Osias WALLACH
(vers 1920 - 1948)

Une ébauche de biographie
par le Professeur Simon SCHWARZFUCHS

Osias WallachOsias Wallach est né à Sanck en Galicie. Dans son enfance, le rabbin de cette ville était Meir Shapiro, fondateur par la suite de la Yeshivah des Lublin et du Daf Yomi. Je crois qu'il y a étudié et qu'il est venu à Strasbourg vers 1935-1936, pour devenir étudiant à la Faculté des Lettres. Il demeurait alors dans un des foyers universitaires. Pour gagner - maigrement - sa vie, il donnait des cours privés de Talmud, et c'est ainsi que mon frère et moi sommes devenus ses élèves ; il se rendait chez nous et que allions chez lui.
Bien entendu, il a quitté Strasbourg en 1939. Il est devenu élève de l'Ecole Rabbinique à Paris, où il a terminé son cursus en 1942. Il est ensuite venu à Limoges et il a habité un certain temps chez nous (au pair : cours de Guemara contre le logis etc.…). Peu de temps après, il a épousé Alice Lewin, fille de Berthold Lewin, et, par sa mère, petite-fille du rabbin Armand Bloch. A Limoges, il a été à l'origine de l'ELEJ, Etude Libre des Etudes Juives, qui organisait des conférences et il a publiée des traductions de textes et des essais, sans doute jusque fin 1943 - début 1944. Il a enseigné également au PSIL. Puis il a réussi à passer en Suisse, où il a résidé dans un camp de réfugiés.
Après la guerre il s'est installé à Paris avec son épouse (ils n'ont pas eu d'enfants). Il a enseigné au Séminaire et dans divers endroits. Il est mort à l'âge de 28 ans d'une leucémie. Depuis, malgré la richesse de sa personnalité et de son enseignement, il a été oublié.

APPEL A TEMOIGNAGES

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L'oeuvre du Rabbin Wallach zatz"l
signé P.K. (Moché CATANE)
Extrait du BULLETIN DE NOS COMMUNAUTES, 3 janvier 1947

Il n'est pas permis d'écrire sur la mort du Rabbin Wallach une notice nécrologique ordinaire. La mémoire du défunt en serait lésée. Son dernier article que Yechouroun espère avoir la possibilité de publier bientôt dans son bulletin, est une ultime protestation contre le nivellement de la pensée originale. Il ne faut pas disserter : il faut créer pour faire preuve de l'esprit. ou du moins, si l'on n'est pas encore à ce stade, qu'on transmette brute la matière d'étude par une traduction aride. Le commentaire, qui cherche à toute force à ranger le génie clans les catégories du vulgaire, proscrit la réflexion féconde et tue l'art.
Pourtant loin de lui la pensée d'autoriser une spontanéité hasardeuse. A la base l'étude, l'étude approfondie, sérieuse, engagée, universelle. Une fois. la tête bourrée de savoir, vient l'heure où doit éclore l'ouvrage. Ce programme fut le sien. Doué d'une culture universitaire sans lacune, quand il vint au Séminaire, replié à Vichy. L'élève est sur bien des points supérieur à ses maîtres. Déjà, il donne plus qu'il ne reçoit, car il s'alimente à ses propres sources.

A Limoges, il conquiert l'opinion publique, malgré l'aspect rébarbatif de tout enseignement volontairement d'élite. Dans des salles de fortune, sa parole attire jeunes et vieux, tous ceux qui veulent s'élever par la connaissance. Les enfants même, s'ils ne suivent pas tout, aiment baigner dans cette atmosphère de science vraie et de foi dépouillée. Du reste, le maître, pour supérieur qu'il soit, est humain : il rit, fait rire et fait penser. Le sujet importe peu : Sidra, Grammaire, Talmud, il est prêt à offrir toute nourriture, pourvu qu'on ne lui demande pas de l'affadir. Ses élèves les plus proches, au Petit Séminaire, qu'il déconcerte un peu, se sentent enrichis au sortir de ses leçons. Ils entrevoient le visage de la Science, de cette Science que le judaïsme compte comme le plus précieux des biens.

Mais lui ne se laisse pas dérober par son enseignement. Sa maturité de jugement lui conseille de sauvegarder pour les générations une part de son message. Pour les générations, ou plutôt pour lui-même : ce qui revient au même, avec plus de sincérité dans l'expression. Et clans la solitude de son bureau, ou un livre à la main sous les arbres de la roule de Naugeat, il se livre à. la méditation qui se prolongera auprès de la feuille de papier couverte d'une écriture minutieuse et stylisée. Ainsi prennent naissance les Midrachim choisis, légèrement annotés qui viendront illustrer chaque semaine la Sidra, dans tous les foyers juifs de la zone sud. Puis, de temps en temps, comme un couronnement, ces essais fulgurants d'intelligence, où la vérité est fouillée jusqu'au roc, sans craintes des pensées neuves et fortes. Qui ne se rappelle (je cite da mémoire) le Miracle des Lumières, Le Judaïsme et l'Art, Les Fêtes, et plus près de nous, son étude sur Ruth, et ses cahiers Yabné où il combinait les deux méthodes : chaque fois un aspect nouveau et triomphant d'une réalité mille fois côtoyée et méconnue apparaissait comme par magie. Le style, haché, audacieux, cruel, dénudé qu'il employait, faisait crier au solécisme ceux qui ne savent que répéter ce qui a déjà été dit. Car lui faisait de chacun de ses mots une création. C'est avec impatience que nous attendons la parution de ses autres œuvres poétiques et dramatiques, qui, jointes au bagage déjà édité çà et là, devront former un monument vivace pour la renaissance de la pensée juive, qu'il souhaitait et qu'il a pu sentir approcher. Une biographie de l'homme, ou mieux: un instantané de l'homme, quelques extraits d'une correspondance toujours ornée et personnelle, compléteront cette édition que l'honneur des Juifs de France impose de mener à bien sur-le-champ et dans une forme impeccable.

Il était si profond et si riche que nul, même parmi ses plus proches, ne peut se flatter de l'avoir connu tout entier. Ses réactions dans les circonstances les plus diverses, sous la terreur hitlérienne, dans les camps de Suisse, toujours empreintes d'humanité et de sagesse, recherchant toujours le noyau du judaïsme, ne laissaient pas de dérouter la routine. Nous sommes d'autant plus à plaindre de l'avoir perdu si prématurément, qu'il avait encore mille trésors à nous livrer. Mais soyons sûrs. qu'une œuvre si lourde ne périra pas. Wallach survivra dans nos cœurs, et, lorsque nous ne serons plus, dans l'esprit de plusieurs siècles de judaïsme.
A nous de veiller à ce qu'aucune négligence ne vienne étouffer son message fécondant. P. K.


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