Claude Shlomo LEDERER
(1936 - 2019)


Claude LedererLe grand rabbin Claude Lederer est né en 1936 à Strasbourg.
Evacué en 1940 à Chalus près de Limoges, il revient en Alsace le 14 juillet 1945.
Sa scolarité se poursuit au Lycée Kleber puis à l'école Aquiba.
En 1954 il est élève à l'école rabbinique à Paris
En 1960 il étudie pendant un an à Jérusalem à la Yeshiva Kol Torah et termine ainsi ses études rabbiniques
Son premier poste est celui de Wissembourg qu'il occupera pendant deux ans de 1962 à 64
Puis il est adjoint au grand rabbin de Metz, Roger Kahn, s'occupant de la jeunesse et du Talmud Torah
En 1969 il est nommé rabbin à Bischheim, sa ville d'origine (succédant au rabbin Friedemann monté en Israël), poste qu'il conservera jusqu'à sa retraite en 2006.
Il assure aussi la fonction d'aumônier des étudiants à Strasbourg, où il organise de nombreuses activités culturelles avec André Franckel.
En 2006, à l'occasion de son départ à la retraite, il reçoit le titre de Grand Rabbin.
Le rabbin Lederer est décédé le 29 octobre 2019 à Jérusalem, où il a été enterré.

Textes du Grand Rabbin Claude Lederer sur notre site :

Hommage de Harold Avraham Weill
Grand Rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin

Mon Cher Claude,
,מו״ר שלמה בן מאיר זצ״ל
Si j’écris ces quelques lignes en ma qualité de Grand Rabbin, c’est en grande partie à toi que je le dois.
Tu m’as tant appris. Tant guidé. Tant donné d’affection.
Depuis mon plus jeune âge, tu m’as considéré comme l’un de tes enfants, m’asseyant à côté de toi à la shoule et m’apprenant avec patience et douceur les secrets de la liturgie rhénane.
Régulièrement à ta table de Shabath, tu m’as donné le goût de l’étude et l’amour de ce jour, où l’atmosphère chez toi était si particulière.
Ma première haftara, mes premiers offices, mes premières drashoth (allocutions), c’est avec toi que je les ai préparés. Je ne l’ai jamais oublié.
Tu étais un homme entier, exigeant.
Ton fort caractère cachait un cœur immense et une érudition exceptionnelle qui a su marquer de manière indélébile des dizaines et des dizaines de disciples.
Ta disparition est une douleur immense pour moi. Mais je sais qu’elle l’est aussi pour l’ensemble de la communauté bas-rhinoise et plus généralement, pour la communauté juive de France toute entière.
A Dany, à tous tes enfants pour qui j’ai tellement d’affection, je veux dire que ton message est toujours présent et que nous essaierons de perpétuer au mieux ton amour de l’étude.
Repose en paix.

Hommage du Grand Rabbin Alain Weill

Le grand rabbin Claude Lederer est né à Strasbourg en 1936. Il a grandi à Bischheim.
Evacué avec ses parents en 1940, ils aboutissent à Chalus près de Limoges. Ils reviennent en Alsace en 1945.
Il fréquente d’abord le lycée Kléber puis s’inscrit à l’école Aquiba que vient d’ouvrir le Grand Rabbin Abraham Deutsch.
Après le bac, il rentre à l’école rabbinique à Paris en 1955 et reçoit son diplôme de Rabbin en 1961. Entre temps, il a fait une année de yeshiva à Kol Tora en 1960.
Sa carrière rabbinique se divise en trois temps. Il occupe successivement les postes de Wissembourg, de Metz et de Bischheim, retour aux sources. Il a été dans ces trois postes l’un des meilleurs rabbins de son époque. Ses points forts : un contact facile avec tout le monde, simples fidèles comme grands de ce monde. Un excellent animateur de la jeunesse.
Dès son premier poste dans une petite communauté de campagne, il crée avec son collègue de Bischheim, le Rabbin Charles Friedemann la J.J.P.C.A., un mouvement de jeunesse pour les jeunes de la région et organise des week-ends shabatiques à Soultz, Barr et Oberschaeffolsheim.
A Metz, il est chargé d’animer la jeunesse et de diriger le Talmud Torah. Il seconde le grand rabbin Roger Kahn. Il organise chaque année des vacances pour les jeunes à Adelboden. Grand succès. Il est aussi très apprécié pour ses cours au Talmud Torah. Il reste à Metz de 1965 à 1969.
Puis il revient dans sa Communauté d’enfance. Pas facile de se faire accepter comme Rabbin quand les fidèles vous ont connu en culotte courte. Il y parvient, secondé par de grands présidents comme MM. Lazar, Katz, Gérard Hess et tant d’autres. Il s’occupe de redonner à Bischheim ses lettres de noblesse et avec l’appui des autorités, fonde un Musée juif avec le vieux mikveh (bain rituel).
Dès l’arrivée des Juifs sefaradim, il se met à leur service pour adoucir ce choc à plusieurs facettes que représente pour eux l’arrivée en Alsace, terre achkenaze, au climat rigoureux et dans un environnement non-juif. A Bischheim, il organise des cours très appréciés pour hommes et femmes, fait venir des conférenciers renommés, André Fraenkel, Benno Gross, Manitou, Trigano, Gilles Bernheim. Il s’occupe de venir en aide aux Juifs d’Ukraine et organise un voyage sur place. Pour les familles, il met sur pied des week-ends dans des maisons dans les Vosges avec un grand succès. Enfin il sera aussi l’aumônier des étudiants juifs et grâce à son sens du contact, il réussira aussi dans cette fonction.

l a été un Juif du terroir très attaché aux traditions locales et aux bons mots en judéo-alsacien. Il a été un rabbin de terrain proche de ses fidèles et disant à tous, petits ou grands, les quatre vérités, pas un rabbin de cour... C’était un homme qui aimait la vie, la bonne chère et rire, un peu rabelaisien si je puis me permettre. C’était un bon copain sur lequel on pouvait compter.
Il a connuune grande épreuve avec la disparition de sa première épouse, Paulette Nerson dont il a eu quatre enfants. Puis il a eu le bonheur d’épouser Danièle Lévy de Haguenau dont il aura aussi quatre enfants. Danièle s’est occupée comme s’il s’agissait de ses propres enfants des quatre orphelins et a su créer une symbiose remarquable au sein de cette famille. Ces huit enfants sont mariés et pères ou mères de famille. Elle a été sa Echet Hail (femme vertueuse) au sens le plus complet. Épouse, mère, femme de rabbin, maîtresse de maison avec une table à rallonges grande ouverte.
Quand ils prennent une retraite bien méritée en Eretz, le plus dur les attend avec la maladie sournoise qui gagne chaque jour du terrain. Danièle montre alors une force surhumaine et accepte sans une plainte cette épreuve. Tel un capitaine courageux, elle affronte le déluge qui risque de faire sombrer le navire. Elle tient bon, aidée de ses enfants, de Rinato le Philippin et de sa force de caractère.
Claude Lederer a été l’élève, si l’on peut dire, de deux grands Maîtres : André Fraenkel, maître en Hassidouth et Claude Ehrlich, maître en philosophie. Même au plus fort de sa maladie, il s’efforçait de continuer à lire. Il était assoiffé de connaissances tant profanes que juives. Nos amicales pensées à tous les membres de sa famille. Yehi Zikhro Baroukh...

Claude, ce lutteur !
Rabbin Claude Heymann

C'est un soir tard en cette fin de mois de Tishri que le Grand Rabbin Claude Lederer za"l est inhumé à Jérusalem en présence de sa famille et d'une nombreuse assistance composée de collègues, d'élèves et d'amis. Cette forte assistance témoigne sans aucun doute du vide que laisse la disparition de ce dirigeant communautaire d'exception, d'autant qu'avec la disparition de Claude Lederer, c'est toute une époque qui, de mon point de vue, entre dans l'histoire. "Son temps" va petit à petit devenir, j'en suis certain, un élément de langage, une référence lorsque l'on voudra parler de certains thèmes, d'une certaine manière de faire et d'être.
En effet, je vois le parcours de Claude Lederer comme celui d'un "entre-deux" conciliant le vécu d'un jeune juif né en France, aillant grandi à Bischheim dans une communauté aux références juives fortes d'une part avec en dot le bagage culturel d'un enfant de la république d'une part et un judaïsme basé sur les textes traditionnels auquel il va adhérer, d'autre part. On peut aisément imaginer l'effort que le jeune étudiant doit réaliser pour intégrer ces nouveaux savoirs, compte tenu de son propre arrière-plan culturel.
Claude est à la fois l'élève des rabbins Max Warschawski et Roger Cahen dans les années cinquante à Bischheim. Il passe par la suite cinq années au Séminaire de la rue Vauquelin suivant à la fois les cours de Talmud et de Halakhah du Grand Rabbin Ernest Gugenheim avec en parallèle les leçons de Georges Vajda sur la Bible et la pensée juive du Moyen Age tout en se rendant fréquemment à Orsay pour écouter Manitou. Il aura aussi la chance, rare à l'époque, de passer une année à la Yechiva de Kol Thora à Jérusalem où il côtoie, entres autres, le futur Rav Yehoschoua Neuwirth promis à un grand avenir.
C'est donc avec ce cursus qu'il s’attelle à l'étude et à la transmission de nos textes, refusant de s'enfermer dans un judaïsme liturgique souvent "lacrimaire", pénétré de l'idée que seule cette recherche et cette réflexion sont capables de renouveler le discours religieux suranné trop souvent entendu. Au milieu de son parcours, sa rencontre avec le Sage Aaron Fraenkel, à partir des années soixante-dix est pour lui, au plan intellectuel, décisive. C'est alors qu'il aborde l’étude des textes du Maharal de Prague et la pensée de Rabbi Tsadok Hacohen, grand maître de la pensée 'hassidique. Mais s'il est clair que leurs références alsaciennes communes - ils en connaissent tous deux bien la langue -, ne sont pas étrangères au lien fort qui s'établit entre eux, c’est l’alliage entre une culture générale forte et un ancrage dans la pensée de nos Sages, qui aura été au centre de son intérêt à lui, Claude.
Le jeune juif de Bischheim est sans aucun doute aussi porté par plusieurs figures du rabbinat, qui après avoir occupé le siège de Bischheim jouent un rôle déterminant dans l'évolution de la communauté bas-rhinoise. Il s'agit d'une part des grands rabbins A. Deutsch et M.Warschawski, puis pour la dernière période du très regretté rabbin Charles Friedmann avec lequel il va collaborer depuis Wissembourg - son premier poste -, et qui aura durablement marqué l'équipe rabbinique durant les années cinquante et soixante.
Claude réussit grâce à son parlé vrai, voire cru, à s'entourer de jeunes et de moins jeunes avides de connaissances juives et d'action communautaire novatrice, tous attirés par con côté iconoclaste. Il se donne aussi, grâce à son entregent, les moyens d'une indépendance d'action garante d'une forte réactivité.

Plus personnellement, je fais la connaissance de Claude au début des années quatre-vingt du siècle dernier, il est à cette époque très investi dans une activité féconde.
Mais c'est en 1982, pendant la première guerre du Liban, alors qu'Israël est attaqué de toutes parts et surtout par une frange importante du monde intellectuel juif et non juif, que Claude, réagit, dans le cadre de l'équipe rabbinique avec force et détermination de manière toute à fait innovante pour moi à l'époque. Il suggère d'inviter un intervenant pour nous aider, nous rabbins et autres responsables communautaires, à faire face aux attaques, à construire notre réflexion et notre argumentaire dans un climat anxiogène assez pénible dont certains se rappellent encore. Grâce à ses relations, son carnet d'adresse est alors bien fourni, Claude met sur place cette formation à notre plus grand soulagement, il finit, bousculant toute le monde, par trouver les moyens financiers et logistiques pour mener à bien ce qu'il considère être comme la réponse la plus adéquate à la situation.
Je découvre aussi un rabbin non conformiste, désirant "secouer le cocotier" de l'establishment communautaire. Ses manières parfois fougueuses dans leurs expressions, qui ne lui valent pas que des amitiés, n'arrivent pas à masquer son appréciation juste des choses.
Par ailleurs nos réunions rabbiniques, souvent convoquées dans l'urgence sont marquées par des discussions homériques pas très efficaces, mais toujours sympathiques.
Claude est cependant aussi, à ce moment-là, reconnu pour ses initiatives en faveur des jeunes adultes comme Guesher et surtout pour l'organisation de cycles de conférences aux thèmes résolument engagés. Ces soirées d’études voire ces séminaires, seront pendant plus de quinze ans des moments importants de la vie juive strasbourgeoise. Je garde en mémoire, le beau volume de conférences, témoin d'un ensemble d'exposés sur l'antisémitisme dont on ressent déjà la résurgence avec le succès grandissant des théories de Faurisson dans les années quatre-vingt-dix.
Plus prosaïquement nous collaborons de façon enrichissante dans la réunion des Talmudei Thora de Haguenau et de Bischheim durant cinq années environ. Dans ce cadre, je peux aussi profiter de sa volonté d'utiliser des manuels adaptés aux enfants qui nous sont confiés et de sa capacité à produire des fascicules clairs et utiles que l'on ne trouve pas à cette époque dans le commerce, d'autant que le prix des productions israéliennes et américaines sont encore prohibitives. C'est avec une ténacité impressionnante qu'il mobilise collaborateurs et sympathisants pour permettre à ses initiatives de prendre corps. Je peux là encore profiter de sa riche expérience.
C'est pour moi comme un grand frère qui disparaît, rabbin exceptionnel et insolite dont l’action stimulante constitue un précieux souvenir.

Hommages des internautes
Exprimés sur notre page Facebook

"Je l'ai bien connu à la fin des années 60. Nous avions même créé ensemble (et avec Gérard Kisler à Paris) un magazine pour la jeunesse juive "Point Commun". (François Guthmann)

"Mes pensées fort attristées. Claude a passé les années de la guerre à Chatillon sur Indre tout comme mes parents et leurs familles. Et le Rabbin Claude Lederer a célébré mon mariage avec Claude Levy z'l en la synagogue de Bischheim, dans ce même endroit où mes parents Lucienne Lehmann et Léon Reich s'étaient mariés 50 ans plus tôt. Souvenirs. A vous chère Danielle, à ses enfants, toute ma sympathie." (Carole Reich Lévy)

"C'était mon prof au Talmud-Thora! Un pédagogue très cultivé avec un grand sens de l'humour! R.I.P." (Emmanuel Weill)

"Bdh un grand homme d une belle et grande générosité." (Karen Amar Rosenhek)

"Très triste il était un vrai rabbin que j'appréciais beaucoup ouvert à tous les juifs plus ou moins religieux ! BDH" (Sandra Balbain)

"Baruch Dayan Haemeth, il avait été également durant de nombreuses années rabbin de la jeunesse à Metz où il avait accompli un travail considérable." (Gilbert Haenel)

"Nous avons milité fin des années 70 contre l'extrême droite et sur les mécanismes du fascisme. Mes sincères condoléances Danièle et la famille. Paix à son âme." (Françoise Weil-Elkouby)


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