par
joseph bloch & salomon
picard
De tout temps les Juifs considéraient l'instruction de leurs enfants comme un des devoirs les plus importants de sorte que les analphabètes étaient extrêmement rares parmi eux. Comme les écoles publiques n'existaient pas encore, ils engageaient de leurs propres moyens des instituteurs ou, à leur défaut, des étudiants ambulants venant pour la plupart d'Allemagne. Le premier instituteur à Grussenheim dont nous avons connaissance, est Loew Ulmann, maître d'école, suivant le dénombrement de 1784. Sur la liste des noms adoptés en 1808, aucun ne semble pouvoir se rapporter à un instituteur, à moins que ce ne soit celui qui figure en dernier lieu : Israël Goldenblum.
Très longtemps l'enseignement fut donné chez les particuliers,
mais en 1834 la Communauté, représentée par Salomon Geismar
le jeune (Parness - président), Baruch Wormser et Hirsch Geismar,
adressa une demande au Conseil Municipal pour obtenir un local pouvant servir
d'école et un logement pour l'instituteur. Mais le Conseil Municipal
estima (8. 7. 34) que :
"la construction d'un local pour le logement de l'instituteur et la tenue
de l'école des enfants soit ajournée jusqu'à ce que la
commune ait achevé la construction communale pour les enfants catholiques".
Ils avaient aussi demandé une subvention pour la réparation
d'un mur de l'ancienne synagogue en 1852. Le Conseil municipal émit
alors l'avis que
"la réparation d'un mur de la synagogue restasse (!) à
leur charge vu que pour cet objet ils (les juifs) pourraient se créer
des fonds suffisants s'ils avaient de la bonne volonté".
Le nombre des élèves était assez élevé
: il y avait déjà 48 élèves en 1835 ; leur maître
était Marx Risser, de Herrlisheim, qui touchait de
la Préfecture un supplément de traitement de 100 frs. par an
et 100 frs. pour l'ameublement.
Notons en passant que cette même année (1835) l'école
de Colmar dont l'instituteur se nomme Samuel Rosenfeld, comptait
46 élèves ; à Biesheim, c'était Hirz Loeb
avec 47 élèves ; à Horbourg l'effectif était de
64 élèves avec l'instituteur Samuel Baer, et
à Wintzenheim l'instituteur Samuel Weyl avait 100
élèves dans sa classe.
La demande de subvention était renouvelable chaque année,
et ceci donnait à Hirsch Geismar, devenu Parness, la possibilité
d'obtenir un supplément de 100 frs. et une indemnité de 50 frs.
pour le chauffage. Il mentionna dans sa demande qu'il y avait à Grussenheim
36 élèves dont une partie de parents pauvres, et que 20 enfants
ne fréquentaient pas l'école.
En 1837 l'instituteur s'appelle Samuel Klotz (titulaire du
brevet du 2e degré) avec 37 élèves, son traitement fixe
était de 500 frs. par an "indépendamment de la nourriture
qu'il reçoit alternativement chez ses coreligionnaires". Nous
voyons donc que la situation des instituteurs était plutôt précaire
- leur traitement était maigre, leur nourriture et leur logement assurés
par les parents des enfants seulement. Il n'existait ni salle d'école
ni logement pour un instituteur marié ; aussi les maîtres étaient-ils,
en règle générale, des célibataires.
Une telle école privée était sous la surveillance du Comité Supérieur de l'Instruction Primaire de Colmar, ce qui était le cas aussi pour celles de Biesheim, Colmar, Horbourg et Wintzenheim.
L'Académie de Colmar accordait même des prix aux élèves de ces écoles privées. En 1838 sont mentionnés comme tels : 1 Tableau de l'Histoire juive, 4 Moïse Mendelssohn, 4 Rachel Opty, 4 Instruction morale et religieuse, 3 Du culte mosaïque au 19e siècle.
En 1839 la demande de subvention annuellement à refaire fut refusée par le Préfet en prétextant : "Je sais par expérience qu'il y a des précautions à prendre pour éviter les abus auxquels les israélites sont fort enclins dans l'emploi des secours qui leur sont départis".
Après Klotz, on se paie le luxe d'avoir deux instituteurs qui se font concurrence : Simon Spiegel et Aron Lévy (1840). L'un, Spiegel, n'avait pas le brevet et tenait école chez le cabaretier Marx Geismar (plus tard "Schlommès"). Il détenait les meubles fournis par le gouvernement, tandis que l'autre était titulaire du brevet et avait l'appui du Parness. Celui-ci intervint en faveur d'Aron Lévy, et Spiegel fut obligé de fermer son école, mais Marx Geismar ne rendit les meubles que contraint par le Préfet. Le maire rendit compte à la Préfecture de sa démarche auprès de Marx Geismar ; ce dernier lui aurait répondu "avec une effronterie judaïque".
En 1841, les instituteurs étaient Blum David et
Grossmuth ; en 1846, Bloch Gustave qui se contentait d'un
traitement annuel de 400 frs. ; il avait 44 élèves dont 20 indigents
et trouvait lui-même que la communauté "ne peut pas payer
davantage en plus du local et du chauffage", aussi ne resta-t-il qu'un
an.
En 1847, Dreyfuss ; en 1851 : Goldschmitt Philippe
qui donna sa démission le 17. 3. 52 ; par lui nous connaissons
la raison du changement si souvent répété des instituteurs
: le "'Hazen" ( ministre-officiant) voulait conserver l'enseignement
religieux pour lui seul, ce qui privait naturellement les instituteurs d'un
revenu complémentaire.
En 1852 : Lewis Salomon qui donna sa démission "parce qu'il ne pouvait vivre décemment dans les conditions qu'on lui accordait". Son successeur fut Weil Isaac. La situation s'était améliorée. L'école avait été reconnue comme école communale le 13. 6, 1852 ; il y avait 39 élèves (27 garçons, 12 filles). En 1853 l'instituteur était Dreyfuss Isaac, de Westhoffen. Mais on était encore toujours à la recherche d'un local. Il avait été question de se servir de l'ancienne synagogue comme école, mais elle était dans un trop mauvais état. En 1853, Emile Schoengrun offrit une salle contre un loyer de 180 frs. l'an, somme que la Préfecture estima trop élevée. Enfin le 20 mars 1854 la commune loua à bail de Vve Jacques Schoengrun un local "ayant servi autrefois de salle de tissage" (plus tard entrepôts Netter), qu'on connaissait sous le nom de "die Fabrik" et "die École" et de l'autre côté de la cour (plus tard maison Haumesser) un logement pour l'instituteur.
C'est seulement en 1869 que l'école communale israélite fut
construite dans la Hintergasse avec un bel appartement pour l'instituteur.
Elle avait coûté, suivant la facture de l'entrepreneur Michel
Deufel de Rouffach, 19.250 frs. C'est cette école qui existait jusqu'en
1917.
Le maximum de l'effectif avait été entre 80 et 90 élèves.
Les archives de l'Académie du Haut-Rhin aussi bien que celles du Consistoire ayant disparu pour cette période, il faut avoir recours pour la suite aux notes du curé J. Lévy qui nous renseignent sur les noms des instituteurs :
| 1855 | Isaac Blum, de Durmenach, mort à Bischheim |
| 1857 | Israël Wurmser, fils du rabbin David-Raphaël W. de Soultz (Haut-Rhin), plus tard à Bionville (Moselle) |
| 1858 | Lazarus Lévy, de Dettwiller (Bas-Rhin) |
| 1858-69 | Samuel Cahn, de Turckheim, mort comme instituteur principal à Colmar |
| 1869-81 | Joseph Stuffel, de Haguenau, d'abord instituteur à Hattstatt, mort en 1911 comme instituteur retraité à Horbourg |
| 1881-84 | Simon Haguenauer (de Bergheim), venu de Sarre-Union, plus tard instituteur à Reguisheim, mort à Colmar |
| 1884-98 | Abraham Eppstein (de Saarwellingen), venu de Kuttolsheim, plus tard à Durmenach, mort à la clinique de Fribourg (Bade) |
| 1898-99 | Calmann Lévy (de Schalbach, Moselle), venu de Durmenach, plus tard à Mulhouse où il est mort |
| 1899-1902 | Gabriel Schwartz (de Dambach-la-Ville), venu de Hattstatt, plus tard également à Mulhouse où il est mort |
| 1902-05 | Henri Stuffel, né à Grussenheim, fils de l'instituteur Joseph St. ; plus tard instituteur à Horbourg, mort à Colmar |
| 1906-17 | Joseph Samuel (de Weiterswiller), mort à Strasbourg. |