David
Sintzheim Extrait de l'Almanach du KKL-Strasbourg 5749-1989 (avec l'aimable autorisation des éditeurs)
Voici la notice biographique que consacre à David Sintzheim le rabbin Hanannel Grazziadio Neppi, qui l'avait connu au Sanhédrin de Paris, lorsqu'il y siégeait comme député d'Italie. Sauf pour la date du décès qui se situe en 1812, les renseignements qui figurent dans cette note correspondent aux données que nous possédons.
David Sintzheim serait né à Trèves en 1745, où son père, Isaac Sintzheim était rabbin. La famille Sintzheim était une vieille famille allemande de notables que l'on retrouve à Vienne, à Halberstadt, à Mannheim et même à Londres. Ils sont parents ou alliés des présidents de communautés ou des rabbins (3). A l'inverse de la plupart des jeunes de son temps, qui allaient étudier au loin auprès des grandes autorités rabbiniques, David Sintzheim acquit toute sa science talmudique auprès de son père. Celui-ci le fit étudier systématiquement. Il insistait en priorité sur la nécessité d'accumuler des connaissances étendues et quantitatives, avant de se lancer dans les spéculations et les confrontations entre les commentateurs du Talmud et la littérature postérieure (4). C'est cette connaissance encyclopédique des textes qui amène plus tard David Sintzheim à entreprendre l'oeuvre de sa vie, le Yad David, dont il ne put éditer que le premier volume. Il y cherche à mettre à jour et à compléter les ouvrages de références édités aux siècles précédents par Rabbi Haïm Benveniste (1603-1673) Kenesset Haguedola et par Rabbi Aharon Alfandari (1690-1774) Yad Aharon. Installation en Alsace En 1762, le rabbin Joseph Steinhardt quitta Niedemai pour le rabbinat de Furth, en Bavière. Isaac Sintzheim fut appelé à le remplacer comme rabbin des Terres de la Noblesse immédiate d'Alsace et s'installa à Niedemai. II était courant alors de faire venir des rabbins d'une communauté à l'autre du monde achkenaze et les frontières nationales n'étaient pas un handicap. Le fait qu'Isaac Sintzheim n'ait pas été alsacien ne l'empêcha nullement d'obtenir les lettres patentes indispensables à sa charge de rabbin officiel, Président du Tribunal Rabbinique. Mais il ne resta pas longtemps à son poste, car il mourut en 1767 à Niedemai, un an jour pour jour après son épouse (5). Relation avec Cerf Berr Joseph David Sintzheim était venu en Alsace avec ses parents. Sa soeur, (ou une de ses soeurs), avait épousé Selig Auerbach, rabbin de Bouxwiller, qui mourut la même année que son beau-père, en 1767. C'est vers 1765 que David Sintzheim épousa Esther Baer, soeur de Cerf Berr (Hirtz Berr de Medelsheim) et entra dans une des familles les plus riches et les plus influentes d'Alsace. Cerf Berr était, ou allait être, un des préposés généraux des Juifs d'Alsace. David Sintzheim s'installa à Bischheim, près de son beau-frère. Grâce à la dot de sa femme, qu'il avait placée dans les affaires de Cerf Berr, fournisseur en fourrage des armées du Rhin, Sintzheim put s'adonner uniquement à l'étude, en vivant confortablement de ses revenus. Par la famille de sa femme, il était évidemment au courant des affaires de la Medina, de la Nation juive et conseilla probablement plus d'une fois le Préposé Général. Cela explique pourquoi Sintzheim sera plus tard, au cours de la Révolution, un des porte-parole de la collectivité juive, bien avant l'époque impériale. En 1784, David Sintzheim, qui n'occupait aucune fonction officielle, figure parmi les quatre rabbins mentionnés dans le recensement des Juifs d'Alsace et demeurant à Bischheim. A côté de lui, nous trouvons son neveu, Abraham Auerbach, né en 1762 et devenu son gendre (6). Cerf Berr semble avoir beaucoup apprécié son beau -frère, puisqu'il le désigne comme responsable du Conseil de gestion de la fondation qu'il institue en 1786 et comme directeur de la yeshiva qui en était un des éléments (7). David Sintzheim reste à la tête de l'école talmudique jusqu'à la Révolution. La transféra-t-il à Strasbourg lorsque les Juifs purent à nouveau habiter la capitale alsacienne, qui leur avait été interdite depuis la fin du 14e siècle, ou resta-t-il à Bischheim ? Tout ce que nous savons, c'est que cette yeshiva disparut lorsque les Cerf Berr perdirent une grande partie de leur fortune pendant la Révolution et se dispersèrent. Antisémitisme en Alsace
David Sintzheim avait représenté les Juifs d'Alsace au moment des États Généraux. Exclus des trois ordres des députés, les Juifs avaient pu envoyer à Paris une délégation qui exprima, dans un mémoire, les doléances et les espoirs de la communauté juive. Sintzheim fut un des deux délégués d'Alsace. Il intervint également lors des incidents antisémites du Sundgau, à la suite desquels la Constituante prit sous sa protection les personnes et les biens des Juifs (8). David Sintzheim, dont la femme mourut à l'âge de cinquante ans en
1793 (9), dut s'enfuir et se cacher lors des persécutions
antireligieuses de la Terreur et ne revint à Strasbourg qu'à
la fin des troubles (10). Reconnus comme citoyens par la Constituante en 1791, les Juifs purent s'installer dans toutes les localités de l'Alsace et les grandes villes, qui avaient refusé d'accepter les Juifs pendant des siècles, connurent à nouveau des communautés. Mais l'immense majorité des Juifs continuait à vivre dans les villages et ne cherchait guère à pratiquer les métiers qui leur avaient été interdits depuis le Moyen-Age. Les paysans alsaciens avaient acquis des terres et des biens d'émigrés et, pour les payer, avaient emprunté auprès de certains Juifs. Lorsqu'ils ne pouvaient faire face aux échéances, ces biens revenaient à leurs créanciers. De là se développa une campagne antisémite, dont le sommet se situera dans les premières années du 19e siècle. On ne parle guère des Juifs sous le Directoire et même sous le Consulat. Mais lorsque Napoléon passa par Strasbourg, au retour de la bataille d'Austerlitz, il fut assailli de plaintes contre l'usure des Juifs qui menaçait l'existence même de la population rurale. C'est alors que l'Empereur décida de résoudre le problème juif en France par des règlements concernant le culte et la vie de la communauté. Ces règlements compléteraient ceux du Concordat pour les catholiques ou les Articles Organiques des communautés chrétiennes.
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