Asser Lion Asser Lion,
fils du Shaagath Arié L.M. Lambert R. Lion Mayer Lambert, un des premiers directeurs de l'Ecole rabbinique

Abraham Cahen G.R. Abraham Cahen, directeur-adjoint de l'Ecole rabbinique de Metz

Lazare Wogue G.R. Lazare Wogue, professeur l'Ecole rabbinique

Trénel R. Isaac Lion Trénel dernier directeur de l'Ecole rabbinique de Metz

Zadoc Kahn Zadoc Kahn G.R. du Consistoire central

Wolff Dr Zacharie Wolff, Rabbin à Colmar

Isaac Weil Isaac Weil, G.R. de Metz et de Strasbourg

Marx R. Victor Marx

Bloch G.R. Joseph Bloch

Écoles rabbiniques et séminaires théologiques
dans la seconde moitié du XIXe siècle (suite)

Israël Lévi
L'itinéraire d'Israël Lévi (1856-1939), montre la qualité de l'enseignement du Séminaire israélite de France et nous permet d'apprécier le savant qui savait s'investir dans la culture française et allemande.
Né à Paris mais de souche alsacienne, il y avait fait toutes ses études, de l'école primaire israélite, du Talmud Torah jusqu' au Séminaire israélite de France. Il eut pour condisciple le futur grand rabbin Simon Debré (né à Westhoffen en 1854 ayant séjourné au Séminaire de 1873-1879 et rabbin de Sedan et de Paris), père du professeur Robert Debré et grand-père de Michel Debré, le Premier Ministre du Général de Gaulle (8). Après sa sortie du Séminaire en 1879, Zadoc Kahn, grand rabbin de Paris, le fit nommer secrétaire de la Société des études juives et six ans plus tard lui confia la direction de la Revue des études juives. En 1882, il devint rabbin-adjoint de la synagogue de la Victoire et en même temps secrétaire particulier du grand rabbin Zadoc Kahn, son beau-père. La compétence scientifique de Lévi s'affirma et on lui confia en 1890 la suppléance du cours d'histoire et de littérature juives d'Isidore Loeb à l'École rabbinique. À la mort de ce dernier en 1892, il lui succéda dans sa chaire de l'École pratique des hautes études ainsi qu'à Joseph Derenbourg dans celle du judaïsme rabbinique. Les travaux scientifiques d'Israël Lévi ont paru pour la plupart dans la Revue des études juives. Tout en s'intéressant à l'ensemble des époques de l'histoire et de la littérature juive, il se pencha tout particulièrement sur les périodes du second Temple et de la genèse du Talmud. Son deuxième centre d'intérêt fut l'histoire des juifs de France examinée sous l'angle de l'antisémitisme et à travers les écrits des rabbins français du Moyen Age. Il suivit également les publications juives à l'étranger et il en fournit des comptes-rendus remarquables dans l'Univers Israélite ou dans la Revue des études juives. Il collabora luimême à la Monatschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums, à la Jewish Quarterly Review et à la Jewish Encyclopedia. Nommé grand rabbin adjoint au grand rabbin du Consistoire central en 1914, lors de la déclaration de guerre, il fut élu grand rabbin du consistoire central en 1920 et le restera jusqu'à son décès en 1939.
Sa grande puissance de travail et ses qualités intellectuelles lui permirent donc de concilier les activités d'un dirigeant éminent de la communauté française et d'un savant réputé dont la science du judaïsme dépassait largement les frontières de l'hexagone incarnant aux yeux du monde et de l'étranger la Revue des études juives, à laquelle il sut conserver une haute tenue scientifique.

Les séminaires rabbiniques d'Allemagne

Au milieu du 19ème siècle, la cause de l'émancipation totale des Juifs était devenue partie intégrante de la profession de foi des libéraux qui luttaient pour leur liberté nationale ou un gouvernement constitutionnel. Dans toute l'Europe, les Juifs se joignirent à eux, partageant leurs combats et leurs souffrances.

En Allemagne où vivaient vers 1840, 350000 juifs dont 200000 en Prusse, la plupart d'entre eux se considéraient comme des sujets fidèles, respectant la loi du pays en vertu de la tradition talmudique. Ils ne voulaient pas être des Allemands juifs mais des Juifs loyaux envers la patrie et ceux qui les gouvernaient. Pour cette majorité, l'assimilation à laquelle aspiraient les juifs éclairés et réformateurs mettait l'autonomie juive en danger. Ce n'est qu'à partir de 1860 que la culture allemande s'intégra dans la vie spirituelle des juifs, suite à l'obtention de l'égalité civique.

À cette majorité silencieuse s'opposait une minorité combative, consciente de l'évolution de l'époque et favorable à l'intégration culturelle. Certains militants réclamaient la pleine émancipation et l'égalité civile.
Le combattant le plus remarquable de la cause juive fut Gabriel Riesser (1806-1863). Ayant fondé à Hambourg la revue Le Juif, "Périodique pour la liberté de pensée et de religion" qui renforçait la conscience juive dans toute l'Allemagne, ayant étudié le droit mais ne pouvant s'inscrire au barreau d'Heidelberg à cause des stipulations discriminatoires, il se consacra entièrement à l'émancipation, attaquant les agitateurs antisémites et revendiquant constamment pour les droits des juifs. Après la Révolution de 1848, il fut l'un des quatre juifs élus à l'Assemblée Nationale de Francfortsur-le-Main et sera le premier juge juif du pays. Mais il fallut encore vingt années de lutte pour que l'émancipation devint une réalité (9).

Ainsi dans le grand duché de Bade, l'émancipation complète des Juifs fut acquise depuis 1862. C'est à Francfort-sur-le-Main, que l'Assemblée du Conseil municipal vota la "Loi organique", le 7 octobre 1864, accordant "l'égalité civile aux citoyens de religion israélite" (10).

Cinq ans plus tard, le 3 juillet 1869, Bismarck fit promulguer une "loi sur l'égalité des confessions, au plan civil et civique", qui s'appliquait à la Confédération de l'Allemagne du Nord. Après la proclamation de l'Empire en 1871, cette loi fut valable dans toute l'Allemagne qui avait à cette date quarante et un millions d'habitants pour une superficie de 541000 km2 (Prusse 347000 km2 et vingt quatre millions d'habitants) (11).
Dès 1870-1871, 12 000 juifs allemands, considérés comme des citoyens à part entière, participèrent avec enthousiasme à la guerre franco-allemande. Ils estimaient que leur citoyenneté allemande se fondait tout naturellement sur une synthèse germano-juive. Mais une grande partie de la population et en particulier la bourgeoisie ne l'entendait pas de cette oreille.
Le contexte historique de l'intégration des juifs à cette époque étant dressé, il convient maintenant d'expliquer le développement, les caractéristiques et l'originalité des séminaires rabbiniques en Allemagne.

2.1. Le séminaire de théologie juive ("Jüdisch-theologisches Seminar") de Breslau

Avec le séminaire de théologie juive de Breslau, le judaïsme conservateur se dota d'un centre de recherches (12). Breslau, ville de Prusse de la province de Silésie comptait vingt mille juifs en 1910 et avait 600000 habitants en 1925 dont 32000 juifs avec deux synagogues et huit synagogues privées. La ville qui n'échappait pas au mouvement de l'émancipation avait dans la première moitié du 19e siècle des rabbins (Juda Leib Berlin pour les orthodoxes et Abraham Geiger (13) pour les libéraux), des synagogues et des écoles orthodoxes et libérales, signes d'une grande richesse mais aussi de sérieuses dissensions (14).

Zacharias Frankel
Créé en 1854 par Zacharias Frankel (1801-1875), le séminaire avec sa célèbre bibliothèque assura jusqu'en 1938 la formation de rabbins et de docteurs de la Loi qui, en Allemagne, aux États-Unis et dans d'autres pays développèrent des centres où était enseignée la religion juive des temps modernes (15). Le fondateur de cette école naquit à Prague où il reçut une éducation juive traditionnelle puis étudia la philosophie et la philologie à Budapest. En 1836, il fut nommé grand rabbin de Dresde avant de devenir en 1854, directeur du JüdischTheologisches Seminar de Breslau. Il occupa cette fonction jusqu'à sa mort (16). Il fut l'auteur de plusieurs publications savantes comme son introduction à la Mishna (Darekhé ha Michnah, 1859) dont l'approche historique heurta les milieux traditionalistes. Au séminaire de Breslau, il jeta les bases de l'enseignement rabbinique moderne, combinant les analyses critiques et historiques à un enseignement général et à un respect loyal des observances religieuses. Son institution et sa philosophie représentèrent une tentative de synthèse du savoir moderne et des méthodes érudites avec la croyance et la pratique juive traditionnelles.

L'ambition du séminaire était donc de réconcilier le juif avec lui-même en lui donnant les instruments scientifiques pour comprendre le plus objectivement possible le judaïsme. Il édita, jusqu'en 1868, le Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums (Mensuel pour l'histoire et la science du judaïsme) qu'il avait créé en 1851 et qui fut la revue d'érudition juive marquante de cette époque. Il fut largement impliqué dans les différends qui opposèrent l'orthodoxie au judaïsme réformé. Il condamnait l'opposition catégorique des orthodoxes tant à la recherche scientifique qu'à des changements mineurs dans le rituel, militant pour le maintien de l'hébreu comme langue liturgique. Il insistait sur le rôle que le peuple avait à jouer dans la Halakha (droit rabbinique), dans la fidélité à l'esprit et à l'intention de celle-ci afin de préserver le judaïsme historique (= école historico-positiviste). Avocat passionné de l'établissement juif en Palestine, il a été un précurseur du sionisme politique en publiant, bien avant Théodore Herzl, des essais qui en faisaient déjà l'esquisse. Parmi les personnalités de renom engagés au Séminaire de Breslau, figure Heinrich Graetz, le célèbre historien juif (né le 31.10.1817 à Xions en Posnanie) qui y occupa un poste de professeur de 1854 à 1891 (17).

Victor Marx
Nous avons choisi d'évoquer l'itinéraire socio-professionnel de Victor Marx, parce qu'il reflète assez bien celle d'un homme formé par le Séminaire de Breslau à la fois à une solide culture humaniste et juive et à une bienveillante tolérance pour son prochain dans l'esprit de sa formation qui ne l'isola pas des communautés où il allait exercer son métier de rabbin.
Né en octobre 1872 à Hombourg (Allemagne), Victor Marx fréquenta la "Volkschule" d'Oberbronn près de Haguenau où ses parents s'étaient installés. Il fit des études secondaires au Lycée de Colmar puis fut l'élève du Dr Zacharias Wolff, à l'école rabbinique préparatoire de cette ville. Ayant obtenu son Abitur, à partir de 1893, il partit à Breslau poursuivre ses études théologiques et orientalistes. C'est ainsi qu'à l'Université de Breslau, il poursuivit ses études en philologie et en philosophie et suivit les cours du Séminaire théologique de la même ville auprès de professeurs comme les docteurs Delitzsch, Fraenkel, Horovitz ou Lipps. Il en revint avec son doctorat (Die Stellung der Frauen in Babylonien, Leipzig, Druck von August Pries, 1898) et fut un des rares étudiants à obtenir le diplôme rabbinique à Strasbourg. Sa carrière de rabbin débuta en 1899 à Westhoffen y fondant un foyer en 1900 et y restant en fonction pendant onze ans. Dans cette communauté des plus anciennes et des plus réputées d'Alsace (180 juifs en 1861 et 163 en 1905), il déploya une activité littéraire intense dans l'hebdomadaire le Wochenblatt, où il s'affirma comme un penseur profond et un bon journaliste. La communauté de Strasbourg fit appel à ses services en 1910 comme collaborateur du grand rabbin du Bas-Rhin Ury. Il devait rester dans ses fonctions jusqu'à sa mort en 1944 à Périgueux, adjoint de quatre rabbins successifs. Aumônier des hôpitaux, membre de tous les comités d'oeuvres sociales, il était connu de tous et surtout dans les foyers déshérités. Après la guerre de 1914-1918, il était devenu un adepte du sionisme. Au début de la seconde guerre mondiale, il eut la charge à soixante-sept ans de la communauté repliée de Périgueux. Il sut regrouper les réfugiés, réorganiser la vie spirituelle et mourut à son poste en 1944 (18).

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