L'ABBE HENRI GREGOIRE
4 décembre 1750 - 20 mai 1831
4 décembre 1750
Naissance à Vého, près de Lunéville, dans une famille d'artisans modestes. Etudes dans un collège jésuite à Nancy.

1774
Ordonné prêtre, il enseigne à l'école jésuite de Pont-à-Mousson.
Il est nommé curé d'Embermesnil en Lorraine, province qui compte une communauté israélite importante. Il effectue plusieurs voyages, et se passionne pour les études.

1783
Il est couronné par l'académie de Nancy pour son Éloge de la poësie.

1785
La Société royale des Sciences et des Arts de Metz présente le sujet de son concours de 1787 : Est-il des moyens de rendre les Juifs plus heureux et plus utiles en France ?

1788
Pour participer à ce concours Henri Grégoire rédige son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs. Il est d'autant plus sensible au sort des juifs qu'il a eu l'occasion de les côtoyer et de nouer des liens d'amitié avec eux.
Cet Essai repose sur une double argumentation : rationnelle, d'une part, en démontrant l'absurdité d'une discrimination fondée sur des préjugés et contraire à l'utilité sociale ; religieuse, d'autre part, en insistant - fait assez rare pour un ecclésiastique de la seconde moitié du 18ème siècle - sur l'humanisme et la tolérance qui imprègnent le message du Christ.
Toutefois, cette tolérance n'a pas exactement le sens que nous accordons aujourd'hui à ce mot : le but ultime de l'auteur reste la conversion, même s'il ne l'exprime pas toujours nettement.
Il est l'un des trois lauréats du concours

1789
Grégoire est élu en 1789 par le clergé du bailliage de Nancy aux États généraux. Il est l'un des premiers membres du clergé à rejoindre le Tiers état et contribue notamment à l'union des trois ordres (en particulier il favorise l'union du Tiers État et du bas-clergé).
Il préside la session qui dure 62 heures pendant que le peuple prend la Bastille en 1789, et tient un discours véhément contre les ennemis de la nation.
Il contribue à la rédaction de la Constitution civile du clergé, et sera bientôt considéré comme le chef de l'Église.
Nommé l’un des secrétaires de l'Assemblée Constituante, il se joint constamment à la partie la plus démocratique de ce corps. Il se bat avec énergie contre les privilèges de l'Ancien Régime dont il réclame l'abolition totale : il présente par exemple des motions pour abolir le droit d’aînesse, ou le cens du marc d'argent.
De plus, il réclame le suffrage universel. Il multiplie ses écrits favorables aux Noirs et contribue au vote de l'abolition de l'esclavage, à la reconnaissance des droits civils et politiques accordés aux Juifs.

1790
Gallican convaincu, il adhère sans réserve à la Constitution civile du clergé (ce qui en fait un "prêtre jureur").

1791
Il est nommé évêque constitutionnel de Blois et il est élu à la Convention.
Réélu député à la Convention par le département de Loir-et-Cher, il s'occupe de la réorganisation de l'instruction publique, entreprend une grande enquête sur les "patois" et condamne la déchristianisation.

Juillet 1793
Il obtient de l’Assemblée la suppression de la prime accordée pour la traite des nègres.

8 août 1793
Il propose et fait décider la suppression des Académies et leur réorganisation sur un plan nouveau. Il est ainsi l'un des fondateurs de l'Institut, du Conservatoire des Arts et Métiers et du Bureau des Longitudes.
Il sauvera un grand nombre de monuments publics de la destruction.

Novembre 1793
Henri Grégoire manifeste son opposition aux grands mouvements antireligieux. Quand Gobel et tous les ecclésiastiques de 1’Assembles résignent leurs fonctions sacerdotales il refuse de les imiter Au moment de la plus grands impopularité du catholicisme, il ne fait pas de concessions, et on le voit siéger à la Montagne et présider la Convention en habit violet.
Il considère la Révolution comme l'accomplissement du message évangélique, associant au sein d'une même construction intellectuelle idéal républicain et convictions religieuses.

Cependant, malgré la haine que lui vouent les catholiques officiels, et qui ne s'est jamais attiédie, Grégoire reste sincèrement chrétien. Il est janséniste et gallican. Ses opinions religieuses l'égarent plus d’une fois : il a contre les philosophes en général, et contre Voltaire en particulier un vieux fonds d'animosité qui éclate fréquemment au dehors.

Février 1794
Il fait voter l’abolition complète de l'esclavage colonial (qui sera plus tard rétabli par Napoléon, puis à nouveau aboli par le décret du 27 avril 1848 de Victor Schoelcher)
Il se prononce contre la peine de mort et pour l'abolition de la royauté : "Les rois sont dans l'ordre moral ce que sont les monstres dans l'ordre physique ; les cours sont l'atelier du crime le foyer de la corruption ; l'histoire des rois est le martyrologe des nations."

12 décembre 1794
Grégoire ose prononcer son discours en faveur de la liberté des cultes dans une séance fort houleuse. Dès lors, jusqu'en 1801, une grande partie de son activité aura pour but la reconstruction de l'Eglise constitutionnelle, consacrant de nouveaux évêques et des prêtres, et cherchant à rouvrir des lieux de culte.

25 décembre 1801
Membre du Conseil des Cinq Cents, Grégoire est élu au Sénat. Il se déclare contre l'établissement du pouvoir impérial et contre la restauration des titres nobiliaires. Il vote contre le concordat et démissionne de sa fonction d'évêque.

Il se retire donc une première fois de la vie publique. Pendant l'Empire et sous la Restauration, il écrit de nombreux ouvrages, notamment Une histoire des sectes en deux volumes (1810).

1819
Grégoire est élu député de l'Isère, ce qui donne le signal d'un déchaînement inouï de passions contre-révolutionnaires.
Il est accablé d’outrages par les journaux de la faction monarchiste ; en dépit des faits les mieux établis on continue à 1’accuser d’avoir voté la mort de Louis XVI. Ses réponses dans les journaux sont mutilées par la censure, ses lettres décachetées à la poste. Stendhal se rend à Grenoble afin de voter pour lui. Son mandat est annulé par le pouvoir qui le qualifie d' "indigne".
Mais cette tempête ne le trouble point. Ce septuagénaire qui a traversé tous les orages de la Révolution demeure inébranlable. Dans une lettre au duc de Richelieu, il dit, à propos de ce système de persécution, suivi sans relâche depuis 1814 : " Je suis comme le granit on peut me briser, mais on ne me plie pas ".
C'est sans exagération que Michelet pourra l’appeler " Tête de Fer ".

1822
Il renonce au titre de commandeur de la Légion d’honneur, qu’il tenait de l’Empire, et dont une ordonnance exige le renouvellement (il avait été déjà éliminé de 1’Institut par ordonnance royale).

Henri Grégoire se retire définitivement de la vie publique autour d'un cercle d'amis de plus en plus restreint. Il consacre la fin de sa vie à l'étude de Port-Royal

28 mai 1831
Grégoire décède à Paris, à l'emplacement actuel du 44 boulevard Raspail.
Le jour de son décès, l'archevêque de Paris – le très légitimiste Monseigneur de Quélen – s'oppose à ce qu'il reçoive les derniers sacrements ; il exige de Grégoire sa renonciation au serment de la Constitution civile du clergé. Le vieil évêque refuse tout net. L'abbé Guillon, confesseur de la reine Marie-Amélie, accepte d'accéder sans condition aux désirs du mourant malgré les ordres de sa hiérarchie (ce qui lui coûte l'évêché de Beauvais auquel il était promis). L'autorité romaine ferme l'église à sa dépouille, mais rassemblées autour de La Fayette, vingt mille personnes accompagnent le corps de l'évêque gallican au cimetière Montparnasse.
En Haïti, à la nouvelle de sa mort, il y a des prières solennelles de l'Eglise et des décharges d'artillerie tous les quarts d'heure pendant toute la journée.

12 décembre 1989
Les cendre