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BROKHO
(Berakha = Bénédiction)
Cent fois par jour il convient de réciter une "Brokho", une bénédiction, c'est-à-dire une formule rituelle par laquelle on exprime sa reconnaissance à Dieu pour toutes les satisfactions qu'Il nous accorde.
"A Brokho mache" = "faire (ou réciter) une bénédiction.
- Une "for-Brokho", par exemple, est une bénédiction récitée avant d'absorber un aliment ;
- la "noch-Brokho", elle, est récitée après la consommation de cet aliment.
On constatera ainsi, plus généralement et par extension, que
"Mer kann d'noch-Brokho sawe",
"On peut réciter la bénédiction finale"
quand n'importe quelle situation agréable touche à sa fin.
Si, jusqu'à présent, il a été question de récitation de bénédiction rituelle récitée par l'homme, il va de soi que c'est seulement Dieu qui dispense des "bénédictions" à Ses créatures.
Il y a aussi des hommes qui, par leur disponibilité ou leur générosité, procurent bien des satisfactions à leurs semblables.
- "S'ech Brokho an ehm"
se dit à propos d'une personne qui apporte la bénédiction à ceux avec qui il entre en contact.
- Par contre on connaît aussi des personnes ou des familles de qui il n'y a rien de bon à attendre. On dira à leur propos : "Ess ech ke Brokho an ehm..."
Cette expression était souvent employée, notamment, par les marchands de bestiaux pour désigner un individu qui "porte la guigne" : achetez-lui sa marchandise à vil prix, vous n'en tirerez aucun bénéfice ; les boufs qu'il vous vend, qui sont splendides et respirent la santé, encombreront votre étable pendant des semaines par suite de l'épizootie qui régnera ; ... ; la génisse, si dodue, achetée chez lui sera déclarée treife (impropre à la consommation) ; et l'oie qu'il vous aura vendue et que vous aurez engraissée pendant un mois, pour vous délecter de "griewe" et de "gänze schmaltz", sera "genawelt» par la maladresse du sho'heth (= le sacrificateur).
[d'après Honel MEISS : A travers le dialecte judéo-alsacien, p. 43].
La "Brokhe" ne suffit pas toujours pour assurer le succès ou la réussite d'une entreprise. Il est bon d'avoir aussi un peu de "Mazel".
- Quand quelqu'un entreprend un ouvrage ou un voyage important, on lui souhaite
"Mazel onn Brokho", "chance et bénédiction".
Ce "Mazel" est fort apprécié et tout le monde en a besoin :
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"Der Schnorrer meuss ach Mazel hân"
"Même le mendiant a besoin d'avoir de la chance."
Si la chance le favorise, il pourra faire une tournée fructueuse.
- Mais quand le "Mazel" se présente, il faut savoir l'apprécier :
"Wenn Mazel kommt, schtell ehm a Fotel !"
"Si la chance arrive, installe - lui vite un fauteuil !"
Quand la chance vous sourit, mettez la à l'aise, qu'elle ne soit pas tentée de repartir rapidement.
(Noter le "Fotel" (fauteuil) français à côté du "Mazel" hébreu, dans une phrase en allemand !)
- D'ailleurs,
"Wenn's Mazel well, well's recht"
"Quand la chance s'y met, elle s'y met pour de bon" : un bonheur ne vient jamais seul.
- L'évocation du "Mazel" n'implique pas nécessairement l'idée de fatalisme ou de déterminisme astral : l'expression
"E Mazel von Gott"
indique non seulement qu'il s'agit d'une chance exceptionnelle, mais surtout "d'une bonne aubaine arrivée par la volonté divine".
Cent fois par, jour il convient de rendre grâce à Dieu pour les satisfactions qu’Il nous accorde (Mena’hot 43 b). Sachant que c’est Dieu qui nous propose toutes les jouissances qui s’offrent à nous, le Talmud refuse toute forme d’ascèse au point que les Sages nous apprennent qu’un jour il nous faudra rendre des comptes pour toutes les jouissances permises qui se seraient présentées à nous dont nous n’aurions pas profité (T.P. Kidoushîn IV, 66).
Cette conscience permanente de l’extrême générosité dont Dieu fait preuve à notre égard, nous invite à Lui adresser des actions de grâce et de reconnaissance à chaque occasion. Mais nous connaissons aussi les risques que comportent les excès dans tous les domaines ! Or si nous prenons en compte la valeur des choses et si, par conséquent, nous nous interdisons toute forme de gaspillage (Baba Kamma 91 b), nous serons confrontés à un conflit de prescriptions : jouir ou refuser un don du Ciel ?
La sagesse populaire a choisi :
- "Besser der mawwe Versprenge as Gottes gab verachte"
"Mieux vaut crever l'estomac que de dédaigner un don de Dieu".
Cette expression peut s’employer (ironiquement) à propos de quelqu’un qui, quoique rassasié, continue de manger sous prétexte de ne rien laisser se perdre.
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