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La Colonie Henry Lévy à Schirmeck
Années 1962-1963
Michèle BLOCH

L'été se termine. Cà va mal en Algérie et les familles juives affluent vers la France. Strasbourg, comme toutes les communautés juives de France s'organise !

La colonie Henry Lévy de Schirmeck qui appartient à la communauté ne fermera pas ses portes cette année à la fin des vacances scolaires. De colonie, nous devenons FOYER HENRY LEVY, et les enfants sont accueillis dans leur nouvelle maison pendant que la communauté essaie de résoudre les problèmes de logements et de travail pour les parents restés à Strasbourg. Et une nouvelle vie s'organisa pour tous. Il fallut d'abord s'habituer à une vie en communauté, ce qui n'était pas toujours facile !

Les premiers problèmes surgirent au moment d'inscrire nos enfants à l'école. La commune de Schirmeck ne les voulait pas et il fallut les inscrire à La Broque, village voisin. Quatre fois par jour, il fallait faire le chemin, sous la neige et le verglas. Nos garnements ne faisaient rien pour être adoptés par les habitants. Nous ne comptions plus les bouteilles de lait cassées devant les portes ou les pompes à essence ouvertes !


Nos enfants, pour la plupart, n'avaient jamais vu la neige. On s'en est donné à cœur joie, du plus petit au plus grand. Même la cuisinière qui venait également d'Algérie faisait de la luge, jusqu'au jour ou elle se fit une mauvaise fracture ! Mais ce sont les risques du métier n'est ce pas ?

Shabath, c'était la fête. On avait de la visite. Les jeunes de l'ORT de Strasbourg ou du foyer d'Obersheffolsheim nous tenaient compagnie afin de pouvoir faire un office.

Et puis un jour un de nos grands, Roland tomba malade. Il avait vu le médecin la veille pour une sinusite. Toute la nuit, il hurla et au matin, il était dans le coma. C'était l'effondrement, la peur et même la panique que chacun voulait cacher aux autres. Le mot terrible "méningite".
Il fallut s'organiser : désinfection, quarantaine. Notre directrice, Evelyne, qui se trouvait à Strasbourg dut y rester jusqu'à la naissance des jumelles.

Et nous, nous étions seuls. Personne n'avait le droit de rentrer dans la maison, pas même le personnel qui habitait Schirmeck. On nous déposait les vivres devant la porte.

Et puis, une bonne nouvelle. Roland était sauvé. Les familles dont la situation s'arrangeait reprenaient leurs enfants, les unes après les autres. Beaucoup sont partis vers le midi et la région lyonnaise où le climat leur convenait mieux.

Le foyer Henry Lévy vidé de ses occupants avait survécu !

EXIT LE FOYER ET REBONJOUR LA COLONIE !
Cartes postales : Collection M. et A. Rothé
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