LA PIERRE ANGULAIRE

Rabbin Weill

L’histoire de l’homme et de l’univers depuis l’origine des temps et aboutissant pour le Judaïsme à un mode de vie ne se raconte pas en un tour de main. L’homme au départ a peur des phénomènes de la nature qui le secouent et souvent le terrorisent dans son quotidien. Sa première démarche consiste à tenter l’apprivoisement de toutes ces forces obscures en les adorant, déguisées en idoles. Ce seront des croyances qui se nourriront de magie et de mysticisme. Et ce n’est pas ainsi que l’homme découvrira sa vraie place dans l’univers. En outre, ce ne sera pas son sujet de préoccupation.. C’est en Grèce qu’on commencera à parler de rationalisme ; un rationalisme qui aboutira à une attitude contemplative de la nature, alors qu’en Extrême-Orient on tentera sous la houlette de l’intuition à se fondre dans l’univers.

L'originalité de la pensée juive consiste à dégager l'homme de tous ces liens. Celui-ci ne sera plus exclusivement un produit de la nature. Il se distinguera des autres créatures par son indépendance. Il sera avant tout une émanation d'un dieu créateur, un être capable de légiférer, apte à se soumettre à une discipline librement consentie. Quelles que soient les contraintes de son destin social ou génétique, il dispose de la liberté. Cette doctrine oppose ainsi à toutes les mythologies anciennes, l'existence d'un dieu unique, absolu, transcendant, bon et tout-puissant. Ces épithètes, il est vrai, ont une connotation humaine, car en réalité on ne sait de lui, que ce qu'il n'est pas. L'idée essentielle est que l'homme couronne la création. Il donne à celle-ci un sens. Le monde a été créé pour l'homme. Ce ne seront plus les forces de la nature qui feront l'objet de notre adoration. Notre raison d'exister sera d'adorer dieu. Notre mission consistera à devenir les maîtres de sa création, des maîtres soucieux de la perfectionner et de la parachever. La création de l'homme est une promotion. Nous devenons les collaborateurs de D., que dis-je, les égaux de Dieu ayant la faculté d'obéir ou de nous rebeller. Nous sommes les premiers à entrer en dialogue avec D. et à fixer à notre conscience un but éthique dans le monde. Notre raison révèle un D. transcendant et de notre cœur surgit un D. immanent. Abraham est le premier à mettre en évidence l'existence d'un D. qui est à la fois absolu et présent dans le cœur de l'homme, c’est à dire poussière de la terre et étincelle immortelle de l'infini. Aussi, ce n’est certes pas une tâche facile que d'élaborer sans cesse l’équilibre entre la raison et l'amour.

Sans comprendre Dieu, l’essentiel pour nous consiste à l’aimer en le servant tant par la parole que par l’action. C’est là tout le fondement de notre doctrine. Scruter l’incompréhensible n’entre pas dans nos prérogatives. D. est la «lumière inaccessible ». La première lettre de la Bible n’est ouverte que vers l’avant, comme si elle voulait dès l’abord fixer les limites de nos investigations. C’est une éternelle énigme. Cependant le mot dogme est étranger au Judaïsme. Et c’est ainsi que chacun d’entre nous interprétera la foi à sa façon.

Mulhouse Pour nous, le péché originel n'existe pas. Notre désobéissance au jardin d'Eden a donné simplement libre cours à nos pulsions. Celles-ci ont rendu difficile la distinction entre le bien et le mal. Pour nous permettre de retrouver le chemin juste, Dieu nous a donné la Tora, c'est-à-dire la bonne direction. La Tora n'est pas une loi rigide. C'est une loi qui s'adapte à la vie et qui comme la vie peut évoluer et répondre aux questions d'une brûlante actualité.

Pour le Juif, il n'y a pas non plus d'intermédiaire. Chacun est responsable de ses paroles et de ses actes. Et c'est à ce titre qu'un jour nous serons jugés.



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