les Membres de la commission administrative du Temple
de Phalsbourg.
Signé : N. J. SALOMON, J. LÉVY, HAAS.
A Monsieur Lipman, Grand Rabbin de la circonscription de Metz.

No 7
CANTATE chantée à la cérémonie d'installation dans la
chaire de Metz, le 4 septembre 1863. Paroles de Moïse Alcan,
membre du Consistoire ; musique de Hellmann, directeur
du choeur du Temple.

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SALUT AU PASTEUR

Choeur
Eclatez chants d'allégresse,
Chants d'amour et de bonheur !
Dans la maison du Seigneur
Plus de deuil, plus de tristesse !
 Dans la maison du Seigneur
Salut au nouveau Pasteur !
1er solo
Dieu qu'Israël adore,
Daigne exaucer nos voeux :
Au séjour des heureux,
Dans l'éternelle aurore,
 Du Pasteur qui n'est plus
Couronne les vertus !
Choeur
Eclatez chants d'allégresse, etc...
2e Solo
Dieu, de ton bras auguste
Daigne prêter l'appui
Au Pasteur d'aujourd'hui,
Et parmi nous, Dieu juste, Fais régner à jamais
La concorde et la paix !
Choeur
Eclatez chants d'allégresse, etc...

No 8
DISCOURS du président du Consistoire israélite de Metz, Aron Caen, à l'installation du grand rabbin Lipman dans la chaire messine, le 4 septembre 1863.

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    Conformément au décret impérial, dont j'ai eu l'honneur de donner lecture, je viens, Monsieur le Rabbin, procéder à votre installation dans les fonctions de grand Rabbin de la circonscription consistoriale de Metz.
    Monsieur le ministre du culte, c'est en présence de ceux à qui vous dispenserez la parole divine, c'est dans la maison de Dieu, sous ces voûtes sacrées  où les accents de la vérité ont seuls le droit de se faire entendre, que je proclame votre entrée en fonctions.
    Messieurs, en remplissant le mandat que le décret du 29 août 1862 a mis dans les attributions du Consistoire, celui de présenter à l'autorité supérieure de notre culte des candidats dignes d'occuper le poste éminent de Grand Rabbin, l'administration que j'ai l'honneur de présider a eu une pensée dominante ; c'était de choisir parmi les plus méritants celui qui, à un savoir incontestable, à un caractère ferme et élevé, à des qualités solides et patriarcales, joignait l'expérience de l'âge mûr, l'habitude de diriger les hommes vers le bien, et la connaissance, par une carrière déjà honorablement fournie, des besoins religieux et moraux ; c'était la pensée de désigner un Rabbin dont la vie sacerdotale offrit autant de preuves pratiques que d'espérances de capacités, dont les services déjà rendus à la synagogue, par une initiative éclairée et une incessante activité, donnassent la certitude qu'il était apte à remplir dignement sa haute mission ; et dans notre revue
rétrospective notre esprit se reportait sur cette chaîne de docteurs, aussi vénérables qu'instruits, qui ont successivementont occupé la chaire rabbinique de Metz, et qui ont su assurer nt conserver à notre importante communauté, pendant de longs siècles, un rang distingué dans le monde israélite.
    Parmi les anciens élèves de l'école rabbinique de Metz, qui se sont préparés sous nos yeux à la carrière sacerdotale et qui, pour la plupart, comptent aujourd'hui parmi les vétérans du rabbinat français, nous nous sommes rappelé les efforts et  les succès de ceux d'entre eux qui, ayant eu la consscience de leur vocation, préludaient à leur future destinée par un travail opiniâtre et soutenu et par une conduite dénotant le germe de vertus austères, qui imposent le bien plutôt qu'elles  ne le commandent ; nous avons été heureux de pouvoir arrêter notre choix sur un homme dont le passé était couronné déjà de l'auréole d'une réputation méritée, et qui s'offrait en  première ligne, avec les conditions indispensables à un grand chef religieux, pour inspirer la confiance et la vénération.
    Nous nous félicitons, nous le disons avec un certain orgueil, d'a voir rencontré ces qualités et ces garanties dans un fils de notre cité, dont nous avons suivi avec intérêt les études et les  progrès pondant qu'il était élève parmi nous, dont nous avons apprécié les qualités oratoires dans plusieurs circonstances,  et dont nous avons connu l'activité pastorale non ralentie, depuis plus de quinze ans qu'il occupe un siège rabbinique.
    Oui, Monsieur le Grand Rabbin, en continuant la série des rabbins messins, qui depuis un temps immémorial se sont succédés dans cette chaire de vérité, vous contribuerez comme eux, nous en avons la certitude, par une direction éclairée et par une appréciation saine et perspicace des nécessités religieuses, vous contribuerez, dis-je, à maintenir nos communautés dans une situation florissante. Pasteur fidèle et dévoué, vous veillerez sur votre troupeau avec soin et intelligence, vos paroles persuasives ramèneront les égarés, vos conseils prudents et empreints de cet esprit de conciliation, dont nos Sages font l'attribut le plus glorieux de nos pontifes, sauront faire renaître l'union là où elle pourrait être rompue, la paix là où elle pourrait être troublée ; enfin vos instructions paternelles et morales, vos enseignements fréquemment départis, propageront les idées d'améliorations sociales, inséparables des principes religieux lorsqu'elles ont pour objet le développement du vrai patriotisme, le triomphe de la vertu et le bien commun de tous les hommes sans distinction.
    Permettez-moi, Monsieur le Grand Rabbin, de parler du regretté et éminent pasteur à qui vous êtes appelé à succéder ; et bien que ses dernières volontés, si énergiquement recommandées et qui ont été le complément d'une modestie poussée jusqu'à l'abnégation, dussent nous imposer le devoir de garder un silence absolu sur ses grandes qualités et sur les services éminents qu'il a rendus pendant sa longue et honorable carrière, je ne puis cependant me défendre de jeter quelques fleurs sur sa tombe à peine fermée. Les trésors de vertus et les hautes sciences qu'il avait en partage lui avaient depuis longtemps assigné une place distinguée parmi les pasteurs d'Israël personne n'a oublié la douloureuse sensation que sa mort inattendue a produite dans le public et les regrets universels qu'excita l'impossibilité de mettre au grand jour, à l'heure du dernier adieu, les droits qu'il avait à la vénération de tous. Que sa sainte âme agrée, dans le séjour de la béatitude éternelle, l'expression de nos faibles hommages !
    Vous marcherez, Monsieur le Grand Rabbin, sur les traces de ce digne et vertueux ministre de Dieu, vous saurez concilier les devoirs rigoureux de votre saint ministère avec les exigences non moins sacrées de la civilisation ; comme le sien, votre fanion pastoral portera pour devise la belle et caractéristique formule du Prophète : "Aimez la vérité et la paix" ; en enseignant la foi sincère dans les vérités éternelles de la religion de nos pères, vous recommanderez, avec non moins d'énergie, l'application constante, la pratique continuelle de toutes les vertus sociales, qui constituent tous les hommes en une seule famille, et l'humanité entière en une houle et même nation.
    Prenez possession, Monsieur le Grand Rabbin, de la chaire à laquelle vous a appelé l'administration centrale de notre culte, occupez ce siège où vous intronise la haute bienveillance du gouvernement de l'Empereur, qui a tous les droits de compter sur votre juste et légitime ascendant pour former des citoyens dévoués à la patrie, attachés à ses institutions et fidèles à l'auguste Souverain qui dirige les destinées de la France avec tant de gloire et de justice.

 

No 9
ADRESSE de la confrérie des Metaharim (Purificateurs) au grand rabbin Lipman, son président.

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מנחת תודה הוא   - הובאה לתפארת ולתהלה
לחוב מה"ו דוב ראש כניסתנו - מורה הקהלה
מאת בי חברת המטהרים - מפיו תורה את מקשיבים
מידי שבת בשבתו - נועם אמריו וטעמו' אף חובבים
צוין הכסא הזה - כי יקרה בעיניהם נפש רבם
לו יערב אליו המתן - יובל שי לו מקירות לבם;
Metz,  le 24 mars1864.
                Suivent les signatures :
S. EMERIQUE, ROSSEMBAUM, NATHAN OULIF, S. LAZARD dit A. ALBERT, PESMAN (en cursive hébraïque), Elie LAMBERT, Bernard JACOB, Alexandre LÉVY, BLOCH, Lion LÉVY, A.GRODVOLLE.

Voici la traduction libre de ce sixain hébraïque :
Cadeau offert, dans un sentiment de reconnaissance et d'admiration, au grand rabbin Dôbh (nom hébraïque), président de notre Société et chef spirituel de la communauté, par nous membres de la confrérie des Purificateurs. Nous recevons, à chaque sabbat, ses enseignements sur la  Loi divine, nous goûtons avec délice le charme de sa parole. Ce siège (1) est un témoignage de l'affection que nous lui  portons. Puisse le grand rabbin agréer un présent, que nous lui offrons de tout cœur !

(1) Le cadeau consistait en un fauteuil, allusion à la présidence, exercée par le grand rabbin, et au siège d'honneur qu'occupait le maître dans les écoles rabbiniques de l'antiquité (A. L.).

No 14
Le grand rabbin de la circonscription israélite de Metz à Monsieur le baron BAUDE, représentant la France à la Conférence de Bruxelles, à Bruxelles.

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Metz,  13 mars1871.

          Monsieur,
    Chargé de représenter la France à la Conférence qui va s'ouvrir à Bruxelles, vous avez à soigner des intérêts si graves, si nombreux et si variés que je ne crois pas déplacé de ma part de prendre la liberté, en ma qualité de grand rabbin de la circonscription de Metz, de recommander à vos soins la population israélite, dont j'ai l'honneur d'être le chef religieux. Elle s'élève au nombre de 9.000 âmes environ, et ses intérêts sont identiques à ceux de tous les israélites de l'Alsace et de la Lorraine allemande, qui forment un groupe de 48.000 âmes.
    Au moment où les événements nous arrachent violemment à la France, dont nous avons appris à bénir la justice, la générosité envers tous ceux qui vivent sous ses lois, nous nous réfugions sous l'égide de celui qui la représentera à la Conférence de Bruxelles, nous lui demandons de vouloir bien songer à sauvegarder nos droits, à faire régler d'une manière satisfaisante la position des fonctionnaires de notre culte, à faire maintenir les engagements contractés envers nos communautés, à faire protéger enfin nos écoles et toutes nos autres institutions.
    Pour plus de sûreté, j'ai l'honneur de vous adresser la présente pétition en deux copies, dont j'envoie l'une à Paris et l'autre à Bruxelles.
    Je serais heureux, Monsieur, d'apprendre que vous avez accueilli ma démarche avec bienveillance et je vous en serais profondément reconnaissant.
    Veuillez agréer, etc...
Signé : B. LIPMAN.
               

No 15
Le BARON BAUDE, représentant la France à la Conférence de Bruxelles, àM. le Grand Rabbin de Metz, à Metz.

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Bruxelles,  22 mars1871.

          Monsieur le Grand Rabbin,
    J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 13 de ce mois. Je n'ai pas besoin de vous dire que toute la sollicitude des Plénipotentiaires est acquise par avance aux intérêts dont vous êtes l'interprète, et je m'efforcerai, le cas échéant, de répondre, autant que possible, à l'appel que vous m'adressez. Je vous engage, si vous avez quelques observations à présenter sur une question particulière, à ne pas négliger  de les soumettre, en même temps qu'à nous, directement à M. le Ministre des Affaires étrangères à Versailles, qui en tiendrait compte dans les instructions destinées à servir de base aux travaux des Plénipotentiaires.
    Agréez, etc....
Le Ministre de France: Signé : Baron BAUDE.
               

No 16
Le grand rabbin de Metz à son Excellence le Ministre des Affaires étrangères, à Versailles

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Metz, le 20 avril 1871.

          Monsieur le Ministre,
    C'est pour suivre le conseil qu'a bien voulu me donner M. le baron Baude, de la légation de France en Belgique, que j'ose prendre la liberté de placer sous les yeux de de votre Excellence les notes et les observations que j'ai adressées à Monsieur le baron, en même temps que la copie de la lettre que celui-ci m'a fait l'honneur de m'écrire.
    J'ai l'honneur d'être, de votre Excellence, etc...
Signé : B. LIPMAN.

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Réponse du Ministre des Affaires étrangères.

Le Ministre des Affaires étrangères Jules Favre à M. le Grand Rabbin de Metz.
Versailles, 25 avril 1871.

          Monsieur,
    J'ai reçu la lettre; que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20 de ce mois. J'apprécie les observations que vous me présentez sur la situation de vos coreligionnaires et de leurs établissements dans le département de la Moselle, et j'ai écrit hier à nos Plénipotentiaires à Bruxelles, pour leur recommander de donner toute leur attention aux questions que vous me signalez.
    Recevez, etc...
Signé: Jules FAVRE.

No 17
A Monsieur le Président du Consistoire central des Israélites de France.

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Metz, 3 octobre 1871.

          Monsieur le Président,
    Les journaux publient la formule du serment que le gouvernement prussien va demander aux fonctionnaires dans les provinces annexées. Je puis donc m'attendre à être bientôt invité à jurer fidélité et obéissance à l'Empereur d'Allemagne. Je m'y refuserai. Mon refus me rendra l'exercice de mes fonctions à Metz impossible.
    Dans ce cas, je me propose de me retirer à Sedan, où je continuerai de remplir les devoirs de mon ministère, et où je dois pouvoir compter sur le gouvernement français.
    Telle est, Monsieur le Président, la résolution que j'ai cru devoir prendre. J'ai l'espoir que le Consistoire central voudra bien me donner son avis, ses instructions, ses conseils et toute sa protection.
    Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes hommages très  respectueux.
Signé : B. LIPMAN.
               

No 18
LETTRE D'ADIEU de la Commission administrative de la Synagogue de Metz.

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Metz, août 1872.

          Monsieur le Grand Rabbin,
    L'administration de la synagogue a l'honneur de venir vous exprimer tous les regrets qu'elle éprouve de votre prochain départ ; ces regrets sont vivement partagés par toute notre communauté, que vous avez su diriger avec tant de bonté et de sagesse ; elle déplore amèrement le moment où elle va se voir privée d'un si bon pasteur, qui s'est acquis toutes les sympathies et dont le souvenir lui restera à jamais bien cher. Permettez-nous, notre très digne et vénérable Grand Rabbin, de vous prier de vouloir bien agréer les vœux sincères que nous formons pour votre précieuse conservation ; ces vœux de notre cœur vous accompagneront dans la nouvelle communauté qui va avoir le bonheur de vous posséder. Puissiez-vous y trouver une juste compensation à la douleur que nous ne doutons pas que vous éprouvez vous-même en quittant celle qui vous a été toujours si chère !
Veuillez bien, par une dernière bonté, accepter, Monsieur le Grand Rabbin, cette faible marque de souvenir et de reconnaissance, que notre administration a l'honneur de vous offrir au nom de la communauté de Metz (1) ; si son importance est loin de répondre à nos désirs, soyez persuadé du moins que les sentiments avec lesquels nous vous l'offrons et notre attachement pour votre personne resteront pour toujours inaltérables.
  Le Président de l'administration de la Synagogue :
Signé : J. BLOCH

(1) C'était un très beau calice de vermeil, sur lequel était gravée l'inscription : La communauté israélite de Metz à M. le grand rabbin, souvenir de Respect (A. L.).
               

No 20
LETTRE D'ADIEU.

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Les Confréries גמילות חסדים et קברוניםde Metz au grand rabbin de Metz.


15 Ab 5632.

          Monsieur le Grand Rabbin,
    Il y a neuf ans, nous saluions avec joie votre avènement au siège rabbinique de Metz. Confiants en votre science et votre piété, pour la direction spirituelle de notre Communauté. le coeur plein de satisfaction, nous vous avons souhaité la bienvenue et fêté votre installation (1), ברוך אתה בבואך
    Aujourd'hui hélas ! aux nombreux regrets que les malheureux événements laissent dans le coeur de tous nos concitoyens, détachés si violemment de la mère patrie, s'ajoute pour notre communauté celui de voir s'éloigner son vénéré pasteur, qu'elle s'était habituée à respecter et à aimer.
    Une consolation nous reste, celle de le savoir appelé à continuer ses importantes fonctions rabbiniques, à répandre les bienfaits de son ministère sacré dans des communautés françaises.
    Nos voeux pour votre bonheur et pour celui de votre famille vous accompagneront dans votre nouvelle résidence. Puisse Dieu bénir votre nouvelle oeuvre sacerdotale et vous conserver longtemps aux communautés que vous êtes chargé d'instruire : ברוך אתה בצאתך (2).
    Veuillez, Monsieur le Grand Rabbin, agréer le petit souvenir que vous offrent les deux confréries גמילות חסדים (3) et קברונים (4), comme gage de leur haute estime et de leur profond respect.
Pour les deux confréries :
Le Directeur, E. DENNERY. Le Président :
L. MORHANGE.

(1) "Sois béni à ta venue !" (Deutéronome, XXVIII, 6) (A. L.).
(2) "Sois béni à ton départ !" (Deutér., XXVIII, 6) (A. L.).
(3) "Ceux qui secourent les indigents." (A. L.).
(4) "Ceux qui enterrent les morts." (A. L.).
               

No 21
Réponse à l'adresse que nous a envoyée le Consistoire israélite de Metz à l'occasion de notre nomination de Chevalier de la Légion d'honneur (Extrait du registre de correspondance du grand rabbin).

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Lille, 12 février 1877.

          Mes très chers collègues,
    L'ennemi n'a pu rompre les liens qui unissent nos coeurs d'Israélites et de Français. Notre culte étant honoré dans ma personne par le Chef de l'Etat, vous m'envoyez vos cordiales félicitations, pour lesquelles je vous suis bien reconnaissant. J'en aurais ressenti un plaisir sans mélange, si j'avais pu les recevoir dans notre Metz d'autrefois. Mais j'ai la satisfaction de penser que mes services, pendant la période que j'ai passée au milieu de vous, constituent un de mes principaux titres à la distinction dont je viens d'être l'objet.
    Croyez, très chers collègues, à mon entier dévouement et recevez, avec mes remerciements sincères, l'assurance de mes sentiments affectueux.
B. LIPMAN.
               


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